Fêtes thérésiennes 2010

Fêtes thérésiennes 2010 - album souvenir

Fêtes célébrées sous la présidence du Cardinal Claudio HUMMES, Préfet de la Congrégation pour le Clergé (Vatican), ancien archevêque de São Paulo (Brésil).

Samedi 25, réception à la mairie.
Samedi 25, Procession des Reliques de ste Thérèse du Carmel à la Basilique.
samedi 25, Procession des Reliques de ste Thérèse du Carmel à la Basilique.
samedi 25, veillée à la Basilique.
dimanche 26, Procession d’entrée à la Basilique.
dimanche 26, messe solennelle à la basilique présidée par le cardinal HUMMES.
dimanche 26, messe solennelle à la basilique présidée par le cardinal HUMMES.
dimanche 26, messe solennelle à la basilique présidée par le cardinal HUMMES.
dimanche 26, messe solennelle à la basilique présidée par le cardinal HUMMES.
dimanche 26, messe solennelle à la basilique présidée par le cardinal HUMMES.
dimanche 26, Procession de sortie de la Basilique.
Dimanche 26, Procession des Reliques de ste Thérèse de la Basilique à la cathédrale.
Dimanche 26, Procession des Reliques de ste Thérèse de la Basilique à la cathédrale.
Dimanche 26, Procession des Reliques de ste Thérèse de la Basilique à la cathédrale.
Dimanche 26, Procession des Reliques de ste Thérèse de la Basilique à la cathédrale.
Lundi 27, journée d’action de grâce pour l’année sacerdotale - Conférence du Cardinal.
Lundi 27, journée d’action de grâce pour l’année sacerdotale.
Lundi 27, journée d’action de grâce pour l’année sacerdotale - Eucharistie.
Lundi 27, journée d’action de grâce pour l’année sacerdotale - Entretien avec Mgr Boulanger.

Fêtes Thérésiennes 2010 - Conférence du Cardinal Cláudio Hummes ofm

à l’occasion de la journée d’action de grâce pour l’Année Sacerdotale Lisieux – 27 septembre 2010

LA SPIRITUALITÉ SACERDOTALE

Excellence, Chers frères prêtres, Chers amis,

Cardinal Claudio Hummes

Nous sommes réunis auprès de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus pour rendre grâce à la fin de l’Année Sacerdotale que le Pape Benoît XVI a proclamée. Cette année a été féconde au-delà de toute espérance. Elle a permis à l’Église de dire à chaque prêtre sa reconnaissance, son estime, son affection, son soutien. Car, même s’il y a des faiblesse ou même malheureusement de graves péchés chez certains prêtres, nous savons avec quelle générosité la très grande majorité des prêtres ont donné et donnent chaque jour leur vie pour le service du Christ et de son Église. Cette Année a aussi été voulue par le Saint Père pour encourager les prêtres dans leur marche vers la sainteté car, dit-il à la suite du Concile, c’est « de la perfection spirituelle que dépend avant tout la fécondité de leur ministère » (Discours aux Membres de la Congrégation pour le Clergé lors de leur Assemblée plénière, 16 mars 2009). Rendre grâce pour la fécondité de cette année, c’est s’engager à continuer de marcher sur la voie de la sainteté. Et se réunir à Lisieux dans ce but n’est pas un hasard, car nous savons comment sainte Thérèse a prié pour la sainteté des prêtres. Nous savons aussi la richesse de l’enseignement qu’elle a laissé dans ses lettres. Je vous invite donc à réfléchir ce matin sur la spiritualité sacerdotale. Quel chemin devons-nous emprunter pour marcher vers la sainteté et rendre notre ministère au maximum fécond ?

Introduction

Le Concile Vatican II a souligné la nature et l’importance d’une spiritualité propre aux prêtres diocésains. Auparavant, les prêtres cherchaient souvent dans les spiritualités des Ordres religieux une inspiration pour spécifier leur marche vers la sainteté. Cependant, dans Presbyterorum Ordinis (PO), le Concile indique que « c’est l’exercice loyal, inlassable, de leurs fonctions dans l’Esprit du Christ qui est, pour les prêtres, le moyen authentique d’arriver à la sainteté » (PO 13). Évoquant le fait que beaucoup de candidats au sacerdoce proviennent des nouveaux mouvements et des nouvelles spiritualités, le Vénérable Serviteur de Dieu Jean-Paul II observait dans Pastores dabo vobis (PDV), de 1992 : « La participation du séminariste et du prêtre diocésain à des spiritualités particulières et à des groupes ecclésiaux est certainement en soi un facteur bienfaisant de croissance et de fraternité sacerdotale. Cependant, elle ne doit pas gêner, mais au contraire, aider l’exercice du ministère et la vie spirituelle propres au prêtre diocésain » (n. 68).

Le mot « spiritualité » vient de « esprit ». Se poser la question de la spiritualité de quelqu’un, c’est se demander quel esprit le meut et l’inspire dans la découverte et dans la réalisation du sens de sa vie, dans la recherche de ses objectifs et dans la formulation de ses aspirations déterminantes. Pour un chrétien, et de façon particulière pour les pasteurs de l’Église, cet esprit ne peut être autre que l’Esprit Saint lui-même. C’est pourquoi Presbyterorum Ordinis dit que les prêtres arrivent à la sainteté s’ils exercent leurs fonctions « dans l’Esprit du Christ ». C’est l’Esprit Saint qui doit mouvoir le prêtre, qui doit l’inspirer et préciser ses aspirations. La vie spirituelle s’entend comme itinéraire de croissance de notre être jusqu’à sa perfection possible. Il s’agit de tendre à la perfection, comme l’a dit Benoît XVI lorsqu’il a défini le but de l’Année Sacerdotale. Nous pouvons immédiatement saisir que l’authentique et vraie spiritualité doit être l’expression toujours plus développée de l’identité personnelle, c’est-à-dire de l’être personnel de la personne dont on parle. A partir de cette compréhension de la spiritualité, je voudrais évoquer synthétiquement quelques éléments constitutifs de la spiritualité du prêtre, sans prétendre ici être exhaustif.

1. Éléments humains et chrétiens de la spiritualité sacerdotale.

En premier lieu, quand on parle de l’être du prêtre, c’est-à-dire de son identité spécifique qui doit s’exprimer dans sa spiritualité, nous ne pouvons pas oublier qu’avant d’être prêtre, c’est un homme et un chrétien. Ainsi, avant de traiter spécifiquement de la spiritualité sacerdotale, on pourrait préciser les aspects d’une spiritualité humaine de base, puis d’une spiritualité chrétienne commune à tous les chrétiens, qu’ils soient laïcs ou ordonnés ou consacrés. De fait, dans le prêtre, l’être humain et chrétien n’a pas été détruit pour laisser la place à un être nouveau qui serait l’être sacerdotal. Il a seulement été transformé. Ceci ne me paraît pas de peu d’importance. Bien au contraire, je crois qu’il est parfois nécessaire de réveiller chez le prêtre ces aspects humains et chrétiens de son être et, par conséquent, de sa spiritualité.

D’autre part, la transformation de l’être humain et chrétien dans l’être sacerdotal ne constitue pas seulement un ajout accidentel mais une vraie transformation ontologique et théologique. Cela signifie que, chez le prêtre qui est sacramentellement configuré au Christ, Tête et Pasteur de l’Église, cette configuration est vue par l’Église comme ontologique et par conséquent pérenne et inséparable de son être humain et chrétien originel, avec lequel il constitue un seul être. C’est pourquoi on doit dire que le prêtre doit développer les éléments ontologiques de son être humain et chrétien, en plus de ceux de son être sacerdotal.

Prenons un exemple. Le prêtre est un homme adulte, mûr, une personne intelligente et libre. Cela le rend responsable de ses actes et de toute sa vie. Sa relation avec Dieu doit donc être adulte, mûre et responsable. Le prêtre ne peut pas avoir, vis à vis de Dieu, une attitude infantile et immature, un comportement qui n’assume pas la responsabilité de ses actes ou qui la rejette sur les autres, voire sur Dieu lui-même. La grandeur de l’homme tient précisément dans le fait qu’il est responsable de lui-même, puisqu’il est une personne intelligente et libre. Et ceci fonde le droit à la liberté de conscience. Cela suppose, bien sûr, que l’homme ait cherché de façon responsable à se former une conscience droite. Cela signifie également que sa liberté n’est pas une simple capacité de faire ce qu’il veut de façon arbitraire, mais qu’elle est une liberté responsable qui suit la lumière de la vérité. Dans son encyclique Veritatis Splendor (VS), de 1993, Jean-Paul II enseigne ceci : « Dans le jugement pratique de la conscience, qui impose à la personne l’obligation d’accomplir un acte déterminé, se révèle le lien entre la liberté et la vérité. C’est précisément pourquoi la conscience se manifeste par des actes de ‘jugement’ qui reflètent la vérité sur le bien, et non comme des ‘décisions’ arbitraires. Le degré de maturité et de responsabilité de ces jugements — et, en définitive, de l’homme, qui en est le sujet — se mesure non par la libération de la conscience par rapport à la vérité objective, en vue d’une prétendue autonomie des décisions personnelles, mais, au contraire, par une pressante recherche de la vérité et, dans l’action, par la remise de soi à la conduite de cette conscience » (VS 61). Déjà dans sa première encyclique Redemptor Hominis (RH) de 1979, il avait enseigné : « Jésus-Christ va à la rencontre de l’homme de toute époque, y compris de la nôtre, avec les mêmes paroles : ‘Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres’ (Jn 8,32). Ces paroles contiennent une exigence fondamentale et en même temps un avertissement : l’exigence d’honnêteté vis-à-vis de la vérité comme condition d’une authentique liberté ; et aussi l’avertissement d’éviter toute liberté apparente, toute liberté superficielle et unilatérale, toute liberté qui n’irait pas jusqu’au fond de la vérité sur l’homme et sur le monde. Aujourd’hui encore, après deux mille ans, le Christ nous apparaît comme Celui qui apporte à l’homme la liberté fondée sur la vérité » (RH 12). Il existe un autre aspect de l’identité de tout homme et de tout chrétien, qui par conséquent doit toujours faire partie de la spiritualité du prêtre : c’est la dimension sociale de son être. Cette dimension le rend coresponsable de tous les autres êtres humains. Nul n’est une île. Tous, nous appartenons essentiellement à un corps social, même lorsque nous vivons dans l’isolement. Nous avons une responsabilité à l’égard de ce que les autres êtres humains revendiquent justement comme leurs droits, qui sont souvent méconnus ou bafoués. Entre ici la question des pauvres, qui regarde tous les hommes et chaque homme, croyant ou incroyant, et encore plus les chrétiens. La pauvreté et même la misère totale continuent de peser sur des centaines de millions de personnes humaines. Il s’agit d’une situation objective d’énorme injustice sociale. Déjà comme simple homme, mais encore plus comme chrétien et comme pasteur de la communauté chrétienne, le prêtre ne peut pas ne pas s’élever intérieurement contre une telle situation, et ne pas en faire un élément important de sa vie spirituelle. La justice, la charité fraternelle, la solidarité, doivent le pousser à participer activement et inlassablement à l’effort de tant d’institutions et de tant de simples personnes en faveur de la construction d’un monde juste, fraternel, solidaire et pacifique. La vie spirituelle se fait ainsi ouverte, concrète, active et fuit un comportement narcissique, aliéné et abstrait. Vous savez comment sainte Thérèse a été formée dès sa petite enfance à l’amour concret des pauvres, en particulier par l’aumône qu’elle leur donnait, et comment elle a associé un pauvre à sa première communion, tenant ainsi une promesse qu’elle avait faite cinq ans auparavant de prier pour lui ce jour-là (Cf. Ms A, 15 r°.) .

2. Éléments relevant de la spiritualité sacerdotale

a) La charité pastorale

Dans Pastores dabo vobis, la « charité pastorale » est définie comme « le principe intérieur, la vertu qui anime et qui guide la vie spirituelle du prêtre, en tant que configuré au Christ Tête et Pasteur […], c’est une participation à la charité pastorale du Christ » (n. 23). Or ce qui spécifie l’identité sacerdotale est sa configuration au Christ Tête et Pasteur, ce qui revient à dire que le prêtre est un disciple qui est fait tête et pasteur de la communauté des disciples. Aussi le Christ lui demande un amour semblable à son propre amour pour les brebis pour lesquelles il n’a pas hésité à donner sa vie.

Parler de charité, en termes chrétiens, revient en fin de compte à parler de Dieu qui est amour. Or l’amour de Dieu s’est déjà manifesté dans la création du monde puis dans la rédemption. Dieu crée parce qu’il aime. Il nous aime et nous aime le premier. Le péché lui-même, celui de l’humanité, n’éteint pas l’amour que Dieu éprouve à notre égard. Sainte Thérèse dirait au contraire qu’il le rend plus puissant. C’est le propre de la Miséricorde. « Dieu en effet a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne meure pas mais ait la vie éternelle » (Jn 3,16). A son tour, le Fils nous a aimé jusqu’à la fin. Cela signifie qu’il a donné sa vie sur la croix pour notre salut et, avec sa résurrection, il nous a donné la joie d’une vie nouvelle et immortelle. L’amour de Dieu passe ainsi par l’expérience pascale de Jésus, par sa mort et par sa joyeuse résurrection.

Quand nous parlons de charité pastorale, nous parlons de cette charité là, qui est le Dieu révélé en Jésus Christ. Une charité qui est amour de donation, sans réserve, un amour adressé non à soi-même mais aux autres, un amour oublieux de soi-même, prête à investir sa vie entière en faveur de l’Autre, c’est-à-dire de Jésus Christ, et en faveur des autres, c’est-à-dire de l’humanité. Un amour qui passe par la Croix, par un don à la fois plein de souffrances sinon de mort véritable, celle du martyre, mais qui aboutit à la joie du salut de l’humanité. Dans ce contexte, la parole de l’apôtre Paul vaut aussi : « Dieu aime qui donne avec joie » (2 Co 9,7). Voilà la charité qui doit marquer la vie des prêtres et faire partie pour cela du noyau central de leur spiritualité. L’amour est oubli de soi et don aux autres. C’est ce don de nous-mêmes, dans l’amour, qui nous rend heureux.

Mais la charité des prêtres doit être une charité pastorale. En effet, par définition, le prêtre est un pasteur. Il a été configuré à Jésus Christ, Tête et Pasteur du peuple de Dieu. Une telle configuration distingue essentiellement le sacerdoce ministériel du sacerdoce universel des fidèles. Parmi des disciples, Jésus a choisi les Douze pour les configurer à Lui en tant que Tête et Pasteur du Peuple de Dieu, pour qu’ils continuent son œuvre à travers les siècles, en assumant le service de tête et pasteur de la communauté des disciples. Jésus, Lui, reste l’unique vrai Tête et Pasteur, mais il configure à lui les Douze et les fait vraiment participer à sa charge de Tête et Pasteur. Ainsi, après son retour auprès du Père, les Douze et leurs successeurs sont têtes et pasteurs de la communauté, au nom du Seigneur, et ils agissent « in persona Christi Capitis ». Être tête et pasteur des fidèles ne peut cependant pas être compris comme l’entendent ceux qui dominent ce monde. Bien au contraire, à l’exemple de Jésus, c’est un service aimant et désintéressé, oublieux de soi-même, jusqu’à donner sa vie pour le salut de l’humanité ou d’une simple personne.

C’est pourquoi tout prêtre, quels que soient sa vie et son travail, a un lien infrangible parce qu’essentiel, avec la communauté des fidèles. Il est toujours président et pasteur de la communauté. Sa spiritualité, sa charité, se spécifient par ce munus de pasteur. Sa vie est sans cesse orientée vers la communauté des fidèles, non seulement comme membre de l’Église mais comme pasteur et comme tête.

Cela signifie que le prêtre doit cultiver une spiritualité pastorale où il cherche à s’inspirer du Christ, le Bon Pasteur, qui aime ses brebis jusqu’à donner sa vie pour elles. Jésus conduit le troupeau et chaque brebis vers le Père. Le prêtre conduit la communauté et chaque fidèle à Jésus Christ et, par Lui, au Père. Ce munus de tête et de pasteur, le prêtre l’exerce à travers le ministère prophétique de la Parole, le ministère sanctificateur du culte, des sacrements et des autres œuvres de sanctification des fidèles, et le ministère de la conduite des fidèles à l’unité et à la communion ecclésiale.

b) La sequela Christi et la Parole de Dieu

Au principe de l’itinéraire spirituel spécifique de chaque chrétien et, encore plus et selon un mode propre, du prêtre on se fait disciple de Jésus Christ. Le disciple est celui qui croit en Jésus Christ et, en conséquence, qui le suit. Les Évangiles parlent des premiers disciples de Jésus. Mais la volonté du Seigneur est que, même après son retour vers le Père, ces mêmes disciples prêchent sa Parole et fassent de nouveaux disciples jusqu’à la fin des temps et « jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1,8). Dans sa prière sacerdotale au cours du dernier repas, à la veille de sa mort et de sa résurrection, Jésus, selon l’Évangile de Jean, prie le Père pour ses disciples qu’il laisse dans le monde et pour ceux à venir, en disant : « Père, je ne prie pas seulement pour ceux-ci, mais pour ceux qui, à leur parole, croiront en moi » (Jn 17,20). Au moment de son ascension au ciel, il envoie ses disciples en disant : « Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde » (Mat 28,19-20). Plus tard, l’apôtre Paul, dans la Lettre aux Romains, écrira sur la nécessité de prêcher la Parole de Dieu pour susciter la foi : « Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. Or, comment invoquer le Seigneur sans avoir d’abord cru en lui ? Comment croire en lui sans avoir entendu sa parole ? Comment entendre sa parole si personne ne l’a proclamée ? Comment proclamer sans être envoyé ? […] C’est donc que la foi naît de ce qu’on entend ; et ce qu’on entend, c’est l’annonce de la parole du Christ » (Rm 10,13-17). Voilà comment naît le disciple : de l’écoute de la Parole de Dieu. Nous voyons ainsi combien il est important, même pour ceux qui ont déjà été conduits à la foi, de ne pas relâcher le contact continuel avec la Parole, autrement on court le risque de perdre la foi et d’abandonner la suite du Christ. Sainte Thérèse portait sur elle l’Évangile, elle le scrutait pour y trouver, comme elle disait, « le caractère du bon Dieu » ( Procès informatif ordinaire, déposition de Sr Geneviève de la Sainte Face, folio 353 r°.). Elle aurait voulu savoir l’hébreu et le grec pour lire la Parole de Dieu dans ce qu’elle appelait le « vrai texte dicté par l’Esprit Saint » (CJ 4.8.5.).

Par ailleurs, même si le simple chrétien et le prêtre doivent être, tout autant l’un que l’autre, disciples du Christ, il faut souligner qu’il n’en reste pas moins que le sacrement de l’Ordre a fait du prêtre un disciple spécial. En effet, comme je l’ai déjà dit, dans l’ordination, par le ministère de l’évêque qui ordonne et par l’action de l’Esprit Saint, le prêtre est configuré au Christ, Tête et Pasteur de l’Église. Il doit être un disciple qui écoute, mais il est aussi un disciple qui doit guider la communauté des disciples. Il n’est pas un simple membre de la communauté. Saint Augustin disait : « avec vous je suis chrétien, pour vous je suis évêque ». Par conséquent, même quand il écoute la Parole de Dieu avec l’oreille du disciple, le prêtre doit aussi l’écouter avec la responsabilité d’un disciple qui est également tête et pasteur des disciples du Christ. S’il n’a pas cette compréhension, le prêtre aura du mal à découvrir et à vivre le vrai sens de son sacerdoce.

Donc être disciple, cela commence toujours – ou cela recommence – par une rencontre profonde et personnelle avec Jésus Christ. Il en fut ainsi dès le début du ministère publique de Jésus. Ses premiers disciples sont nés de cette rencontre profonde avec Lui. Les Évangiles racontent ces rencontres pendant la vie terrestre de Jésus, dans la Palestine de l’époque. L’exemple le plus lumineux est celui des deux disciples de Jean-Baptiste qui devinrent disciples de Jésus, selon ce que raconte l’Évangile de Jean 1, 31-51. Ils demandèrent à Jésus : « Maître, où demeures-tu ? ». Jésus répondit : « Venez et voyez ». Ils allèrent donc et virent où il habitait. Ce jour-là, ils demeurèrent avec Lui. Cette rencontre a été pour eux un événement transformant. Ils en sortirent enthousiastes et fascinés. Ils avaient ouvert leur cœur à Jésus qui les avait extraordinairement impressionnés. Ils ont cru en Lui. Ils ont adhéré à Lui de tout leur être. A partir de cet instant, ils furent certains que Jésus était l’envoyé de Dieu, le Messie promis que Jean annonçait. Ils vibrèrent donc d’émotion et de joie spirituelle. Ils étaient prêts à Le suivre et à tout investir sur lui. Lui-même sera désormais leur Maître et leur chemin, leur certitude et leur bonheur. Il constituera le vrai sens de leur vie. Ils décidèrent de Le suivre partout où Il les conduiraient et de Lui donner toute leur vie. Après cette rencontre ils devinrent même missionnaires. Ils portèrent aux autres la parole de Jésus, la bonne nouvelle. L’un des deux, André, est allé cherché son frère Simon et l’a amené à Jésus. Le jour suivant, ce fut Philippe qui conduisit Nathanaël au Maître. Et il y a tant d’autres épisodes évangéliques, comme la rencontre de Jésus avec Matthieu, Zachée, Nicodème, la Samaritaine, Marie-Madeleine, Lazare et ses sœurs Marthe et Marie, et tant d’autres. La rencontre conduisait ces personnes à une adhésion totale au Christ et les rendait prêtes à Le suivre partout, jusqu’à donner leur vie pour Lui. Voilà ce qu’on appelle la foi au sens biblique : faire à Dieu une confiance totale, inconditionnelle, sans réserve. Cette foi naît de l’écoute de la Parole. Une telle foi fait le disciple et le disciple fait naître le missionnaire, comme cela est arrivé à André, à Philippe et à tout vrai disciple. Tous sont poussés à annoncer aux autres la Parole de Dieu.

Pour être un bon ministre de la Parole de Dieu, un missionnaire, un évangélisateur, un maître de la foi pour la communauté des disciples de Jésus, le prêtre a donc besoin lui aussi de se mettre, toujours de nouveau, à l’écoute de la Parole de Dieu, pour faire et refaire sans cesse une rencontre personnelle et communautaire avec le Seigneur, et pour ressortir de cette rencontre pour la mission.

Dans Ecclesia in America (EA), Jean-Paul II a aussi présenté l’écoute de la Parole de Dieu comme un lieu privilégié de la rencontre avec le Seigneur, soit à travers la lecture de la Parole, soit par l’écoute de la proclamation du Kérygme fondamental. Dans le cas de la lecture, le Pape recommande la Lectio divina, la lecture priante « à la lumière de la Tradition, des Pères et du Magistère, approfondie dans la méditation et l’oraison » (EA, 12).

En plus de la Lectio divina, pour sa formation d’évangélisateur, le prêtre doit avoir une formation permanente qui le maintienne à jour sur les plans exégétique et théologique. La formation permanente des prêtres ne peut pas être ralentie, bien au contraire. Car la société postmoderne actuelle exige une formation toujours plus soigneuse et mise à jour, d’abord en ce qui concerne l’approfondissement exégétique et théologique de la Parole de Dieu ; puis en ce qui concerne la connaissance de la culture actuelle et de ses capacités d’ouverture à un dialogue entre foi et raison, entre foi et science ; enfin en ce qui concerne la méthode missionnaire et pastorale pour annoncer le Kérygme aux hommes et aux femmes de notre temps et les conduire ainsi à une rencontre personnelle et communautaire avec Jésus Christ, mort et ressuscité. Dans la société postmoderne d’aujourd’hui, l’homme et la femme dits postchrétiens peuvent eux-aussi être touchés de nouveau, peut-être pas au début par une doctrine mais par une rencontre intense et personnelle avec la personne de Jésus Christ, mort et ressuscité. Cela veut dire que l’annonce du Kérygme fondamental peut résonner dans leur cœur et leur permettre d’être conduits à cette rencontre.

c) la dimension missionnaire

Nous abordons maintenant un autre élément constitutif de la spiritualité sacerdotale : je veux parler de sa dimension missionnaire. En effet, dans Pastores dabo vobis, Jean-Paul II a bien souligné comment la consécration du pasteur de l’Église, par le sacrement de l’Ordre, est intimement liée avec la mission du pasteur. Il a écrit : « L’Esprit du Seigneur a consacré le Christ et l’a envoyé annoncer l’Évangile. La mission n’est pas un élément extérieur et parallèle à la consécration, mais elle en constitue le but intrinsèque et vital : la consécration est pour la mission. De cette façon, non seulement la consécration, mais aussi la mission se trouvent sous le signe et la force sanctificatrice de l’Esprit. Il en a été ainsi de Jésus. Il en a été ainsi des Apôtres et de leurs successeurs. Il en est ainsi de l’Église entière et, en elle, des prêtres : tous reçoivent l’Esprit comme appel et comme don de sanctification dans et par l’accomplissement de leur mission. Il existe donc, entre la vie spirituelle du prêtre et l’exercice de son ministère, un rapport intime » (PDV, 24). Le Pape utilise ici le mot « mission » pour désigner tout le ministère du prêtre, mais cela vaut encore plus pour la « mission » au sens strict. Et il l’a écrit dans le contexte de la vie spirituelle du prêtre pour signifier que le prêtre se sanctifie dans la mission et par la mission. Plus loin il a écrit : « la vie spirituelle des prêtres doit être profondément marquée par l’élan et le dynamisme missionnaires. Il leur revient, dans l’exercice de leur ministère et dans le témoignage de leur vie, de faire de la communauté qui leur est confiée une communauté authentiquement missionnaire » (PDV, 32).

J’ai déjà dit qu’après leur rencontre avec Jésus, les premiers disciples sont devenus missionnaires, évangélisateurs. Ceci vaut pour chaque disciple, au long des siècles. Regardez comment sainte Thérèse est brûlée du désir d’annoncer l’Évangile : « Je voudrais parcourir la terre, prêcher ton nom et planter sur le sol infidèle ta Croix glorieuse, mais, ô mon Bien-Aimé, une seule mission ne me suffirait pas, je voudrais en même temps annoncer l’Évangile dans les cinq parties du monde et jusque dans les îles les plus reculées… Je voudrais être missionnaire non seulement pendant quelques années, mais je voudrais l’avoir été depuis la création du monde et l’être jusqu’à la consommation des siècles… » (Ms B, 3 r°.). Mais la rencontre avec Jésus rend missionnaires à un titre spécial ceux qui ont été configurés au Christ, Tête et Pasteur, c’est-à-dire les pasteurs de l’Église. C’est le commandement clair de Jésus : « Allez dans le monde entier et annoncez l’Évangile à toute créature » (Mc 16, 15).

Nous savons qu’il existe aujourd’hui une nouvelle urgence missionnaire. A propos de l’Europe, le Pape Benoît XVI a dit aux Évêques allemands : « Je considère que dans toute l’Europe, et pas moins en France, en Espagne et ailleurs, nous devrions réfléchir sérieusement sur la façon dont nous pouvons réaliser aujourd’hui une véritable évangélisation, non seulement une nouvelle évangélisation, mais souvent une véritable première évangélisation » (Discours du 21.8.2005 aux évêques allemands.). Les derniers papes ont toujours insisté sur le thème missionnaire et sur la nécessité de susciter une nouvelle conscience missionnaire. Il s’agit d’une urgence en tant que réponse, d’une part, au développement et à la diffusion de la culture postmoderne qui transforme la société actuelle d’une façon presque irrésistible et la déchristianise rapidement. Il faut, d’autre part, ajouter le phénomène des catholiques qui se sont éloignés de l’Église. C’est un phénomène qui malheureusement se développe. La mission est donc urgente. Elle constitue aussi une occasion vraiment efficace pour renouveler la vie sacerdotale. Il s’agit ici de l’activité missionnaire au sens strict, c’est-à-dire de partir et de prêcher. Il s’agit de se lever, de sortir de nos maisons et d’aller vers les personnes, là où elles vivent et travaillent, pour les évangéliser. Nous ne pouvons pas nous limiter à accueillir et à évangéliser celles qui viennent dans notre église ou au presbytère. Il faut aller à la recherche des baptisés qui se sont éloignés. Il faut aussi chercher tous ceux qui savent rien ou peu de Jésus Christ. S’approcher des personnes concrètes, les écouter parler de leur vie, de leurs souffrances, de leurs aspirations et, à partir de là, annoncer la personne de Jésus Christ, mort et ressuscité, et son Royaume, pour conduire ces personnes à une rencontre concrète, personnelle et puis communautaire avec le Seigneur vivant, afin qu’elles prennent ou reprennent le chemin de la foi.

d) L’Eucharistie dans la vie spirituelle du prêtre

« L’Église vit de l’Eucharistie », c’est le titre et le thème d’une encyclique de Jean-Paul II, en 2003. L’Eucharistie occupe vraiment le centre de la vie de l’Église en pèlerinage. Elle vit son plus grand moment chaque fois qu’elle est rassemblée dans la célébration eucharistique. L’Eucharistie « comporte en synthèse le cœur du mystère de l’Église » dit l’encyclique en question (n. 1) et donc, « si l’Eucharistie est le centre et le sommet de la vie de l’Église, elle l’est pareillement du ministère sacerdotal. […] L’Eucharistie est la raison d’être principale et centrale du sacrement du sacerdoce, qui est né effectivement au moment de l’institution de l’Eucharistie et avec elle » (n. 31). De son côté, le Concile Vatican II, dans Presbyterorum Ordinis, a affirmé que « les sacrements, ainsi que tous les ministères ecclésiaux et les tâches apostoliques, sont tous liés à l’Eucharistie et ordonnés à elle. Car la sainte Eucharistie contient tout le trésor spirituel de l’Église, c’est à dire le Christ lui-même, lui notre Pâque, lui le pain vivant, lui dont la chair, vivifiée par l’Esprit-Saint et vivifiante, donne la vie aux hommes » (PO, 5). Benoît XVI aussi souligne la dimension eucharistique de la vie du prêtre dans le document Sacramentum Caritatis (SC) de 2007, lorsqu’il dit : « La forme eucharistique de l’existence chrétienne se manifeste sans aucun doute de façon particulière dans l’état de vie sacerdotale » (n. 80).

La célébration eucharistique constitue donc chaque jour l’acte le plus important du prêtre et devrait être réalisée avec une conscience claire de son caractère central dans la vie de l’Église et pour le salut de l’humanité. L’Eucharistie est le sacrement de la Pâque de Jésus-Christ, c’est-à-dire de sa mort et de sa résurrection pour notre salut, où le Pasteur donne sa vie pour ses brebis. Dans la célébration de l’Eucharistie, en entrant en communion sacramentelle avec le Christ mort et ressuscité, le prêtre reçoit donc la force de s’oublier lui-même, de prendre sa croix chaque jour, de servir les autres jusqu’à donner – lui-même – sa vie pour le salut de ses frères. L’Eucharistie étant la table du Seigneur, où Dieu partage son pain de vie entre tous les convives, sans faire acception des personnes, le prêtre reçoit dans la célébration eucharistique la force et l’inspiration d’apporter sa contribution constante et effective à ce que tous, et les pauvres de façon spéciale, aient le pain matériel et les autres biens spirituels et culturels nécessaires pour une vie humaine et chrétienne qui soit digne. L’Eucharistie étant l’anticipation du banquet pascal dans le Royaume des Cieux, le prêtre sortira toujours de la célébration eucharistique avec une ouverture sur l’horizon eschatologique et le désir d’annoncer au monde que nous n’avons pas de demeure permanente sur cette terre, mais que nous marchons vers la maison du Père où notre vie sera éternellement pleine, joyeuse et immortelle.

La spiritualité eucharistique du prêtre trouvera aussi une grande richesse dans l’adoration eucharistique. C’est bien avec cette intime conviction que, le 8 décembre 2007, la Congrégation pour le Clergé a adressé à tous les diocèses une chaleureuse invitation à instituer l’adoration eucharistique perpétuelle dans leur circonscription ecclésiastique pour donner au peuple de Dieu et aux prêtres la possibilité de développer leur vie spirituelle et eucharistique et pour prier avec les prêtres et pour les prêtres. Le Pape a manifesté sa satisfaction devant cette initiative. De fait, quelques mois auparavant, le 22 février 2007, il avait lui-même écrit dans le document Sacramentum Caritatis : « Je recommande vivement aux Pasteurs de l’Église et au peuple de Dieu la pratique de l’adoration eucharistique, qu’elle soit personnelle ou communautaire » (n. 67), du fait que « l’acte d’adoration en dehors de la Messe prolonge et intensifie ce qui est réalisé durant la Célébration liturgique elle-même » (n. 66).

e) La communion ecclésiale

L’Eucharistie contient aussi en elle-même une dimension particulière de communion ecclésiale. L’Eucharistie est signe et source de communion. Celui qui participe à l’Eucharistie ne peut pas ne pas être en communion ecclésiale et ne peut pas ne pas s’engager à la mettre en œuvre dans la vie quotidienne. Il s’agit de l’unité pour laquelle Jésus a prié lors de la dernière Cène : « Père Saint, garde en ton nom ceux que tu m’as donnés, afin qu’ils soient un comme nous. […] Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’ils soient eux-aussi un en nous, afin que le monde croit que tu m’as envoyé » (Jn 17,11 et 21). L’efficacité de la prédication des disciples du Christ dépend de l’unité ecclésiale qu’ils ont entre eux, parce que, au fond, l’unité est signe de l’amour. Dieu est amour. Comment pourrait-il être crédible le prédicateur qui annoncerait au monde que Dieu est amour et que nous sommes tous frères, si lui-même ne vit pas cet amour ? Jésus a dit : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. A ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jn 13, 34-35). La communion ecclésiale est fruit de la mort et de la résurrection du Christ, elle est un don de l’Esprit Saint à l’Église. Il s’agit de la communion des fidèles entre eux et avec leurs pasteurs et vice-versa. Il s’agit de la communion des prêtres avec leur évêque et vice-versa. Le presbyterium doit être uni à son évêque comme les cordes à la lyre, disait saint Ignace d’Antioche. Thérèse peut beaucoup nous aider dans ce domaine de l’amour et de la communion à l’Évêque. Pour ce qui est de l’amour fraternel, les folios 11 à 18 du Manuscrit C, mais aussi les Conseils et Souvenirs révèlent avec quel absolu et quelle délicatesse elle a voulu vivre de charité. Son obéissance a été complète car son amour pour le Christ lui faisait accomplir tout ce que le représentant du Christ lui demandait.

f) L’amour envers les pauvres

Un autre élément important de la spiritualité sacerdotale, qui découle de la Parole de Dieu et de l’Eucharistie, c’est l’amour pour les pauvres. Jésus a voulu être reconnu en eux et nous jugera selon notre amour pour le prochain et, de façon plus particulière, envers les plus nécessiteux. Ce que nous faisons à un pauvre, c’est à Lui que nous le faisons. Actuellement, des centaines de millions d’êtres humains vivent encore dans la pauvreté et dans la misère. Cela crie vers le Ciel. Le risque est que nous nous habituions à une telle situation de très grave injustice sociale. Le prêtre doit conduire sa communauté à une solidarité vraie, concrète et efficace envers les pauvres et lui-même, le prêtre, doit pratiquer personnellement cette solidarité.

g) Le célibat

Retrouver la route de la suite du Christ et de la mission restaure la spiritualité du prêtre et éclaire le sens profond de son ministère. C’est aussi la route pour retrouver la joie d’être prêtre. A partir de ce renouveau, le prêtre reçoit une lumière plus intense pour comprendre et pour vivre le charisme de son célibat. Il est vrai qu’il s’agit d’une loi canonique mais, dans sa nature profonde, le célibat pour le Royaume des cieux dont parle le Christ et que l’Église latine demande pour ses prêtres, est avant tout un charisme de l’Esprit Saint, qui doit être vécu avec amour, conviction, responsabilité, maturité affective et esprit de service ecclésial, de complète configuration au Christ et de proclamation eschatologique. Pastores dabo vobis donne cette exhortation : « Le célibat doit donc être accueilli dans une décision libre et pleine d’amour, à renouveler continuellement, comme un don inestimable de Dieu, comme un ‘stimulant de la charité pastorale’, comme une participation particulière à la paternité de Dieu et à la fécondité de l’Église, comme un témoignage du Royaume eschatologique donné au monde » (PDV, 29). Thérèse fait du célibat sacerdotal l’expression d’un amour délicat envers le Christ présent dans l’Eucharistie. Elle prie et exhorte Céline à prier pour que les prêtres soient « purs comme le cristal » (Ms A, 56 r°. Cf. LT 94 à Céline, 14 juillet 1889.) pour qu’ils tiennent le Christ dans leurs mains avec ce même amour délicat qui caractérisait la Vierge lorsqu’elle touchait l’Enfant-Jésus dans son berceau (Cf. LT 101 à Céline, 31 décembre 1889).

Sainte Thérèse de Lisieux

h) La prière

La vie et le ministère du prêtre ont besoin d’être soutenus et enveloppés par la prière. Pendant sa vie terrestre, Jésus-Christ en a donné un grand exemple. Il priait et il enseignait à ses disciples à prier. Les Évangiles présentent souvent Jésus en prière, parfois la nuit entière. Il se retirait quelques fois pour prier seul, d’autres fois il priait devant les disciples, même à haute voix. Il priait longuement avant de prendre de grandes décisions ou avant des événements importants. A certains moments, sa prière était de joie et de louange au Père. En d’autres occasion, comme à Gethsémani ou sur la Croix, il priait le Père avec angoisse, des larmes et un grand cri. Il priait le Père en Fils bien-aimé et en Pasteur envoyé dans le monde. Voilà comment le prêtre doit aussi prier, à l’exemple du Christ : prier comme fils, comme disciple, comme pasteur. La prière pour le peuple et pour l’activité pastorale et missionnaire doivent toujours caractériser la prière du prêtre.

Prière et spiritualité marchent ensemble. De même que la spiritualité, pour un chrétien, signifie la mesure avec laquelle l’Esprit Saint le conduit, le vivifie et le transforme, de même nous pouvons dire que la prière est la respiration de l’Esprit Saint en nous. Dans Pastores dabo vobis, Jean-Paul II dit : « l’Esprit du Seigneur est le grand protagoniste de notre vie spirituelle. Il crée le ‘cœur nouveau’, l’anime, le guide avec la ‘loi nouvelle’ de la charité, de la charité pastorale » (PDV, 33).

Une telle vie spirituelle a son centre dans l’Eucharistie mais elle s’enrichit ensuite avec la réception fréquente du sacrement de la réconciliation, puis avec la Liturgie des Heures récitée dans son entier, avec la Lectio divina, l’adoration eucharistique, le chapelet, et les autres prières personnelles et communautaires. Cette vie se développera dans le prêtre comme un « être avec Jésus Christ », ainsi que Jésus lui-même l’a demandé aux Douze. Une vie d’intimité et de familiarité, qui reflète ce que Jésus a voulu quand il disait : « Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs […] mais amis, parce que, ce que j’ai appris du Père, je vous l’ai fait connaître » (Jn 15, 14-15). La prière doit porter cette relation entre Jésus et le prêtre, sachant qu’elle est la respiration de l’Esprit Saint dans le cœur du prêtre. Je conclus en demandant à la Vierge Marie, Mère et Reine des prêtres, qu’elle vous inspire, chers prêtres, et vous protège toujours. Et que sainte Thérèse, prie pour vous. Nous nous appuyons sur sa prière en raison de cette parole : « Puisque le zèle d’une carmélite doit embrasser le monde, j’espère avec la grâce du bon Dieu être utile à plus de deux missionnaires et je ne pourrais oublier de prier pour tous, sans laisser de côté les simples prêtres dont la mission parfois est aussi difficile à remplir que celle des apôtres prêchant les infidèles » (Ms C, 33 v°.). Chacun de nous peut prendre à son compte ce qu’elle disait à propos de Bellière : « Je serai tout près de lui, je verrai tout ce qui lui est nécessaire et ne laisserai pas de repos au bon Dieu qu’Il ne m’ait donné tout ce que je voudrai !… sa foi saura bien découvrir la présence d’une petite sœur que Jésus lui donna jusqu’au dernier jour de sa vie » (Cf. LT 253 à Maurice Bellière, 13 juillet 1897.).

Cardinal Cláudio Hummes, Archevêque Émérite de São Paulo, Préfet de la Congrégation pour le Clergé

Fêtes Thérésiennes 2010 - Homélie du Cardinal Cláudio Hummes.

Dimanche 26 septembre 2010 Solennité de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus

Cardinal Claudio Hummes

Excellence, Chers frères prêtres, Chers frères et sœurs,

En adaptant les paroles du prophète Isaïe que nous avons entendues dans la première lecture, nous crions à sa suite : Réjouissons-nous avec toute l’Église ! Réjouissons-nous avec toute l’humanité ! car le Seigneur se compare à une mère qui porte son enfant sur les bras, le console et le caresse. Vous savez que ce texte d’Isaïe a bouleversé sainte Thérèse (Cf. Ms C 2 v°). Depuis sa petite enfance elle expérimentait à quel point Dieu l’aimait. Cette expérience était devenue le ressort de sa vie spirituelle et quelle fut son émotion lorsqu’elle trouva dans la Sainte Écriture la confirmation de ce qu’elle vivait : « Vous serez comme des nourrissons que l’on porte sur son bras, que l’on caresse sur ses genoux. De même qu’une mère console son enfant, moi-même je vous consolerai. » Thérèse commente : « Ah ! jamais paroles plus tendres, plus mélodieuses, ne sont venues réjouir mon âme ».

Le grand message que sainte Thérèse proclame au monde est celui-ci : Dieu est amour, tendresse, miséricorde ; Dieu vous a créés pour vous aimer avec cette tendresse que vous n’imaginez peut-être pas. Nous pourrions objecter : Mais, il n’y a rien de nouveau ! Saint Jean avait déjà dit que « Dieu est amour » (1 Jn 4, 16). Saint Paul témoigne que Dieu est un « Père plein de tendresse » (2 Co 1, 3), « riche en miséricorde » (Ep 2, 4). Oui, c’est vrai que l’Évangile proclame que Dieu est amour et tendresse, et c’est même le cœur de la Bonne Nouvelle : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils unique pour que tout homme qui croit ait la vie éternelle » (Jn 3, 16). Sainte Thérèse ne peut rien dire qui ne soit déjà dans l’Évangile. Mais nous avons des difficultés à croire vraiment que Dieu nous aime avec une telle tendresse qu’il nous a envoyé son Fils pour nous le prouver. Il ne se laisse pas décourager par la peur que certains éprouvent à son égard, souvent à cause d’une fausse conception de la justice de Dieu. Rappelez-vous comment Thérèse voit la justice de Dieu : « A moi, dit-elle, Il a donné sa Miséricorde infinie, c’est à travers elle que je contemple et adore les autres perfections Divines !… Alors toutes m’apparaissent rayonnantes d’amour, la Justice même (et peut-être encore plus que toute autre) me semble revêtue d’amour… Quelle douce joie de penser que le Bon Dieu est Juste, c’est-à-dire qu’Il tient compte de nos faiblesses, qu’Il connaît parfaitement la fragilité de notre nature. De quoi donc aurais-je peur ? » (Ms A 83 v°).

Mosaïque de la Basilique

Dans la deuxième lecture, saint Paul affirme que nous ne pouvons pas avoir peur car Dieu nous a donné son Esprit qui est un Esprit d’amour : « L’Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c’est un Esprit qui fait de vous des fils », c’est un Esprit qui vous permet de vous adresser à Dieu avec une affection toute familière, en l’appelant Abba, Père ! Car nous sommes véritablement ses enfants. C’est pour cela que saint Paul ajoute que nous sommes aussi ses héritiers. Cela signifie que Dieu nous unit à son Fils Jésus pour que nous puissions participer à toute sa richesse divine. Comment pouvons-nous avoir peur d’un père si bon ?

Le psalmiste a fait aussi cette expérience : « Mon âme est en moi comme un petit enfant contre sa mère ». Nous savons quelle paix, quelle confiance habitent le cœur d’un enfant quand il se blottit contre sa mère. Comme le dit Isaïe, il est nourri et rassasié de ses consolations ; la paix en lui est comme un fleuve.

Cependant, l’Évangile d’aujourd’hui dévoile un obstacle : nous ne croyons pas facilement que notre Dieu qui est infini, notre Dieu qui est invisible, notre Dieu que certains d’entre nous trouvent peut-être très lointain ; nous ne croyons pas facilement que notre Dieu soit à ce point un Père plein de tendresse qui nous connaît, qui nous est très proche, qui nous aime, qui nous entoure de toute sa sollicitude paternelle. C’est pour cela que nous devons opérer une conversion et Jésus nous avertit solennellement : « Amen, je vous le dis : si vous ne changez pas pour devenir comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux ». Il n’est donc pas si facile de devenir un enfant. Pour devenir un petit enfant, il faut apprendre à connaître Dieu afin de découvrir à quel point il est tendresse ; apprendre à lui faire confiance ; apprendre à tout attendre de lui. Comme un Père qui aime son enfant, Dieu veut nous aider à tout instant dans notre vie de chaque jour, il veut nous conduire : « tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont les enfants de Dieu », nous a dit saint Paul. Il faut beaucoup de temps pour apprendre à tenir la main de notre Père en toute occasion, pour apprendre à lui donner toute notre confiance, pour apprendre à nous abandonner complètement à lui. Sainte Thérèse a avoué à la fin de sa vie : « J’ai été longtemps avant de m’établir à ce degré d’abandon » (CJ 7.7.3.). Puis, elle a ajouté : « Maintenant, j’y suis [dans cet abandon total] ; le bon Dieu m’y a mise, il m’a prise dans ses bras et m’a posée là… ». Elle révèle ainsi que c’est Dieu qui nous donne la force de faire les efforts nécessaires pour marcher vers lui et avec lui. ‘Sans moi, vous ne pouvez rien faire », dit Jésus (Jn 15, 5).

Voilà notre propre vocation : découvrir que Dieu intervient comme un Père dans notre vie, jusque dans les plus petits détails, pourvu que nous l’appelions, que nous mettions en lui toute notre confiance, que nous appelions sans cesse son Esprit Saint. Des fleuves de paix alors envahissent notre cœur car nous sommes en confiance et nous correspondons parfaitement à ce pour quoi nous avons été créés : être les enfants bien-aimés de Dieu.

Sainte Thérèse de Lisieux

Ces fleuves de paix sont pour tous car Dieu a voulu nous créer tous, pour faire de nous ses enfants. Dans la première lecture, le prophète Isaïe entrevoyait déjà cette universalité par cette parole du Seigneur : « Je dirigerai vers [Jérusalem] la gloire des nations comme un torrent qui déborde ». L’image est suggestive : un torrent déborde quand ses eaux sont abondantes. On entrevoit comment les nations, c’est-à-dire l’humanité entière, accueilleront la Bonne Nouvelle de la tendresse de Dieu manifestée en Jésus son Fils.

Mais comment l’entendront-ils, cette Bonne Nouvelle, si on ne la leur annonce pas ? Notre monde d’aujourd’hui est assoiffé d’Évangile. La déchristianisation ne le rend pas heureux. Nos contemporains ont un espace vide dans leur cœur, qui est en attente de la révélation de leur vocation profonde, celle des enfants bien-aimés de Dieu. Qui enverrai-je ? demandait le Seigneur au début du livre d’Isaïe. Comme Isaïe et comme tant d’autres, mais peut-être avec une intensité toute spéciale, une enfant de Lisieux a répondu : « Me voici, envoie-moi » (Cf. Is 6, 8.). En trouvant dans le livre d’Isaïe le texte de la première lecture : « Vous serez comme des nourrissons que l’on porte sur son bras, que l’on caresse sur ses genoux », Thérèse s’est écriée : « O mon Dieu, vous avez dépassé mon attente et moi je veux chanter vos miséricordes. Vous m’avez instruite dès ma jeunesse et jusqu’à présent j’ai annoncé vos merveilles, je continuerai à les publier dans l’âge le plus avancé » (Ms C 2 v°.). Et c’est vrai, ses écrits sont traduits dans presque toutes les langues de la terre et l’Église a reconnu l’universalité et l’importance de son enseignement en la proclamant Docteur.

Frères et Sœurs, aidons sainte Thérèse à publier les miséricordes du Seigneur. Participons à sa mission qui est celle de l’Église. Nous vivons aujourd’hui une urgence de la mission pour rejoindre chacun de nos contemporains. Beaucoup ne connaissent pas encore cette Bonne Nouvelle qui change tout dans la vie d’un homme. Jean-Paul II a lancé l’Église dans l’ardeur d’une nouvelle Évangélisation. Benoît XVI a confirmé cette impulsion en créant tout récemment un nouveau Conseil Pontifical, pour « promouvoir une évangélisation renouvelée dans les pays où a déjà retenti la première annonce de la foi […], mais qui vivent une sécularisation progressive de la société et une sorte d’‘éclipse du sens de Dieu’ » . J’invite chacun de vous, qui êtes venus aujourd’hui dire votre affection à sainte Thérèse, à faire vôtre son désir missionnaire qui est celui du Saint Père et de toute l’Église. Là où vous habitez, là où vous travaillez, partout où vous passez, témoignez par votre vie que vous êtes aimés de Dieu, proclamez à tous ceux que vous rencontrez : « Laisse-toi aimer par Dieu, c’est un Père plein de tendresse. Jésus veux transformer ta vie en bonheur. Laisse-toi conduire par lui jusqu’au baptême pour devenir enfant de Dieu, ouvre ton cœur au don de l’Esprit par la confirmation, reçois le corps ressuscité du Seigneur dans l’Eucharistie ».

Quand un enfant est aimé à la folie par ses parents, il éclate de joie et sa joie rayonne. Frères et sœurs, que votre joie d’être aimés de Dieu avec tendresse éclate et rayonne partout autour de vous, pour que ceux qui vous côtoient soient eux-aussi attirés, fascinés, comblés par la tendresse du Père de Jésus notre Seigneur. Vous les conduirez jusqu’à l’Eucharistie, cette Eucharistie que nous poursuivons maintenant et dans laquelle nous trouvons Jésus, l’infinie richesse de notre vie.

Fêtes Thérésiennes 2010 - Journée d’action de grâce pour l’Année Sacerdotale

27 septembre 2010 Homélie du Cardinal Cláudio Hummes, o.f.m. Préfet de la Congrégation pour le Clergé

Cardinal Claudio Hummes

Excellence, Chers frères prêtres, Chers amis,

Nous voici au cœur de notre journée d’action de grâce. Nous le savons, l’Eucharistie est « la source et le sommet » de la vie chrétienne (LG 11) et de l’évangélisation (PO 5). Notre ministère, plus que cela, tout notre être sacerdotal, jaillit de l’Eucharistie, s’y nourrit, y revient sans cesse et y trouve son accomplissement. L’Année Sacerdotale s’est conclue dans une grande Eucharistie, présidée par le Saint Père et concélébrée par plus de 15 000 prêtres venus du monde entier. Ce moment inoubliable est comme l’image de ce que veut être notre sacerdoce : une Eucharistie à la dimension de l’Église toute entière, pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

Permettez-moi d’insister sur ce point. Les pays d’Occident, ceux de la vieille chrétienté, comme on dit, se posent beaucoup de questions sur leur avenir. La déchristianisation, la baisse du nombre de prêtres et de séminaristes, les paroisses sans curé et les églises sans Eucharistie dominicale, toute cette foule qui a faim et soif de Dieu, qu’elle le sache ou qu’elle ne le sache pas. Que faire ? Comment réagir ? Où trouver des solutions ? Vos évêques et vous-mêmes, cherchez avec ardeur ces solutions. On essaie de revoir l’organisation paroissiale, on donne une juste place aux laïcs, on distribue des exemplaires de l’évangile, on insiste sur la pastorale catéchuménale, certains diocèses ont largement invité les adultes à recevoir la confirmation, etc, etc. Autant d’initiatives magnifiques qui manifestent que l’Église est bien vivante et que vous ne baissez pas les bras devant la difficulté. Il est un point sur lequel nous n’insisterons jamais assez. Les Actes des Apôtres nous rapportent que les débuts de l’Église étaient marqués à la fois par une grande assurance dans la proclamation de la Parole et par l’ardeur de la communauté chrétienne qui, remplie de l’Esprit Saint, était « assidue à l’enseignement des apôtres, et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (Ac 2, 42). Face à la difficulté, face à l’incertitude de l’avenir, nous avons besoin de revenir à la Chambre Haute, au Cénacle, là où la communauté est fidèle à la fraction du pain, car c’est là, dans la communion fraternelle et à la lumière de l’enseignement des apôtres que nous nous ouvrons le mieux à l’Esprit Saint pour recevoir de lui la force, l’assurance nécessaire pour proclamer la Parole de Dieu à toutes les nations.

Je l’ai déjà dit ce matin et je me permets de revenir sur ce point : L’Eucharistie est déjà le centre de notre vie. Elle peut et doit le devenir chaque jour davantage, car l’espace de notre cœur s’élargit avec la croissance de notre amour pour le Christ. Rappelons-nous : avant que Benoît XVI ait institué une Année Sacerdotale, il avait rassemblé un Synode sur l’Eucharistie puis publié l’exhortation Post-Synodale Sacramentum Caritatis. Jean-Paul II lui-même avait proclamé une Année Eucharistique et publié plusieurs textes sur l’Eucharistie. Cette insistance des Papes sur l’Eucharistie nous invite à comprendre qu’elle doit être, peut-être aujourd’hui encore plus qu’hier, le centre de notre vie et de notre mission. L’Esprit Saint ne peut que rendre fécond notre amour de l’Eucharistie, notre fidélité à la célébrer chaque jour, la qualité liturgique de nos célébrations selon ce que demande l’Église, notre ardeur à y entrainer les fidèles. C’est parce que l’Eucharistie est la source et le sommet de l’évangélisation, que nous la mettons au centre de notre projet pastoral. Tout doit en jaillir et tout doit y conduire. C’est un réel défi que de trouver des solutions courageuses et réalistes pour que les chrétiens puissent participer à l’Eucharistie chaque dimanche. Le Curé d’Ars lui-même a souffert des lenteurs de ses fidèles, mais il ne s’est pas découragé. Nous travaillons dans le temps, mais nous agissons sous la lumière de la foi qui nous dit que « l’Eucharistie fait l’Église ».

Quelle foi cela demande ! Oui, c’est vrai. Une foi eucharistique. Avez-vous remarqué comment cette foi eucharistique grandit aujourd’hui ? Je vous l’ai dit ce matin, la Congrégation pour le Clergé a encouragé la prière devant Jésus-Eucharistie et elle est heureuse de voir quel écho cette invitation a trouvé à travers le monde. De même qu’il y a une conscience missionnaire plus grande aujourd’hui, de même nous assistons à une vraie soif d’adoration eucharistique, à laquelle tant de paroisses ont répondu par la mise en place de lieux d’adoration où tous ceux qui le désirent peuvent prier devant le Saint Sacrement, même la nuit parfois. Jean-Paul II a défini Marie comme la « femme eucharistique ». Soyons nous aussi des prêtres eucharistiques, c’est-à-dire identifiés à Jésus Eucharistie qui est louange du Père, offrande de lui-même, nourriture pour le monde. Plus nous serons eucharistiques, plus nous serons poussés et soutenus dans notre action missionnaire. Eucharistie et évangélisation sont inséparables.

Eucharistie à la Basilique - 27 septembre 2010.

L’Évangile nous dit aujourd’hui que les Douze sont constitués pour être avec Jésus et pour être envoyés en mission. Comme eux, nous avons été appelés parce que nous avons été choisis. « Ce n’est pas vous qui m’avez choisis, c’est moi qui vous ai choisis », nous dit Jésus (Jn 15, 16). Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus y voit là un grand mystère de miséricorde. Nous pouvons faire nôtre ce texte qui ouvre son premier Manuscrit : « Voilà bien le mystère de ma vocation, de ma vie tout entière et surtout le mystère des privilèges de Jésus sur mon âme… Il n’appelle pas ceux qui en sont dignes, mais ceux qu’il lui plaît ou comme le dit Saint Paul : « Dieu a pitié de qui Il veut et Il fait miséricorde à qui Il veut faire miséricorde. Ce n’est donc pas l’ouvrage de celui qui veut ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde. » (Rm 9,15-16) » (Ms A, 2 r°).

Avec Thérèse, nous savons que c’est un amour gratuit qui ne repose sur aucun mérite de notre part. Et cela est notre force car si Dieu nous a choisis gratuitement, à cause de son amour, il nous gardera fidèlement, à cause de son nom. Ses dons sont gratuits et sans repentance. Ce sanctuaire de Lisieux est le lieu parfaitement adapté pour nous replonger aujourd’hui dans le mystère de notre vocation et de notre consécration, pour offrir au Seigneur une disponibilité renouvelée à son appel et à son projet d’amour sur nous.

Rappelons-nous le but pour lequel Jésus nous a appelés : pour que nous soyons avec lui et pour nous envoyer prêcher. Être avec lui. J’ai déjà parlé de l’importance de la célébration et de l’adoration eucharistiques dans notre vie. Thérèse est une contemplative. Elle a brûlé sa vie en présence de Dieu, pour lui « faire plaisir », comme elle disait. N’est-ce pas la définition concrète de l’amour ? Les témoins du Curé d’Ars nous rapportent que saint Jean-Marie Vianney passait « des temps considérables » (C. LASSAGNE, Le Curé d’Ars au quotidien, par un témoin privilégié, Parole et Silence, 2003, p. 77.) en prière. On pourrait objecter qu’on se sanctifie dans le ministère et que l’urgence de la mission nous empêche de prendre du temps gratuit pour le Seigneur. Pourtant Jésus lui-même a connu l’urgence de la mission et nous avons vu ce matin qu’il priait longuement. Benoît XVI a répété plusieurs fois que la prière fait partie intégrante de la mission et qu’elle constitue même une « priorité pastorale ». Voici ce qu’il a dit aux prêtres venus du monde entier à Rome, lors de la veillée de clôture de l’Année Sacerdotale : « La relation avec le Christ, le dialogue personnel avec le Christ est une priorité pastorale fondamentale, c’est la condition pour notre travail pour les autres ! Et la prière n’est pas une chose marginale : c’est réellement une « profession » pour le prêtre de prier, également comme représentant des personnes qui ne savent pas prier ou qui ne trouvent pas le temps de prier. La prière personnelle, surtout la prière des Heures, est la nourriture fondamentale pour notre âme, pour toute notre action » (Dialogue de BENOIT XVI avec les prêtres pour la veillée de clôture de l’Année Sacerdotale, 10 juin 2010, réponse à la première question.).

Le deuxième but de l’appel est la mission : Nous envoyer prêcher. Les trois Synoptiques nous rapportent que Jésus a commencé sa vie publique par la proclamation de l’Évangile de Dieu (Mc 1, 14). C’est pour cela qu’il est « sorti », dit-il (Mc 1, 38). Les apôtres, eux, quand ils ont reçu l’Esprit de Pentecôte, ils ont parlé toutes les langues pour pouvoir proclamer la bonne Nouvelle à l’univers entier. La mission fait partie de la nature de l’Église et elle est universelle. Comme Jésus lui-même, nous « sortons » pour aller à la rencontre de nos contemporains, avec cette certitude de foi que notre parole accompagne l’action secrète de Dieu qui, au milieu des ténèbres, fait briller sa lumière dans les cœurs pour y faire resplendir le visage du Christ.

Et pourtant, nous sommes parfois freinés intérieurement par la difficulté de la mission et peut-être surtout par l’expérience douloureuse de nos limites. Nous savons bien que nous sommes des « poteries sans valeur », des collaborateurs bien fragiles. Saint Paul en avait une conscience aigüe, lui qui a demandé par trois fois que lui soit enlevée l’écharde qu’il possédait dans sa chair. « Ma grâce te suffit » lui a répondu le Seigneur. Et Paul nous explique qu’il est important de ressentir sa faiblesse car « la puissance de Dieu donne toute sa mesure dans la faiblesse. C’est quand je suis faible que je suis fort » (cf. 2 Co 12). L’expérience de notre faiblesse est nécessaire pour que l’Esprit puisse manifester sa puissance. Pour nous aider à trouver le courage de « sortir » pour aller à la rencontre de nos contemporains et leur annoncer le Christ malgré notre faiblesse, notre timidité, nos défauts, Thérèse nous dit : « Le bon Dieu ne refuse jamais cette première grâce qui donne le courage d’agir ; après cela le cœur se fortifie et l’on va de victoire en victoire. » (CJ 8.8.3.).

Sainte Thérèse de Lisieux.

Voilà le secret de Thérèse : elle a une conscience aigüe de sa faiblesse, mais elle se remet complètement sous la puissance de la Miséricorde et elle agit en faisant un grand effort qui la sort d’elle-même, sachant bien que le Seigneur lui donne la force de faire cet effort, bien qu’elle ne ressente que sa faiblesse.

Alors, dans l’Eucharistie que nous célébrons maintenant, rendons grâce pour le don de notre sacerdoce, livrons-nous avec le Christ dans son offrande au Père, ouvrons nos cœurs à l’Esprit que nous recevons chaque fois que nous communions au Corps et au Sang du Christ, remettons notre sacerdoce entre les mains de Dieu. Ce qui va s’accomplir quand nous prononcerons les paroles de la consécration montre bien que Dieu fait des merveilles à travers notre faiblesse.

Journée d’action de grâce pour l’année sacerdotale - 27 septembre

A la Basilique Sainte-Thérèse de Lisieux Sous la présidence du Cardinal Claudio HUMMES
Préfet de la Congrégation pour le Clergé (Vatican)
ancien archevêque de São Paulo (Brésil)

Lundi 27 Septembre 2010

  • 9h00 : office du matin
  • 9h30 : conférence du cardinal HUMMES
  • 11h00 : Eucharistie
  • 14h00 : animation sur les lieux thérésiennes
  • 15h45 : entretien avec Mgr BOULANGER
  • 16h30 : office du soir
Journée d'action de grâce pour l'année sacerdotale
Journée d’action de grâce pour l’année sacerdotale

Informations/Inscription :
Tél. : 02 31 48 55 00 – 06 11 12 46 73
dominique.menvielle chez therese-de-lisieux.com
Affiche (fichier PDF à télécharger)
Bulletin d’inscription (fichier PDF à télécharger)

Programme des Fêtes Thérésiennes 2010

Du 25 septembre au 3 octobre. Fêtes célébrées sous la présidence du cardinal HUMMES, Préfet de la Congrégation pour le Clergé (Vatican)

Procession des Fêtes thérésiennes 3Samedi 25 septembre3

  • 9h00 : messe au Carmel
  • 15h30 : concert d’orgue et de harpes dans la crypte de la basilique
  • 20h30 : procession des Reliques de sainte Thérèse du Carmel à la Basilique et veillée

3Dimanche 26 septembre3

  • 10h30 : messe solennelle à la basilique présidée par le cardinal HUMMES
  • 15h30 : procession des Reliques de sainte Thérèse de la Basilique à la cathédrale et vêpres

3Lundi 27 septembre - Journée d’action de grâce pour l’année sacerdotale : Thérèse et les prêtres3

  • 9h00 : office du matin
  • 9h30 : conférence du cardinal Hummes
  • 11h00 : Eucharistie
  • 14h00 : animation sur les lieux thérésiens
  • 15h45 : entretien avec Mgr Boulanger
  • 16h30 : office du soir

3Du mardi 28 septembre au vendredi 1er octobre (Fête liturgique de sainte Thérèse)3

3chaque jour :3

  • 11h00 : messe
  • 15h00 : conférence
  • 16h30 : vêpres

3Samedi 2 octobre - Journée des personnes malades ou handicapées3

  • 10h30 : célébration du sacrement des malades
  • 15h00 : messe à la Basilique

3Dimanche 3 octobre - Clôture des Fêtes de sainte Thérèse3

  • 10h30 : messe à la Basilique
  • 15h30 : vêpres