Fêtes thérésiennes 2011

Fêtes Thérésiennes 2011 - album souvenir

Sous la présidence de Mgr GIACINTO-BOULOS MARCUZZO, Evêque auxiliaire à Nazareth, Vicaire patriarcal latin pour Israël

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Fêtes Thérésiennes 2011 - Homélie de Mgr GIACINTO-BOULOS MARCUZZO

Evêque auxiliaire à Nazareth, Vicaire patriarcal latin pour Israël.

Lisieux, dimanche 25 septembre 2011 Ouverture des festivités thérésiennes.

mgr GIACINTO BOULOS MARCUZZO« Réjouissez-vous ave Jérusalem, exultez à cause d’elle, vous tous qui l’aimez ! Avec elle soyez pleins d’allégresse, vous tous qui portiez son deuil » (Is.66, 10).

C’est avec cette exhortation que nous commençons la liturgie d’aujourd’hui. C’est avec cette lecture que nous avons accueilli les reliques de Ste Thérèse à Jérusalem. C’est avec cette même invitation du prophète Isaïe que nous aimons ouvrir les festivités thérésiennes et partager avec vous les joies et les attentes de la visite des reliques de Ste Thérèse en Terre Sainte.

Excellence et cher Frère, Mgr Jean-Claude Boulanger, évêque de Bayeux et Lisieux, Excellence Mgr Poulain. T.R. Mgr Bernard Lagoutte, recteur du Sanctuaire de Lisieux. Madame le ministre. Monsieur le Maire de Lisieux et Autorités. Chers prêtres, diacres, frères, religieux et religieuses Frères et Sœurs, amis pèlerins.

Nous remercions de tout cœur S.E. l’évêque de Lisieux et le T. R. Mgr Lagoutte pour l’invitation qu’ils m’ont adressée en vue de participer à l’ouverture des festivités thérésiennes de 2011. J’arrive de Terre Sainte et je représente S. B. le Patriarche latin de Jérusalem, Mgr Fouad Twal, qui vous envoie de Jérusalem ses meilleurs salutations et vœux de bonne fête. Le Rév. P. Abdo Abdo, curé latin de Haifa, grand organisateur de la visite des reliques de Ste Thérèse en Terre Sainte, m’accompagne ici-même à Lisieux. Il représente aussi les Pères Carmes de Haifa et du Mont Carmel.

Nous venons, idéalement aussi, au nom de tous les chrétiens de Terre Sainte qui sont très reconnaissants de la visite des reliques de Ste Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face dans leur pays, le pays de Jésus et de Marie. Cette année, en effet, les reliques de Ste Thérèse ont accompli ce qu’il convient d’appeler un pèlerinage vraiment historique en Terre Sainte, du 16 mars au 2 juin 2011. Nous sommes d’ailleurs touchés que les festivités thérésiennes cette année soient marquées par la présence des témoins de ce pèlerinage qui vont pouvoir ainsi partager leur expérience aux pèlerins de ce sanctuaire et aux nombreux participants de cette fête.

Nous venons des sources de votre foi chrétienne et des sources de la spiritualité cermelite et thérésiennes. Nous arrivons donc de Tishbeh et du Mont Carmel, patrie du prophète Elie et théâtre de sa mission prophétique. Nous venons de Nazareth, pays de la Vierge Marie, que la tradition carmélite appelle aussi Notre-Dame du Mont-Carmel. Nous venons de Wadi-Shikh et du « puits d’Elie », berceau de l’expérience ermite des premiers carmes aux 12e et 13e siècles ; là où ils reçurent la première règle monastique du Patriarche Albert de Jérusalem, et à partir d’où la spiritualité carmélite se répandit dans le monde entier. Nous venons d’Ebellin et de Bethléem où vécut et mourut notre première bienheureuse des temps modernes de Terre sainte, Maryam Bawardy, carmélite palestinienne connue sous le nom de Sr. Marie de Jésus Crucifié. Nous arrivons en définitive des sources spirituelles de Ste Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face.

L’impact de ce pèlerinage a été très fortement ressenti (directement et personnellement) par la population chrétienne d’Israël et de Palestine ; comme si c’était Thérèse Martin en personne qui finalement accomplissait ce pèlerinage. C’est pour cela que je parlerai de cette visite comme d’un vrai pèlerinage et, d’une manière personnelle comme si Ste Thérèse était venue elle-même.

Le pèlerinage de Ste Thérèse s’est déroulé sur plusieurs plans, différents mais complémentaires. Il fut à la fois biblique, ecclésial, œcuménique, interreligieux, spirituel et pastoral, riche en messages de paix et d’unité. Je vais essayer de parler de ces différents aspects en employant la méthode de la Bible et de l’Histoire du salut : parler de la miséricorde et des merveilles que le Seigneur a fait à travers Ste Thérèse par les faits et l’histoire de son pèlerinage en Terre Sainte.

1.Un pèlerinage biblique

Le pèlerinage de Ste Thérèse a d’abord été un moment de resourcement biblique pour la spiritualité thérésienne. Un resourcement important, pas tellement pour elle mais pour nous. En lisant ses écrits et ses poésies, on pourrait être tentés de se demander : est-ce que tout cela est biblique ? Par ce pèlerinage, elle a comme voulu nous indiquer que son ‘Histoire d’une âme’ correspondait bien à l’histoire du Salut, et que son message était parfaitement inspiré de la Bonne nouvelle de l’Evangile.

Elle est passée par toutes les routes bibliques, comme la Via maris et la Route des prophètes. Elle a parcouru beaucoup de rues et de places, comme la Via dolorosa et la Place de la nativité. Elle est allée sur plusieurs monts et montagnes, comme la Mont des Oliviers, le Mont Carmel, le mont Ebal et Garizim, le mont Tzora de Samson, et la Montagne de David. Elle a aussi traversé nombre de vallées comme Soreq, Ain Karem, Ayalon et la vallée du Jourdain. Elle a parcouru toutes les plaines, comme Esdrelon, Sharon, Nétofa, la Côte marine. Elle s’est posée auprès de nombreuses sources et longé plusieurs mers bibliques comme le Lac de Tibériade, la Mer Morte et elle a souvent sillonné la Côte méditerranéenne. Elle a visité beaucoup de Lieux Saints et de Sanctuaires, notamment Nazareth, Bethléem, Jérusalem, Stella Maris de Haifa, Jaffa, Jéricho, Emmaüs-Nicopolis, Deir-Rafat. Elle est passée par toutes les régions bibliques de la Terre Sainte, de la Galilée, de la Phénicie, de la Judée et de la Samarie.

Dans toutes ces visites aux lieux bibliques, c’était pas tellement le lieu ou l’archéologie du lieu qui nous intéressaient ou aurait intéressé Ste Thérèse, mais la Parole de Dieu qui là s’était réalisée. On faisait tout le temps la comparaison entre la Parole de Dieu et les écrits et les exemples de Ste Thérèse. Nous sommes sortis avec cette conclusion : la doctrine et la vie de Ste Thérèse sont très bibliques. Je suis particulièrement heureux aujourd’hui de partager avec vous cette expérience, et nous avons très bien compris l’idée qu’elle exprime à un certain moment : « Ce livre-là (Les Saintes Ecritures) me suffit ».

2.Un pèlerinage ecclésial

Cet événement avait été décidé par l’Assemblée des Ordinaires Catholiques de Terre Sainte qui comprend les pasteurs de toutes les Communautés catholiques des différents rites : latin, byzantin, maronite, arménien, syrien et chaldéen. Ce pèlerinage a aussi été préparé par un comité mixte, coordonné par les Pères Carmes, et surtout sous la responsabilité du P. Abdo, ici présent. Ste Thérèse a visité systématiquement toutes les paroisses catholiques d’Israël et de Palestine, 66, sans compter les succursales. Certes, la Jordanie fait aussi partie de la Terre Sainte et du Patriarcat de Jérusalem, toutefois nous nous souvenons que les reliques de la Sainte de Lisieux étaient déjà passées en Jordanie en 2006. Néanmoins, tous, nous regrettons beaucoup, qu’elle n’ait pas pu se rendre dans le district de Gaza.

Sainte Thérèse est entrée dans beaucoup d’églises, de monastères aussi, notamment les quatre carmels de Terre Sainte, celui des trappistes de Latroun et des Clarisses de Nazareth, et s’est arrêtée dans de nombreuses chapelles, oratoires et centres pastoraux. Elle a été accueillie au Patriarcat latin de Jérusalem, dans l’évêché latin e Nazareth et autres, les écoles, les hôpitaux, les centres d’accueils pour pèlerins. Elle a été vénérée par des dizaines de milliers de fidèles, de tout rang : patriarche, évêques, prêtres, religieux et religieuses, mouvements et associations, surtout les Scouts, grands et petits, jeunes et moins jeunes, bien portants et malades.

Deux catégories, en tout cas, se sont particulièrement et spontanément distinguées, les petits et les malades. Nous avons tous été très touchés de voir le nombre de petits qui, avec une simplicité désarmante et tout naturellement, accompagnés de maman ou pas, s’approchaient de la châsse, la touchaient et l’admiraient, presque poussés par une force intérieure. Beaucoup disaient : c’est la meilleure explication de la « petite voie » et de « l’enfance évangélique ». Que dire, après, des nombreux malades, qui dans la rue ou à l’église, et surtout dans les hôpitaux, élevaient des prières incessantes et déchirantes, pleines de confiance et d’espérance.

Nos communautés religieuses ont redécouvert surtout les poésies de Ste Thérèse, et les deux poésies les plus lues et méditées ont été incontestablement « Pourquoi je t’aime, ô Marie » et, une surprise, « La rose effeuillée ». Tandis que parmi les fidèles, surtout les jeunes, les écrits les plus lus, médités, commentés, aimés et savourés ont été, sans doute, « la petite doctrine », notamment la page de la découverte de sa vocation : « J’ai compris que l’Eglise avait un corps… J’ai compris que l’Eglise avait un cœur, et que ce Cœur était brûlant d’Amour… J’ai compris que l’Amour renfermait toutes les vocations… Dans le cœur de l’Eglise, ma Mère, je serai l’amour, ainsi je serai tout ». Que de photocopies on a dû faire de cette page ! Nous avons vraiment eu l’impression de nous trouver devant une des plus belles et sublimes pages de la littérature chrétienne.

3.Un pèlerinage œcuménique et interreligieux

Ste Thérèse a même été invitée à visiter des églises orthodoxes et anglicanes, comme à Shefaamer et Rameh, où les curés et les pasteurs orientaux rivalisaient à montrer comment « La sainteté n’est pas confessionnelle, mais vient de Dieu et est pour l’édification de tous ». Son pèlerinage peut vraiment être qualifié d’œcuménique et même d’interreligieux, car beaucoup de musulmans, druzes (surtout en Galilée) et de juifs (majoritairement à Haifa), ont participé aussi aux accueils officiels et populaires du reliquaire et tous ont eu plaisir à réciter des poésies et des discours.

Nous avons été témoins du phénomène déjà vérifié dans d’autres pays arabes, surtout en Egypte (voir la fameuse basilique de Ste Thérèse), que les bons musulmans gardent une vénération spéciale pour cette « sainte de l’abandon à la miséricorde divine » et aiment solliciter son intercession. Sur le même ton déjà annoncé, ils disaient : « C’est une sainte, donc elle appartient à tous, elle est aussi une croyante musulmane (soumise à Dieu » !

4.Un pèlerinage de foi, spirituel et pastoral

Nous, les pasteurs, nous étions bien enthousiastes de la visite de Ste Thérèse, mais nous avions une crainte : celle de la recherche du miracle et du spectaculaire auxquels nos fidèles orientaux peuvent facilement s’abandonner, avec le danger de mélanger la foi avec le miraculeux, la fidélité ordinaire avec l’extraordinaire. Bien sûr, dans la plus pure tradition chrétienne, il n’est pas défendu, au contraire, de demander des grâces, selon la volonté du Seigneur. Mais nous avons toujours rappelé que le plus important reste la foi et la vie chrétienne. Bien sûr, nos fidèles n’ont pas manqué de confier nombre de demandes à la Sainte, et certains croient avoir reçu vraiment des grâces spéciales, ce qu’il faudrait au besoin vérifier et certifier.

Mais son pèlerinage a certainement produit un miracle spirituel constaté et sûr : il a beaucoup purifié et renforcé notre foi et notre pratique. Nous avons été profondément surpris, pendant les veillées, de voir les fidèles rester spontanément jusqu’aux petites heures dans les églises pour prier, pour se recueillir avec dévotion devant les reliques, ou pour se confesser. La Semaine sainte tombait cette année au milieu du pèlerinage de Ste Thérèse parmi nous, et la participation des fidèles fut très élevée. Cela nous a confirmé, sans conteste, le grand bien spirituel qu’elle a répandu dans nos communautés. Toujours au plan spirituel, le passage de Ste Thérèse a suscité l’inspiration poétique, musicale et même théâtrale, à côté des nombreux discours et homélies qui ont été prononcés. Des chants nouveaux, en effet, ont été lancés, des poésies et des zajals ont été composées et même des sketches et d’autres expressions artistiques ont été proposés. Signe évident que la communauté locale a senti fortement le message extraordinaire de la Sainte du « pur Amour » et du « brûlant Abîme de l’Amour ».

5.Un pèlerinage de paix et d’unité : « la folie de l’espérance »

Dans un pays assoiffé de justice et de paix, et divisé politiquement, culturellement et religieusement comme la Terre Sainte, la visite de Ste Thérèse ne pouvait pas ne pas lancer un message de justice, de paix et d’unité. Certainement elle n’a pas fait cela par la proclamation d’idées politiques, ni même de la doctrine sociale chrétienne. Ce n’est pas non plus tellement la présence de la population, dans la diversité des appartenances religieuses et politiques, aux mêmes cérémonies d’accueil et de vénération de la châsse. Mais Ste Thérèse a contribué à construire un peu plus de paix et de justice, discrètement mais réellement, en diffusant dans les cœurs des différents fidèles la force de l’amour et des valeurs spirituelles auxquelles elle croyait fermement et selon lesquelles elle avait vécu.

Qui connaît la question dramatique qui déchire les pays de la Terre Sainte et du Moyen Orient, sait que la source du conflit, du terrorisme et de l’instabilité violente se trouve, bien sûr, dans les confrontations politiques et l’affrontement des légalités justifiables des deux côtés. Mais le noyau brûlant du conflit est surtout dans le manque d’amour, de liberté, de respect pour la personne et des droits des peuples. C’est dans ce climat que Ste Thérèse a infusé, directement aux chrétiens et indirectement à tous les habitants de Terre Sainte, une nouvelle charge d’amour, de respect pour les valeurs de la personne et des peuples, qui sera certainement, à long terme, fructueuse et constructive. C’est exactement le psaume 130, que nous chantons heureusement aujourd’hui, qui nous rappelle la grande condition sine qua non de la paix : « Israël, (et nous ajoutons aussi, Palestine), met ton espoir dans le Seigneur, maintenant et toujours »

Elle nous a rappelé aussi une autre vérité dont nous avons absolument besoin pour conquérir la paix et l’unité : la « folie de l’espérance ». « Ma folie c’est d’espérer », répétait-elle. Au Moyen-Orient nous avons besoin de cette folie. Car nous avons été tellement déçus aux cours des années par les différents congrès, accords et documents que nous avons perdu l’espoir de pourvoir arriver à quelque solution. Nous sommes donc menacés par le terrible danger du désespoir. Et voici que Ste nous arrive et nous anime d’un nouvel encouragement et d’un nouveau souffle de paix, d’amour et d’unité avec sa folie de l’espérance.

6.Merci et invitation.

Au nom de S. B. le Patriarche et des évêques de la Conférence des Ordinaires de T.S., et au nom de toute la population de l’Eglise Mère de Jérusalem, je remercie le Seigneur pour la grande grâce du pèlerinage de Ste Thérèse en Terre Sainte. Je vous remercie Mgr l’évêque de Lisieux, Mgr le Recteur les Carmélites de Lisieux et tous les organisateurs pour la bonne réussite de cet évènement ecclésial absolument historique pour les pays de la Terre Sainte. Chers frères et sœurs, je vous invite à imiter Ste Thérèse. Venez vous aussi en pèlerinage en Terre Sainte, venez vous aussi visiter votre Eglise Mère de Jérusalem, venez retrouver les sources de votre foi et les sources thérésiennes. Venez retrouver votre et notre vocation chrétienne commune, comme nous l’enseigne la Parole de Dieu et nous le répète Ste Thérèse : « Vivre d’amour ». Amen.

Mgr Giacinto-Boulos Marcuzzo Nazareth- Lisieux, 25.9.2011.

Fêtes Thérésiennes 2011 - messe de clôture du 2 octobre

Homélie de Monseigneur Jean-Claude BOULANGER Evêque de Bayeux- Lisieux

Mth.21, 33-43 - 27° Dimanche ordinaire – Année A - Lisieux 2 Octobre 2011

mgr Boulanger

« Vendanges tragiques »

Vous avez peut-être lu un jour ce titre dans la presse. Habituellement, on y lit « Vendanges abondantes ou florissantes ». Le temps des vendanges n’est-il pas un temps de fête ? Mais cette année-là, ce furent des vendanges tragiques. Et on en parlait encore des années après. Si cela est vrai aujourd’hui, cela a dû aussi se passer autrefois. Et le pays de Jésus était un pays de vigne. Alors quand il racontait cette histoire, tout le monde l’écoutait, tout le monde le comprenait…

Ce vigneron, vous savez, il y tenait à sa vigne. Si vous aviez vu le soin qu’il prenait pour la cultiver, pour la tailler et la traiter. Bien sûr son vin était d’appellation contrôlée. Ce n’était même pas un premier cru, mais un grand cru. La vigne toute entière était classée grand cru. Il en était le propriétaire, Récoltant Manipulant comme nous disons aujourd’hui. Cette vigne, c’était sa passion, c’était sa vie. Bien sûr, il avait choisi des plants de qualité. Mais cette vigne c’était surtout le fruit de son travail. Il s’était dépensé sans compter. Cette vigne qu’il aimait tant, il l’a confiée en fermage à des vignerons. Quelle confiance ! Peut-être même quelle inconscience ? Sauraient-ils ces vignerons la cultiver avec autant d’amour et de soins ?

Quand Jésus parle de la vigne à ses auditeurs, ceux-ci pensent sans doute à leur coin de vigne mais ils savent que la vigne signifie aussi le peuple d’Israël tout entier. Pour eux la vigne était un bien précieux. La boisson habituelle, c’était le vin bien plus que l’eau qui était rare. Et on pouvait manger son raisin. La vigne c’était l’assurance de la vie. D’ailleurs dans la bible, ne disait-on pas qu’une bonne épouse était comparable à une vigne féconde ? Dans la plupart des peuples autour d’Israël, la vigne passait pour un arbre sacré. Pour les croyants de la bible, ce n’était pas la vigne elle-même qui était sacrée, mais le peuple lui-même qu’on appelait la vigne de Dieu, la vigne du Seigneur. Isaïe le rappelle dans la première lecture : « La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël. Le plant qu’il chérissait, ce sont les hommes de Juda ».

Puis vient le temps des vendanges. C’est un moment capital dans la vie des vignerons. Quand le raisin est à point, on ne peut plus attendre. Malgré la difficulté de la tâche, c’est toujours un moment de fête. On ne vendange pas seul. Il y a ceux qui coupent le raisin, ceux qui le portent, ceux qui l’écrasent. Mais cette année-là, les vendanges furent tragiques. La récolte a-t-elle été gâchée par un orage de grêlons ? Oh non, c’est bien plus que cela ? Y-a-t-il eu un accident ? Oh non, c’est encore plus grave ? Il y a eu meurtre… Alors un règlement de compte entre vignerons ? Oh non, c’est bien pire. Il y a eu plusieurs tués dont le fils du propriétaire. Alors c’est une révolte de vignerons devant un propriétaire injuste et tyrannique ? Oh non justement. C’est cela qui est impensable. Non seulement il respectait le contrat, mais il « s’est fait avoir », il était trop naïf, il avait trop confiance. Il avait même une patience inouïe. Ils ont cru pouvoir s’accaparer de la vigne pour eux tout seuls.

Dieu nous confie sa vigne

Quand Matthieu écrit ce texte pour les communautés chrétiennes, elles comprennent bien le sens de cette histoire. Mais elles pensent surtout à ce qui s’est passé avec Jésus. Mais Matthieu en rappelant cette parole de Jésus, veut aller plus loin et s’adresser à nous aujourd’hui. Dieu nous confie sa vigne, il nous confie le monde, il nous confie l’Eglise. Comment nous comportons-nous ? Ne disons-nous pas “C’est mon affaire”, c’est “mon groupe”, c’est “ma paroisse”. Ce n’est pas « mon diocèse » mais le diocèse que le Seigneur me confie. Il y a en nous un instinct de propriétaire. Les talents ou les responsabilités que Dieu nous a donnés, les affaires qu’Il nous a confiées, ce sont ses dons. Pardon Seigneur d’en faire mes choses à moi, où je suis le seul maître à bord.

Au moment où l’Eglise de France traverse une crise des vocations, tout simplement une crise de l’engagement, il nous est demandé comme sainte Thérèse d’avoir l’audace de la confiance et de la foi et d’accepter d’être dépossédé. Elle nous invite à l’abandon qui est le contraire de la démission. Elle prie pour que nous osions nous abandonner entre les mains du Père, comme Jésus sur la croix. Rappelons-nous que c’est au pied de la croix que l’Eglise est née.

L’amour grandit par l’amour, écrit le Pape Benoît XVI dans sa première Encyclique. Nous ne pouvons répondre à l’amour de Dieu que par l’offrande de notre pauvre amour. C’est ce que Thérèse exprimera dans son acte d’offrande à l’Amour miséricordieux. « Au soir de cette vie, je paraîtrai devant vous les mains vides. » Thérèse a accepté d’être dépossédée de ses œuvres. Elle a compris que c’est l’acte d’offrande de Jésus par amour de son Père et des hommes qui sauve le monde. Les dernières paroles de Thérèse, sur son lit de mort, résument toute sa vie : « Mon Dieu, je vous aime ». Il s’agit bien sûr de prier pour les vocations mais il s’agit de nous unir à la prière de Jésus à son Père. Le Maître de la vigne, c’est bien le Père.

Thérèse savait voir la dimension invisible et divine de notre vie. Elle nous invite à prier et offrir notre vie pour les vocations et pour l’Eglise de ce temps. Pour elle, il y a la Communion des Saints et le moindre geste, la moindre offrande sont reçus par Dieu. Il y a une solidarité spirituelle dans le monde de Dieu. Elle a prié pour l’abbé Bellière et l’abbé Roulland, comme elle a prié pour Pranzini. Dieu ne connaît pas la table de soustraction ou de division. Il ne connaît que la table de multiplication mais il ne peut multiplier que ce que nous offrons par amour.

Tant de générations de chrétiens ont redit chaque jour l’acte d’offrande de Thérèse ; surtout les générations qui ont vécu en France entre 1930-1950. Nous avons vu alors éclore la fécondité spirituelle de cette époque. Notre monde ne se convertira pas sans l’acte d’offrande des chrétiens de ce temps. Voilà notre vocation première. Que Sainte Thérèse vous aide à vivre votre vie de chrétien dans la confiance retrouvée. Le Seigneur est toujours le maître de la vigne et il prend soin de son Eglise. Mais Il a besoin de la foi des chrétiens pour sauver ce monde qu’Il aime tant.

Jean-Claude BOULANGER Evêque de Bayeux- Lisieux

Fêtes Thérésiennes 2011 - Samedi 1er octobre - Fête solennelle de sainte Thérèse - Journée des personnes malades et handicapées

Homélie de Monseigneur Jean-Claude BOULANGER Evêque de Bayeux- Lisieux

Lisieux – 1° Octobre 2011 « Les disciples dirent à Jésus : Qui donc est le plus grand dans le Royaume des cieux ? Jésus répondit : Celui qui se fera petit comme cet enfant, c’est celui-là qui est le plus grand dans le Royaume des cieux. » (Math.18, 4)

Frères et sœurs,

Pour la plupart d’entre vous, vous savez comment Thérèse a connu la souffrance physique et spirituelle. En Janvier 1897, c’est-à-dire quelques mois avant sa mort, elle a écrit ce poème intitulé « Ma Joie ». Elle sait que la fin de sa vie approche et pourtant elle ose s’exprimer ainsi : reliquaire

  • « Lorsque le ciel bleu devient sombre
  • Et qu’il semble me délaisser,
  • Ma joie c’est de rester dans l’ombre
  • De me cacher, de m’abaisser.
  • Ma joie, c’est la volonté sainte
  • De Jésus mon unique amour
  • Ainsi je vis sans nulle crainte
  • J’aime autant la nuit que le jour.
  • Ma joie c’est de rester petite
  • Aussi quand je tombe en chemin
  • Je puis me relever bien vite
  • Et Jésus me prend par la main
  • Alors le comblant de caresses
  • Je lui dis qu’Il est tout pour moi
  • Et je redouble de tendresses
  • Lorsqu’il se dérobe à ma foi »

La place du petit

Rappelez.- vous François d’Assise. Ce n’est pas un savant, ce n’est pas un puissant dont on parle encore aujourd’hui. C’est un tout petit, un frère mineur comme l’on disait au XIII0 siècle. C’est étonnant comme il a traversé l’histoire de l’humanité. Il aurait pu être riche, l’un des bourgeois les plus célèbres de la ville d’Assise. Il aurait pu vivre dans un palais dont les pierres nous rappelleraient sa mémoire. Rien de tout cela, Il a traversé les siècles en entraînant derrière lui, des hommes et des femmes de toute race, de toute condition sociale, riches ou pauvres, Il a permis à tant d’êtres humains de goûter à la joie des Béatitudes. Et tout cela voyez-vous parce qu’il a choisi d’être PETIT. Etre petit c’est le contraire d’être puissant. Un homme puissant finalement fait peur. On l’admire peut-être mais on admire avant tout son pouvoir ou son compte en banque, ce qu’il a. Alors chaque être humain, avec ses failles et ses talents, peut se reconnaître dans le petit. C’est à ce titre que celui qui accepte d’être petit, d’être dépouillé de mille choses devient riche de mille relations. Sans le savoir, il tisse une immense tapisserie faite de mille visages. Oui, seul celui qui est petit est vraiment frère. C’est étonnant comment ce sont souvent des petits qui ont été de grands innovateurs. II faut beaucoup de force morale pour être petit. Ce ne sont pas des résignés qui sont petits. Bien au contraire tout en eux crie la vie, l’espérance, l’envie de changer les choses, l’envie de créer. Ils n’ont cessé de se battre avec la vie, à mains nues bien sûr mais surtout avec les moyens de Dieu. C’est encore le vicomte Charles de Foucauld, l’une des grandes fortunes de Paris à la fin du XIXe siècle, qui va tout abandonner pour devenir petit frère universel, auprès des plus pauvres. Quand il gaspillait son argent, il savait bien qu’on l’admirait, qu’on l’aimait, mais pas pour lui même. Il n’était pas dupe. Plus que jamais, il sentait le poids de sa solitude. En se dépouillant de tout, en devenant petit, des milliers d’hommes et de femmes ont pu reconnaître à travers lui un frère. Et c’est ainsi que Sainte Thérèse, la petite Thérèse rassemble aujourd’hui auprès d’elle des hommes et des femmes du monde entier, de toute condition sociale.

Mais qui a envie d’être petit ?

Pas même les disciples dans l’Evangile. Ils discutent pour savoir qui est le plus grand. Dieu seul s’est fait petit, parce qu’il faut une puissance d’amour extraordinaire pour être petit. Dans ce petit Jésus couché dans une mangeoire, je contemple le Dieu des chrétiens. Qui voudrait croire dans ce Dieu-là au point que tant d’êtres humains se sont convertis en commençant par les plus pauvres. Qui aurait peur d’un Dieu couché dans une mangeoire ? Dieu s’est fait petit enfant, dépendant des hommes. Personne n’accepte d’être dépendant des autres.

Le petit enfant est l’être le plus dépendant de toute la terre, bien plus que les animaux. Oui, Dieu s’est fait petit enfant. Quelle force d’amour extraordinaire, comme le disait Thérèse, elle qui se considérait comme un grain de sable. Voilà le pouvoir de l’amour, mais nous préférons toujours l’amour du pouvoir. L’Evangile nous dit que Jésus plaça un enfant au milieu des disciples, comme sil était le trait d’union, le lien entre eux tous. Nous comprenons ce que cela signifie pour nous. Rappelez-vous : pour être petit, il faut une foi à soulever les montagnes pour renoncer à la force, au pouvoir, à la violence ou la domination. Et nous disciples de Jésus avons-nous envie d’être petits et quelle place ont encore les petits dans notre vie ?

Vous qui êtes malades, handicapés, vous qui êtes marqués par tant de souffrances physiques ou morales, rappelez-vous Thérèse à l’infirmerie du Carmel.

La souffrance, la maladie sont toujours un mal, comme le nom l’indique. C’est dans la confiance en Dieu, qu’elle a trouvé la paix et cherché une issue… Elle n’a jamais dit « si le Bon Dieu le veut … mais si le Bon Dieu le permet. » Dieu ne peut pas vouloir le mal. Mais au cœur du mal, Dieu ne nous abandonne pas. Le plus grand péché, ce n’est pas d’en vouloir à Dieu … le plus grand péché, c’est de désespérer de Dieu.

Regardez ce que Dieu a fait de Thérèse … Elle est devenue un chemin sur lequel tout être humain peut marcher. C’est simple comme une fleur au cœur de l’hiver. Cela s’appelle la confiance, en un mot la foi…Thérèse, permets simplement, que nous mettions nos pas à la suite des tiens. Tout simplement augmente en nous la foi.

Jean-Claude BOULANGER - Evêque de Bayeux - Lisieux

Fêtes Thérésiennes 2011, veillée du 30 septembre

Veillée de prière avec Thérèse - animée par les carmélites avec la participation de Sylvie Buisset

veillée 30 septembre

Fêtes Thérésiennes 2011, veillée du 24 septembre

Veillée avec Magida El Roumi, Diva du monde Arabe

veillée avec Magida El Roumi

Programme des Fêtes Thérésiennes 2011

Sous la présidence de Mgr GIACINTO-BOULOS MARCUZZO, Evêque auxiliaire à Nazareth, Vicaire patriarcal latin pour Israël

FlyerFT2011i

  • Samedi 24 septembre
    • 15h30 : concert harpes et orgue à la Crypte de la Basilique
    • 20h30 : Procession des Reliques du Carmel à la Basilique ; veillée avec Magida El Roumi, diva du monde arabe
  • Dimanche 25 septembre
    • 10h30 : Messe solennelle à la Basilique
    • 15h30 : Procession des Reliques de la Basilique à la Cathédrale et vêpres
  • Du lundi 26 septembre au vendredi 30 septembre
    • 11h00 : Messe à la Crypte de la Basilique
    • 15h00 : Enseignement sur la spiritualité de Thérèse, au Centre Pastoral Jean-Paul II (parvis de la Basilique), entrée libre
    • 16h30 : Vêpres à la Crypte de la Basilique
  • Vendredi 30 septembre - Anniversaire de la mort de Thérèse
    • 20h00 : Veillée de prière au Carmel animée par les soeurs carmélites - Lecture des Derniers Entretiens de Thérèse, sa mission au Ciel
  • Samedi 1er octobre - Fête solennelle de sainte Thérèse - Journée des personnes malades et handicapées
    • 11h00 : Messe à la Basilique
    • 15h00 : Sacrement des Malades à la Basilique
    • 16h30 : Vêpres à la Basilique
    • 20h30 : Pièce de Théâtre « Histoire d’une âme », mise en scène par Michel Pascal et jouée par Eva Hernandez, à la Crypte
  • Dimanche 2 octobre
    • 10h30 : Messe de Clôture des Fêtes Thérésiennes à la Basilique
    • 15h00 : Pièce de théâtre « Histoire d’une âme » à la Basilique et vêpres

Information :

  • Sanctuaire Sainte Thérèse de Lisieux
    Tél. : 02 31 48 55 08
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