Thérèse

Tout sur la petite Thérèse de Lisieux

Archives du Carmel de lisieux

Fruit de dizaines d’années de collaboration des carmélites avec des thérésiens et des chercheurs de plusieurs pays, ce site présente fidèlement les textes, documents, images et objets qu’ils ont jugés importants pour étudier sainte Thérèse. Grâce à leurs suggestions et leur collaboration directe, ce site internet permet d’approfondir l’œuvre de Thérèse et la genèse de sa pensée. Car sainte Thérèse, comme vous allez le découvrir, a eu le génie d’utiliser ces textes, images et objets de son temps et de les transformer en vivant avec eux, s’en nourrissant au point de créer une œuvre écrite valable pour toutes les époques et tous les temps. D’où sa nomination comme Docteur de l’Église.

Ce site d’archives thérésiennes, très simple d’accès, comprend 4 volets :

  • ses œuvres
  • en famille
  • au carmel
  • après 1897

La première section : les œuvres.

La première section est consacrée aux œuvres de Thérèse. D’abord ses œuvres écrites : ses textes avec tous leurs fac-simile, c’est-à-dire avec la reproduction des pages écrites à la main par Thérèse. On peut donc lire ses Manuscrits, ses poèmes et ses prières, ses pièces de théâtre, ses lettres, et consulter ses devoirs d’écolière. Moins connues sont les œuvres d’art de Thérèse : les images qu’elle a conçues et décorées, les objets qu’elle a mis en peinture, ses dessins et esquisses, petits tableaux ou ornements liturgiques, missel enluminé, etc. Toutes sont visibles avec une description de l’œuvre.

La seconde section : En famille.

Elle présente des centaines de photos de personnes et de lieux, mais aussi les quelque 1200 lettres échangées par la famille, les proches et les amis, en texte cherchable. Ces lettres sont aussi consultables soit par auteur, par destinataire ou par date. On trouve aussi des repères pour les évènements marquants de la vie familiale, et le contenu de la bibliothèque des Martin-Guérin, dont plusieurs livres sont en ligne. Enfin, les œuvres d’art des filles Martin (fusains et tableaux) et une généalogie des Martin/Guérin.

La troisième section : Au carmel.

D’abord le monastère. Ici, on commence avec un récit ancien de la fondation du monastère en 1838, puis on raconte la construction progressive de tous les bâtiments. Ensuite, on peut faire le tour des pièces avec un plan des lieux cherchable et cliquable, avec des photos des pièces d’alors, et tous les objets conservés qui s’y trouvaient. Ensuite on présente la communauté, avec l’histoire de chaque carmélite, contemporaine de Thérèse l’ayant accompagné dans sa petite voie. On y trouve aussi les textes religieux formateurs de l’époque, qui décrivaient le style de vie carmélitaine pour une jeune qui entrait alors. Enfin, les travaux de la communauté par secteur, sans oublier le livre de comptes, le contenu de la bibliothèque communautaire, et le texte cherchable de toutes les circulaires et livres lus au réfectoire du vivant de Thérèse, dont elle s’est largement inspirée.

Dans ces deuxième et troisième sections, on trouve en diaporama toutes les images reçues par Thérèse en famille ou au carmel, avec photo de l’image et numérisation du texte qui l’accompagne. Ceci permet de lire souvent pour la 1re fois des textes aimés et médités par Thérèse, qu’elle reprend tels quels dans ses œuvres.

La 4e section : Après 1897.

La diffusion des textes de Thérèse, d’abord avec l’Histoire d’une âme (la fabrication du texte initial, sa réception par les premiers lecteurs, les différentes éditions & traductions), puis avec les colossales éditions critiques. Ensuite, la diffusion des représentations de Thérèse (réalisées par Céline et d’autres), et un diaporama de centaines de copies et plagiats qui ont suivi. Une présentation des Pluies de roses, incluant la 1re guerre. Une bonne étude sur les deux Procès, tous les témoignages, le Doctorat et son histoire, sans oublier la correspondance échangée entre les proches de Thérèse après sa mort.

Enfin, un petit outil bien pratique : le bottin. Près de 200 personnes y sont sommairement présentées, le clou de ce bottin étant de voir enfin leurs visages ! Une mine pour tous les familiers de Thérèse.

C’est Marie de la Trinité, la novice préférée de Thérèse, qui fut ici la première des archivistes, la première de toutes ces carmélites travaillant à conserver les papiers de Thérèse, ses objets, ses images, des témoignages, etc. Un siècle plus tard, comme elle doit être heureuse de voir que ses placards s’entrouvrent pour que tous les amis de Thérèse puissent y avoir accès. En présentant tous ces trésors, nous passons de la conservation à la conversation.

http://www.archives-carmel-lisieux.fr/

Sa famille

Histoire de Sainte Thérèse de Lisieux

Louis Martin

1823-1894

Louis MartinNé à Bordeaux le 22 août 1823, Louis Martin a été élevé dans les camps militaires, au hasard des garnisons de son père.

info document -  voir en grand cette imageIl choisit le métier d’horloger qui s’accorde bien avec son amour du travail précis et son goût pour la solitude.

A vingt-deux ans, il pense lui aussi à la vie religieuse. Il s’adresse au monastère du Grand-Saint-Bernard, mais on lui fait remarquer qu’il ne pourra y entrer qu’après avoir appris le latin. Courageusement, le jeune homme s’y attelle. Il prend des leçons particulières pendant plus d’un an, mais renonce finalement à ce projet.

Il fait alors un stage de trois ans à Paris pour parfaire ses connaissances professionnelles. Le sanctuaire de Notre-Dame-des-Victoires y reçoit régulièrement sa visite.

En 1850, il s’installe comme horloger à Alençon, chez ses parents. Sa foi reste vive et active. Pas question d’ouvrir son magasin le dimanche. Ses distractions ? De longues séances de pêche, quelques parties de chasse et des soirées entre jeunes gens au Cercle catholique, fondé par son ami Vital Romet.

Sa mère s’inquiète de le voir encore célibataire à trente-quatre ans. Mais, en apprenant elle-même la technique du point d’Alençon, elle remarque une jeune Zélie Guérin, remarquablement douée… Les jeunes gens se marient le 13 juillet 1858.

Zélie Guérin

1831-1877

Zélie Guérin
Zélie Guérin
mère de sainte Thérèse

Née le 23 décembre 1831 à Gandelain, dans l’Orne, Marie-Azélie Guérin était une femme intelligente et une travailleuse acharnée.

Elle avait songé à devenir religieuse, mais la supérieure de l’Hôtel-Dieu d’Alençon avait découragé net la postulante.

Déçue, elle apprend le métier de dentellière. Elle y excelle si rapidement qu’à vingt-deux ans elle s’installe à son compte, rue Saint Blaise, travaillant d’abord avec sa soeur aînée, Marie-Louise.

Mais bientôt celle-ci la quitte pour entrer au monastère de la Visitation, au Mans. Soeur Marie Dosithée restera toute sa vie la conseillère spirituelle de Zélie, comme de son jeune frère Isidore, l’enfant gâté de la famille.

La dentellière maniait aussi bien le porte-plume que l’aiguille. De façon très vivante, elle raconte à sa soeur visitandine, puis à ses aînées pensionnaires au Mans près de leur tante, les menus faits de sa vie quotidienne. C’est notamment grâce à cette correspondance que nous avons des détails savoureux sur la petite enfance de Thérèse.

Marie (Sœur Marie du Sacré-Coeur)

1860-1940

  • 22.02.1860
    • Naissance de Marie, l’ainée de la famille. Baptême en l’église Saint-Pierre de Montsort.
  • 10.1868
    • Marie et Pauline sont confiées au pensionnat de la Visitation.
  • 02.07.1869
    • Première Communion dans la chapelle de la Visitation.
  • 1869
    • Confirmation.
  • 04.01.1873
    • Baptême de Thérèse. Elle sera sa Marraine.
  • 02.08.1875
    • Quitte le pensionnat de la Visitation en récoltant six premiers prix.
  • 1882
    • Le Père Pichon, jésuite, devient son directeur de conscience.
  • 13.05.1883
    • Elle soigne Thérèse, tombée gravement malade après le départ de Pauline pour le Carmel. Après sa guérison, Marie comprend que Thérèse a été guérie par le sourire de la Vierge.
  • 1885-1886
    • Marie devient la confidente des scrupules de Thérèse.
  • 25.03.1885
    • Vœu privé de chasteté.
  • 15.10.1886
    • Elle entre au Carmel de Lisieux et devient sœur Marie du Sacré-Cœur.
  • 19.03.1887
    • Prise d’Habit.
  • 12.1894
    • Incite Mère Agnès de Jésus (Pauline) à demander à Thérèse d’écrire ses souvenirs d’enfance.
  • juin-juillet 1895
    • Thérèse propose son Offrande à l’Amour Miséricordieux à sœur Marie du Sacré-Cœur qui accepte après hésitations.
  • 8-17.09.1896
    • Marie demande à Thérèse de mettre par écrit sa « petite doctrine » (Manuscrit B)
  • 08.03.1937
    • Gravement malade, elle reçoit l’Extrême-Onction.
  • 19.01.1940
    • Marie meurt à 80 ans au Carmel de Lisieux.

Pauline (Mère Agnès de Jésus)

1861-1951

  • 07.09.1861
    • Naissance le la 2e fille Martin, Pauline.
  • 08.09.1861
    • Baptême dans l’église de Saint-Pierre de Montsort.
  • 10.1868
    • Pauline et sa soeur Marie deviennent pensionnaires à la Visitation du Mans où vit Marie-Dosithée, leur tante.
  • 02.07.1874
    • Pauline fait sa première Communion dans la chapelle de la Visitation. Elle songe à devenir visitandine.
  • 1875 Pauline
    • Pauline entre seule au pensionnat, Marie ayant terminé ses études. Correspondance régulière entre Zélie Martin et Pauline.
  • 01.08.1877
    • Pauline quitte le pensionnat de la Visitation.
  • 28.08.1877
    • Après la mort de Mme Martin, Thérèse décide : « Pour moi, c’est Pauline qui sera maman ! »
  • 16.02.1882
    • A Saint-Jacques, dans la chapelle de Notre-Dame du Mont-Carmel, Pauline a l’inspiration d’entrer au Carmel.
  • 02.10.1882
    • Pauline entre au Carmel de Lisieux sous le nom de soeur Agnès de Jésus.
  • 06.04.1883
    • Pauline devient novice.
  • 08.05.1884
    • Pauline prononce ses voeux perpétuels entre les mains de la Fondatrice du Carmel de Lisieux, Mère Geneviève de Sainte-Thérèse.
  • 20.02.1893
    • Elue Prieure pour la première fois. Elle sera remplacée par Mère Marie de Gonzague le 21 mars 1896.
  • hiver 1894
    • Ordonne à Thérèse d’écrire ses souvenirs d’enfance.
  • juin 1897
    • Propose à Mère Marie de Gonzague d’éditer les écrits de Thérèse.
  • 19-20 octobre 1898
    • Parution de l’Histoire d’une Ame. Elle a pris une grande part à la préparation du livre.
  • 1902
    • Mère Agnès de Jésus redevient Prieure.
  • 1909
    • Au moment où se prépare le « Procès » de Thérèse, Soeur Agnès de Jésus redevient prieure.
  • 1923
    • Pie XI la confirme Prieure à vie. Elle sera un élément majeur du rayonnement de Thérèse dans le monde. Le volume de sa correspondance sera considérable.
  • 07.06.1944
    • L’incendie ravage Lisieux. Le Supérieur de la Mission de France presse la Mère Prieure de quitter le monastère pour se réfugier, avec les carmélites, dans la Crypte de la Basilique.
  • 27.08.1944
    • Après 80 jours, retour au Carmel intact.
  • 01.1949
    • Atteinte d’une congestion pulmonaire.
  • 28.07.1951
    • Meurt à l’âge de 90 ans.
  • 01.08.1951
    • Obsèques solennelles sous la présidence de S.E. Mgr. Picaud, Evêque de Bayeux et Lisieux.

Léonie (Sœur Françoise-Thérèse)

1863-2015

  • 03.06.1863
    • Naissance de Léonie, 3e fille des Martin, à Alençon.
  • 23.05.1875
    • Première Communion à Notre-Dame d’Alençon.
  • 18.06.1877
    • Accompagne sa mère malade à Lourdes avec Marie et Pauline.
  • 03.10.1881
    • Termine ses études chez les Bénédictines à Lisieux où elle était pensionnaire. Elle a 18 ans.
  • 13.05.1883
    • Guérison miraculeuse de Thérèse par la Vierge en présence de Léonie.
  • 14.06.1884
    • Marraine de confirmation de Thérèse.
  • 07.10.1886
    • Pendant le séjour de M. Martin et de ses 4 filles à Alençon. 1er essai de vie religieuse chez les Clarisses. Elle n’y restera que 2 mois.
  • 16.07.1887
    • A 24 ans, elle entre à la Visitation de Caen.
  • 06.01.1888
    • Léonie sort de la Visitation de Caen après 6 mois.
  • 10.01.1889
    • Assiste à la prise d’Habit de Thérèse avec M. Martin et Céline.
  • 12.02.1889
    • M. Martin est interné au Bon-Sauveur à Caen où il restera plus de 3 ans. Léonie et Céline le visitent régulièrement.
  • 24.06.1893
    • Seconde entrée à la Visitation de Caen.
  • 06.04.1894
    • Prise d’habit sous le nom de soeur Thérèse-Dosithée.
  • 20.07.1895
    • Après deux ans à la Visitation de Caen, Léonie, à 32 ans, va vivre chez les Guérin à Lisieux.
  • 17.07.1897
    • Dernière lettre de Thérèse à Léonie qui lui assure qu’elle sera Visitandine.
  • 04.10.1897
    • Inhumation de Thérèse. Léonie conduit le deuil.
  • 28.01.1899
    • 3e entrée à la Visitation de Caen, à 35 ans 1/2, ce sera définitif.
  • 30.06.1899
    • Nouvelle Prise d’Habit de Léonie, sous le nom de soeur Françoise-Thérèse, à la Visitation de Caen.
  • 02.07.1900
    • Profession à la Visitation de Caen.
  • 08.1910
    • Elle est témoin au Procès Informatif pour la Cause de Béatification de Thérèse à Bayeux.
  • 09.1915
    • Rencontre avec ses trois soeurs au Carmel de Lisieux pour le Procès Apostolique de la Cause de Béatification de Thérèse.
  • 29.04.1923
    • Béatification de soeur Thérèse de l’Enfant-Jésus à Saint-Pierre de Rome, par Pie XI. Léonie visitandine et ses trois soeurs carmélites y sont invitées mais elles déclinent l’invitation pour rester fidèles à leurs vocations de cloîtrées.
  • 16.06.1941
    • Mort à la Visitation de Caen, à 78 ans.
  • 11.03.1945
    • La châsse des reliques de Thérèse vient à la Visitation de Caen, au retour des fêtes à Paris en l’honneur de sainte Thérèse, Patronne de la France, pour saluer les restes mortels de Léonie dans la crypte. Depuis environ quinze ans, cette Crypte a été rendue accessible aux nombreux pèlerins qui viennent prier sur la tombe de Léonie.
  • 24.01.2015
    • L’ouverture du procès en béatification de sœur Françoise-Thérèse, plus connue sous le nom de Léonie Martin, sœur de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, a été annoncée officiellement à Caen. Mgr Jean-Claude Boulanger, évêque de Bayeux-Lisieux, a proclamé cette annonce au cours d’une messe célébrée au monastère de la Visitation où elle a été religieuse de 1899 à 1941.

Céline (Sœur Geneviève de la Sainte Face)

1869-1959

  • 28.04.1869
    • Naissance de Marie-Céline, 7° fille, rue du Pont-Neuf.
  • 05.09.1869
    • Baptême à Alençon.
  • 1877
    • Demi-pensionnaire, à l’Abbaye des Bénédictines de Lisieux.
  • 13.03.1880
    • Première communion dans la Chapelle de l’Abbaye.
  • 05.06.1880
    • Confirmation.
  • 10.1880
    • Thérèse entre à l’école de l’Abbaye avec Céline.
  • 1885
    • Céline quitte l’Abbaye, où elle avait été « présidente des Enfants de Marie ». Elle avait remporté presque toujours les premiers prix.
  • 04.1888
    • Demandée en mariage.
    • Céline fait de la peinture et de la photographie.
  • 16.06.1888
    • Céline annonce à son père son désir d’être religieuse.
  • 12.02.1889
    • M.Martin entre au Bon Sauveur à Caen pour y être soigné. Céline s’installe à proximité, chez les Soeurs de Saint-Vincent-de-Paul, avec Léonie pendant trois mois.
  • 08.12.1889
    • Le R.P. Pichon, son directeur, l’autorise à faire le voeu de virginité.
  • 29.07.1894
    • M. Martin succombe à une crise cardiaque, assisté de Céline.
  • 14.09.1894
    • Céline entre au Carmel (avec son appareil photo).
  • 05.02.1895
    • Novice, qui avait d’abord porté le nom de Soeur Marie de la Sainte Face, elle prend l’Habit et devient Soeur Geneviève de Sainte Thérèse et de la Sainte Face.
  • 09.06.1895
    • Soeur Thérèse de l’Enfant-Jésus sollicite au cours de la messe de la Sainte Trinité, la permission de s’offrir en victime à l’Amour Miséricordieux.
  • 11.06.1895
    • Offrande avec Céline.
  • 24.02.1896
    • Profession
  • 1898 - 1899
    • Toute sa vie, Soeur Geneviève prend une part active à la diffusion du Message de Thérèse par l’écrit, la photo et l’image.
  • 1952
    • Parution de « Conseils et Souvenirs » de soeur Geneviève.
  • 24.02.1956
    • Jubilé de Diamant. Mgr Jacquemain, Evêque de Bayeux et Lisieux autorise l’ouverture du Procès Informatif de la Cause du Serviteur de Dieu, Louis Martin.
  • 25.02.1959
    • Mort de Soeur Geneviève.

Sa vie

Les grandes étapes de sa vie et de sa glorification

LES GRANDES ETAPES DE LA VIE DE THERESE

Alençon

  • 1873
    • 2 janvier : Naissance da Marie Françoise -Thérèse Martin.
    • 4 janvier : Baptême en l’église Notre-Dame.
    • mars 73 - avril 74 : En nourrice à Semallé (près d’Alençon).
  • 1874
    • 2 avril : Retour définitif en famille.
  • 1877
    • 28 août : Mort de madame Martin des suites d’un cancer du sein. Thérèse choisit sa sœur Pauline comme seconde maman. Monsieur Guérin, frère de la défunte, conseille à monsieur Martin de venir habiter avec ses filles à Lisieux où il est installé lui-même comme pharmacien.

Lisieux

Aux Buissonnets

  • 1877
    • 16 novembre : Arrivé de monsieur Martin et de ses cinq filles aux Buissonnets.
  • 1878
    • 8 août : A Trouville, Thérèse voit la mer pour la première fois.
  • 1881
    • 3 octobre : Thérèse entre comme demi-pensionnaire à l’abbaye Notre-Dame du Pré (école animée par les bénédictines).
  • 1882
    • 2 octobre : Pauline entre au carmel de Lisieux et prend le nom de soeur Agnès de Jésus.
  • 1883
    • 25 mars : Grave maladie de Thérèse.
    • 13 mai : Fête de la Pentecôte : Thérèse est guérie aux Buissonnets par le sourire de la Vierge Marie.
  • 1884
    • 8 mai : Première communion de Thérèse à l’abbaye. Profession de Pauline (soeur Agnès) au Carmel.
    • 14 juin : Confirmation de Thérèse par Monseigneur Hugonin.
  • 1885
    • Mai : Début d’une crise de scrupules.
  • 1886
    • Février : Malade, retirée de l’école ; leçons particulières.
    • 15 octobre : Marie, sœur ainée et marraine de Thérèse, entre au Carmel de Lisieux et prend le nom de sœur Marie-du-Sacré-Cœur.
    • 25 décembre : Après la messe de minuit, Thérèse reçoit la grâce de sa conversion.
  • 1887
    • 29 mai : Pentecôte. Thérèse obtient de son père la permission d’entrer au Carmel à 15 ans.
    • Juillet/août : Thérèse prie pour la conversion de Pranzini qui vient d’être condamné à mort.
    • 1er septembre : Thérèse lit dans le journal La Croix le récit de l’exécution de Pranzini et de sa conversion.
    • 31 octobre : Visite à Mgr Hugonin, évêque de Bayeux, pour obtenir l’autorisation d’entrer au Carmel.
    • 4 novembre-2 décembre : Pèlerinage en Italie.
    • 20 novembre : Audience du Pape Léon XIII. Thérèse présente sa supplique au Pape : entrer au Carmel à 15 ans.
  • 1888
    • 1er janvier : Thérèse est informée de la réponse favorable de Mgr Hugonin, mais les carmélites ne veulent pas que son entrée ait lieu en plein hiver.

Au Carmel

    • 9 avril : Entrée de Thérèse au Carmel à 15 ans 3 mois.
  • 1889
    • 10 janvier : Prise d’habit. Thérèse signe désormais : Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus de la Sainte-Face.
    • 12 février : Monsieur Martin est hospitalisé au Bon Sauveur à Caen. Il y restera trois ans.
  • 1890
    • 8 septembre : Profession religieuse de Thérèse.
    • 24 septembre : Cérémonie publique de la prise de voile.
  • 1892
    • 10 mai : Monsieur Martin est ramené à Lisieux.
  • 1893
    • 20 février : Sœur Agnès (Pauline) est élue prieure du Carmel. Mère Marie de Gonzague, la prieure sortante, devient responsable du noviciat. Thérèse lui est associée pour la formation spirituelle des novices.
  • 1894
    • 29 juillet : Mort de Monsieur Martin.
    • 14 septembre : Entrée de Céline Martin au Carmel.
    • Hiver : Par obéissance, Thérèse commence à rédiger ses souvenirs d’enfance (Manuscrit A). Découverte de la « petite voie ».
  • 1895
    • 21 janvier : Thérèse joue sa seconde pièce sur Jeanne d’Arc.
    • 9 juin : Fête de la Sainte Trinité : Thérèse reçoit l’inspiration de s’offrir à l’Amour miséricordieux du Seigneur.
    • 17 octobre : Le séminariste Maurice Bellière est confié à Thérèse.
  • 1896
    • 21 mars : Mère Marie de Gonzague est réélue prieure. Elle conserve la responsabilité du noviciat mais demande à Thérèse de s’occuper des novices.
    • nuit du 2 au 3 avril : Premier crachement de sang. Peu après Pâques, entrée dans la nuit de la foi.
    • 30 mai : L’abbé Adolphe Roulland lui est confié comme second frère spirituel.
    • Septembre : Rédaction de lettres (manuscrit B) pour Sr Marie du Sacré Cœur : « Ma vocation, c’est l’Amour ».
  • 1897
    • Juin : Par obéissance, elle écrit le manuscrit C.
    • 8 juillet : Thérèse est descendue à l’infirmerie.
    • 30 juillet : Thérèse reçoit l’extrême-onction.
    • 30 septembre : vers 19 h 30 : mort de Thérèse.
    • 4 octobre : Inhumation au cimetière de Lisieux.

LES GRANDES ÉTAPES DE SA GLORIFICATION

  • 1898
    • 19-20 octobre : Première édition de « l’Histoire d’une Âme » (2000 exemplaires).
  • 1899-1900
    • Premiers pèlerins sur la tombe de sœur Thérèse : premiers miracles.
  • 1908
    • 26 mai : Guérison, sur sa tombe, de Reine Fauquet, une aveugle de Lisieux, âgée de 4 ans.
  • 1910
    • Début du Procès de Canonisation sous la responsabilité de Mgr Lemonnier, évêque de Bayeux.
  • 1915
    • Début du second Procès, dit Procès apostolique, du fait qu’il se déroule à la demande du Siège apostolique.
  • 1921
    • Le Pape Benoît XV promulgue le décret sur l’héroïcité des vertus de la Vénérable Servante de Dieu.
  • 1923
    • 29 avril : Béatification de sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus par le Pape Pie XI et translation des reliques du cimetière de Lisieux au Carmel.
  • 1925
    • 17 mai : Canonisation solennelle par le Pape Pie XI (500 000 pèlerins à Rome).
  • 1927
    • 14 décembre : Pie XI proclame Thérèse patronne des missions, à l’égal de Saint François-Xavier.
  • 1929
    • 30 septembre : Pose de la première pierre de la Basilique de Lisieux.
  • 1937
    • 11 juillet : Inauguration et bénédiction de la basilique par le Cardinal Pacelli, légat du Pape Pie XI.
  • 1941
    • 24 juillet : Fondation de la Mission de France. Son séminaire est à Lisieux.
  • 1944
    • 3 mai : le Pape Pie XII proclame Thérèse patronne secondaire de la France, à l’égal de Jeanne d’Arc.
  • 1947
    • 50e anniversaire de la mort de Thérèse. Ses reliques sont transportées dans presque tous les diocèses de France.
  • 1954
    • 11 juillet : Consécration de la Basilique de Lisieux.
  • 1956
    • Parution de l’édition en facsimilé des Manuscrits autobiographiques (Originaux de l’Histoire d’une Âme).
  • 1973
    • Célébration du Centenaire de sa naissance.
  • 1980
    • 2 juin : Le Pape Jean-Paul II pèlerin à Lisieux.
  • 1988
    • Parution de l’Edition du Centenaire (Œuvres complètes de Thérèse en édition critique).
  • 1992
    • Parution de la Nouvelle Edition du Centenaire offerte au Pape Jean-Paul II le 18 février 1993.
  • 1997
    • Centenaire de la mort de Sainte Thérèse.
    • 19 octobre : Le Pape Jean-Paul II proclame Sainte Thérèse Docteur de l’Eglise.

Une vie tout ordinaire

La sainteté de Thérèse ne repose pas sur des phénomènes extraordinaires. Elle consiste à « faire de manière extraordinaire des choses tout ordinaires ! »

On a beaucoup de mal à se rendre compte que la vie de Thérèse Martin fut tout ordinaire. Parce qu’elle est devenue sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus de la Sainte Face, connue dans le monde entier, avec de très nombreux titres (Patronne universelle des missions, patronne secondaire de France, Docteur de l’Eglise, etc.), on oublie qu’elle est passée inaperçue de sa famille, de son entourage, de son Carmel, de son père spirituel, de son évêque,… Certes, à Lisieux, on a pu parler d’une jeune fille qui a eu l’audace de parler au Pape Léon XIII lors d’une audience à Rome (un journal national l’avait signalé). Puis elle était entrée au Carmel à quinze ans et trois mois. Mais lorsqu’elle mourut, inconnue, dans un petit Carmel de province, il n’y avait guère que 30 personnes à son enterrement au cimetière de Lisieux. A sa canonisation à Saint Pierre de Rome, il y en aura 500 000, le 17 mai 1925. Alors ?

Alors, oui, une vie très ordinaire et très cachée.

Alençon (1873-1877)

Aquarelle de Thérèse à AlençonUne famille chrétienne, à Alençon, le père Louis Martin, horloger-bijoutier, la mère, Zélie Guérin, dentellière. Ils ont eu neuf enfants dont quatre sont morts en bas-âge. Restent quatre filles et voilà qu’à quarante ans, la maman est enceinte : Thérèse naît le 2 janvier 1873. Petite fille gaie, vivante, après un an en nourrice (sa mère ne peut la nourrir), elle a une vie heureuse, comblée d’amour par ses parents et ses soeurs. La petite dernière reçoit de sa famille une foi profonde, vivante, charitable. Tout va bien, jusqu’au drame : Zélie Martin meurt d’un cancer du sein (août 1877). Thérèse a quatre ans et demi.

Le choc est très fort pour la petite Thérèse. Elle choisit sa soeur Pauline comme seconde mère mais la blessure est profonde et mettra dix ans à se cicatriser.

Lisieux (1877-1897)

Ayant cinq filles à élever, Monsieur Martin cède aux insistances de son beau-frère Isidore Guérin, pharmacien à Lisieux. Toute la famille Martin s’installe aux Buissonnets. Thérèse y trouve une ambiance chaude mais les cinq années où elle va aller à l’école chez les Bénédictines resteront pour elle « les plus tristes de sa vie ». Bonne élève mais timide, scrupuleuse, vivant mal les heurts de la vie scolaire…

Aquarelle de la guérison de Thérèse aux BuissonnetsLe départ de Pauline au Carmel de Lisieux rouvre la blessure. A dix ans, Thérèse tombe gravement malade : symptômes alarmants d’une régression infantile, hallucinations, anorexie. La médecine renonce. Les familles, le Carmel prient. Le 13 mai 1883, une statue de la Vierge Marie sourit à Thérèse qui est guérie subitement.

L’année suivante, 8 juin 1884, sa première communion est pour elle une « fusion » d’amour. Jésus se donne enfin à elle et elle se donne à Lui. Elle pense déjà à être carmélite. Le départ au Carmel de sa troisième mère, sa soeur Marie, la déstabilise. Elle souffre d’une grave crise de scrupules obsédants, elle demeure hypersensible et « pleureuse à l’excès ». Elle aspire à mûrir et à être libérée. La nuit de Noël 1886, la grâce touche son cœur. C’est une véritable « conversion » qui la transforme en femme forte. L’Enfant de la crèche, le Verbe de Dieu, lui a communiqué sa force dans l’Eucharistie.

La voici prête à combattre pour le Carmel, à franchir tous les obstacles : son père, son oncle, l’aumônier du monastère, l’Evêque, le Pape Léon XIII. Car la grâce lui a ouvert le cœur et elle veut sauver les pécheurs avec Jésus qui, sur la Croix, a soif des âmes. Thérèse, à quatorze ans et demi, décide de rester au pied de cette Croix pour « recueillir le sang divin et le donner aux âmes. » Telle est sa vocation : « aimer Jésus et Le faire aimer. »

En 1887, entendant parler d’un assassin qui a tué trois femmes à Paris, elle prie et se sacrifie pour lui, voulant à tout prix l’arracher à l’enfer. Henri Pranzini est jugé, condamné à être guillotiné. Mais au moment de mourir, il embrasse le crucifix ! Thérèse pleure de joie : exaucée, elle le nomme son « premier enfant ».

Lors d’un pèlerinage en Italie, Thérèse s’aperçoit qu’en dehors de leur « sublime vocation », les prêtres ont leurs petits côtés. Elle saisit qu’il faut beaucoup prier pour eux car ce sont des hommes « faibles et fragiles ». Thérèse comprend que sa vocation n’est pas seulement de prier pour la conversion des grand pécheurs mais aussi de prier pour les prêtres. Au cours de ce même pèlerinage, elle demande au Pape d’entrer au Carmel à quinze ans. Réponse évasive, « fiasco », mais le 9 avril 1888, elle quitte à jamais son père, ses soeurs, les Buissonnets, son chien Tom…

Au Carmel (1888-1897), un chemin de solitude

Heureuse d’être là « pour toujours », « prisonnière » avec Lui… et 24 soeurs. La vie communautaire, le froid, la prière souvent dans la sécheresse, la solitude affective (même si elle retrouve deux de ses soeurs), elle supporte tout avec ardeur. Sa plus grande souffrance va être la maladie de son père bien-aimé, interné au Bon Sauveur de Caen, hôpital pour malades mentaux. Nouveau drame familial pour Thérèse. Elle s’enfonce dans la prière avec « le Serviteur souffrant » d’Isaïe 53, sur le chemin de la passion de Jésus. Mais le climat spirituel de son Carmel, marqué d’une crainte diffuse de Dieu, vu d’abord comme justicier, lui pèse. Elle aspire à l’Amour quand elle lit la Vive Flamme d’Amour de Saint Jean de la Croix. En 1891 (elle a dix huit ans), un prêtre la lance « sur les flots de la confiance et de l’Amour » sur lesquels elle n’osait avancer, étant plutôt retenue sur ce chemin audacieux, même par sa soeur Pauline, Mère Agnès de Jésus, qui deviendra prieure en 1893.

Son père, revenu dans sa famille, meurt en 1894 : Céline qui le soignait entre à son tour au Carmel.

Aquarelle de Thérèse au CarmelC’est vers cette époque que la jeune soeur Thérèse de l’Enfant-Jésus de la Sainte Face (tel est son vrai nom, résumé de sa vocation), découvre, après des années de recherche, la voie de l’enfance spirituelle qui va transformer sa vie. Elle reçoit la grâce d’approfondir la Paternité de Dieu qui n’est qu’Amour Miséricordieux (exprimé en son Fils Jésus incarné). La vie chrétienne n’est autre que la vie d’enfant du Père (« fils dans le Fils »), inaugurée au baptême et vécue dans une confiance absolue. « Si vous ne redevenez pas comme des petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume de Dieu », dit Jésus (Mt 18,3). Par chance, Mère Agnès lui ordonne d’écrire ses souvenirs d’enfance. Thérèse obéit et écrit 86 pages dans un petit cahier.

Alors qu’à son époque les âmes d’élite (rares) s’offraient en victimes à la Justice de Dieu, la « faible et imparfaite » Thérèse s’offre à son Amour Miséricordieux, le 9 juin 1895 au cours de la messe de la Trinité.

Ce don total la « renouvelle », brûle tout péché en elle. En septembre 1896, Thérèse ressent que sa belle vocation (« carmélite, épouse et mère ») ne lui suffit plus. Elle éprouve durant sa prière, l’appel de grands désirs : être prêtre, diacre, prophète, docteur (de l’Eglise), missionnaire, martyr… Ces souffrances vont disparaître lorsqu’elle va enfin trouver sa vocation en lisant un passage de Saint Paul sur la charité (1 Corinthiens 13). Alors, tout s’éclaire pour elle et elle peut écrire : « O Jésus mon Amour… ma vocation enfin je l’ai trouvée, ma vocation, c’est l’Amour !… Oui j’ai trouvé ma place dans l’Eglise et cette place, ô mon Dieu, c’est vous qui me l’avez donnée… dans le Cœur de l’Eglise, ma Mère, je serai l’Amour… ainsi je serai tout… ainsi mon rêve sera réalisé !!!… » (Manuscrit B, 3v°) De plus en plus hantée par le souci des pécheurs qui ne connaissent pas cet Amour Miséricordieux, elle entre à Pâques 1896 dans une nuit épaisse où sa foi et son espérance doivent combattre. D’autant plus qu’une tuberculose ronge sa santé et l’affaiblit. Elle use ses dernières forces à enseigner la voie d’enfance aux cinq novices dont elle a la charge et à deux frères spirituels, prêtres missionnaires pour l’Afrique et la Chine.

Vivant cette « com-passion », en union avec la Passion de Jésus à Gethsémani et à la Croix, épuisée par des hémoptysies, elle garde son sourire et son exquise charité qui remonte le moral de ses soeurs, consternées de la voir mourir dans d’atroces souffrances. Par obéissance, elle continue jusqu’à épuisement la rédaction de ses souvenirs dans lesquels, avec une transparente vérité, elle « chante les miséricordes du Seigneur » dans sa courte vie. Priant pour « faire du bien sur la terre, après sa mort, jusqu’à la fin du monde », prophétisant humblement que sa mission posthume sera de « donner sa petite voie aux âmes » et de « passer son Ciel à faire du bien sur la terre », elle meurt le 30 septembre 1897.

Un an après sa mort, paraissait un livre composé à partir de ses écrits : l’Histoire d’une Âme qui allait conquérir le monde et faire connaître cette jeune soeur qui avait aimé Jésus jusqu’à « mourir d’amour ». Cette vie cachée allait rayonner sur l’univers. Cela dure depuis plus de cent ans…

Histoire de la canonisation de sainte Thérèse

Pour passer de la béatification à la canonisation d’un bienheureux, deux miracles sont requis du temps du procès de canonisation de sainte Thérèse. Une fois ces miracles authentifiés, la canonisation peut être proclamée par le pape qui autorise et recommande le culte de ce nouveau saint dans l’Eglise universelle.

miraclesCanoRecR200Dans le cas de Thérèse, les deux miracles retenus pour sa canonisation sont :

  • la guérison de Soeur Gabrielle Trimusi, des Pauvres-Filles des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie (Parme, Italie), d’une tuberculose des vertèbres (1923) ;
  • la guérison de Maria Pellemans (Belge venue en pèlerinage sur la tombe de la Bienheureuse Thérèse) d’une tuberculose intestinale. Cette dernière souffrait de sa maladie depuis 1919.
    Elle adresse son témoignage au Carmel de Lisieux :
    "C’est au parloir du Carmel que je conçus le désir de demander ma guérison, afin de pouvoir réaliser le rêve de ma vie, être Carmélite.(…) Malgré ma fatigue extrême, je voulus retourner à la tombe. A peine étais-je là, qu’un sentiment très doux et surnaturel m’envahit tout entière… un céleste bien-être pénétrait mon âme et mon corps, je me sentais comme dans un autre monde, inondée d’un océan de paix. (…) Pénétrée d’une émotion si extraordinaire qu’intérieurement je pensai : je suis guérie sûrement !". (…)
    Le mardi 27 mars, nous sommes rentrés chez nous. Mon père, très ému, ne pouvait croire à ma guérison. Le médecin, ayant entendu parler du prodige, vint me visiter. Il m’examina longuement, puis, bouleversé lui aussi, il conclut : « Je ne comprends pas, je vous trouve toute changée, cela ne peut s’expliquer naturellement, car l’estomac et les intestins étaient incurables… Oui, si cette transformation persiste, on pourra dire que c’est un grand miracle ».
Canonisation mystique, 1925 (tableau de sr Marie du St Esprit, Carmel de Lisieux)
Canonisation mystique, 1925 (tableau de sr Marie du St Esprit, Carmel de Lisieux)

Le 17 mai 1925, Pie XI, entouré de 23 cardinaux et de 250 évêques, procède à la canonisation de Thérèse. Parmi les 50000 fidèles venus à Rome, seulement 5000 purent entrer dans la Basilique Saint-Pierre de Rome et entendre le pape prononcer la formule solennelle déclarant qu’on pouvait désormais appeler l’humble carmélite de Lisieux : « Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus ».

 Canonisation à Rome, 1926 (par sr Marie du St Esprit) - Bulle de canonisation - Petite Apothéose de la Canonisation, 1924 (par Céline, sr Marie du St Esprit et Pascal Blanchard), Carmel de Lisieux
Canonisation à Rome, 1926 (par sr Marie du St Esprit) - Bulle de canonisation - Petite Apothéose de la Canonisation, 1924 (par Céline, sr Marie du St Esprit et Pascal Blanchard), Carmel de Lisieux

Ses écrits

Manuscrits de sainte Thérèse de Lisieux

« Histoire d’une âme »

« Je sens que ma mission va commencer, ma mission de faire aimer le bon Dieu comme je l’aime, de donner ma petite voie aux âmes » (Derniers Entretiens, 17 juillet 1897)

Le 30 septembre 1898 (en réalité le 10 octobre d’après les notes du Procès), Mère Agnès de Jésus et Mère Marie de Gonzague, prieure en exercice, font paraître une circulaire nécrologique exceptionnellement longue (476 pages !) envoyée à tous les carmels français. Le surplus était vendu (tirage : 2 000 exemplaires, prix : 4 francs).

En fait, mère Agnès avait réuni les manuscrits de sa petite soeur (on les appellera plus tard A, B et C) écrits par « obéissance », corrigé les fautes d’orthographe (fréquentes), fait des raccords, supprimé quelques passages, divisé le tout en chapitres. Des trois destinataires, il n’en restait plus qu’une seule : Mère Marie de Gonzague. Selon l’exigence de celle-ci, on avait complété par des poésies thérésiennes et quelques lettres. Le Carmel redoutait une mévente de ce livre, financé sans enthousiasme par le généreux oncle Guérin. A la surprise générale, une seconde édition fut nécessaire six mois plus tard (4 000) et bientôt une troisième… Ce fut une explosion. Jusqu’en 1956 on compta 40 éditions, sans parler des traductions commencées dès 1901. On en a recensé plus de 50, chiffre toujours dépassé et incontrôlable, car les éditions pirates se sont multipliées.

Ce livre a été un instrument de conversion, de guérisons diverses, en tous lieux de la planète. C’est lui qui a poussé les fervents pèlerins à venir prier la « petite sainte », comme ils disent, sur sa tombe au cimetière de Lisieux. Bientôt un garde-champêtre protègera ce lieu des pieuses dégradations.

Ce n’est qu’en 1956, après la mort de Mère Agnès, qui avait pratiquement récrit les textes de sa soeur, que, Pie XII ayant ordonné de revenir aux originaux, on publia les trois manuscrits thérésiens.

L’édition critique - phototypie - menée à bien par le Père carme François de Sainte Marie (mort en 1961) avec une équipe de carmélites de Lisieux, fut un événement considérable. Thérèse en sortait « décapée », non édulcorée, enfin elle-même.

A partir de 1969, une équipe prit la suite et continua l’édition critique des 266 lettres retrouvées, des 54 poésies (1979), de 8 pièces de théâtre (1985), de 21 prières (1988) et des Derniers entretiens (1971).

Ce travail (1969 - 1988), qui reçut le Grand Prix Cardinal Grente de l’Académie Française en 1989, devait aboutir enfin à la Nouvelle Edition du Centenaire, en huit volumes (Cerf DDB).

L’œuvre réunie en un seul volume « Œuvres complètes » (Cerf - DDB) fait 1600 pages sur papier bible. L’ensemble fut offert le 18 février 1993 à Jean-Paul II et au Cardinal Ratzinger.

Poésies de sainte Thérèse de Lisieux (extraits)

Mon chant d’aujourd’hui

Ma vie n’est qu’un instant, une heure passagère
Ma vie n’est qu’un seul jour qui m’échappe et qui fuit
Tu le sais, ô mon Dieu ! pour t’aimer sur la terre
Je n’ai rien qu’aujourd’hui !…

Oh ! je t’aime, Jésus ! vers toi mon âme aspire
Pour un jour seulement reste mon doux appui.
Viens régner dans mon cœur, donne-moi ton sourire
Rien que pour aujourd’hui !

Que m’importe, Seigneur, si l’avenir est sombre ?
Te prier pour demain, oh non, je ne le puis !…
Conserve mon cœur pur, couvre-moi de ton ombre
Rien que pour aujourd’hui.

Si je songe à demain, je crains mon inconstance
Je sens naître en mon cœur la tristesse et l’ennui.
Mais je veux bien, mon Dieu, l’épreuve, la souffrance
Rien que pour aujourd’hui.

Je dois te voir bientôt sur la rive éternelle
O Pilote Divin ! dont la main me conduit.
Sur les flots orageux guide en paix ma nacelle
Rien que pour aujourd’hui.

Ah ! laisse-moi, Seigneur, me cacher en ta Face.
Là je n’entendrai plus du monde le vain bruit
Donne-moi ton amour, conserve-moi ta grâce
Rien que pour aujourd’hui.

Près de ton Cœur divin, j’oublie tout ce qui passe
Je ne redoute plus les craintes de la nuit
Ah ! donne-moi, Jésus, dans ce Cœur une place
Rien que pour aujourd’hui.

Pain vivant, Pain du Ciel, divine Eucharistie
O Mystère sacré ! que l’Amour a produit…
Viens habiter mon cœur, Jésus, ma blanche Hostie
Rien que pour aujourd’hui.

Daigne m’unir à toi, Vigne Sainte et sacrée
Et mon faible rameau te donnera son fruit
Et je pourrai t’offrir une grappe dorée
Seigneur, dès aujourd’hui.

Cette grappe d’amour, dont les grains sont des âmes
Je n’ai pour la former que ce jour qui s’enfuit
Ah ! donne-moi, Jésus, d’un Apôtre les flammes
Rien que pour aujourd’hui.

O Vierge Immaculée ! C’est toi ma Douce Etoile
Qui me donnes Jésus et qui m’unis à Lui.
O Mère ! laisse-moi reposer sous ton voile
Rien que pour aujourd’hui.

Mon Saint Ange gardien, couvre-moi de ton aile
Eclaire de tes feux la route que je suis
Viens diriger mes pas… aide-moi, je t’appelle
Rien que pour aujourd’hui.

Seigneur, je veux te voir, sans voile, sans nuage,
Mais encore exilée, loin de toi, je languis
Qu’il ne me soit caché, ton aimable visage
Rien que pour aujourd’hui.

Je volerai bientôt, pour dire tes louanges
Quand le jour sans couchant sur mon âme aura lui
Alors je chanterai sur la lyre des Anges
L’Eternel Aujourd’hui !…

Vivre d’amour

Au soir d’Amour, parlant sans parabole
Jésus disait : « Si quelqu’un veut m’aimer
Toute sa vie qu’il garde ma Parole
Mon Père et moi viendrons le visiter.
Et de son cœur faisant notre demeure
Venant à lui, nous l’aimerons toujours !…
Rempli de paix, nous voulons qu’il demeure
En notre Amour !… »

Vivre d’Amour, c’est te garder Toi-Même
Verbe incréé, Parole de mon Dieu,
Ah ! tu le sais, Divin Jésus, je t’aime
L’Esprit d’Amour m’embrase de son feu
C’est en t’aimant que j’attire le Père
Mon faible cœur le garde sans retour.
O Trinité ! vous êtes Prisonnière
De mon Amour !…

Vivre d’Amour, c’est vivre de ta vie,
Roi glorieux, délice des élus.
Tu vis pour moi, caché dans une hostie
Je veux pour toi me cacher,ô Jésus !
A des amants, il faut la solitude
Un cœur à cœur qui dure nuit et jour
Ton seul regard fait ma béatitude
Je vis d’Amour !…

Vivre d’Amour, ce n’est pas sur la terre
Fixer sa tente au sommet du Thabor.
Avec Jésus, c’est gravir le Calvaire,
C’est regarder la Croix comme un trésor !…
Au Ciel je dois vivre de jouissance
Alors l’épreuve aura fui pour toujours
Mais exilée je veux dans la souffrance
Vivre d’Amour.

Vivre d’Amour, c’est donner sans mesure
Sans réclamer de salaire ici-bas
Ah ! sans compter je donne étant bien sûre
Que lorsqu’on aime, on ne calcule pas !…
Au Cœur Divin, débordant de tendresse
J’ai tout donné… légèrement je cours
Je n’ai plus rien que ma seule richesse
Vivre d’Amour.

Vivre d’Amour, c’est bannir toute crainte
Tout souvenir des fautes du passé.
De mes péchés je ne vois nulle empreinte,
En un instant l’amour a tout brûlé…..
Flamme divine, ô très douce Fournaise !
En ton foyer je fixe mon séjour
C’est en tes feux que je chante à mon aise :
« Je vis d’Amour !… »

Vivre d’Amour, c’est garder en soi-même
Un grand trésor en un vase mortel
Mon Bien-Aimé, ma faiblesse est extrême
Ah je suis loin d’être un ange du ciel !…
Mais si je tombe à chaque heure qui passe
Me relevant tu viens à mon secours,
A chaque instant tu me donnes ta grâce
Je vis d’Amour.

Vivre d’Amour, c’est naviguer sans cesse
Semant la paix, la joie dans tous les cœurs
Pilote Aimé, la Charité me presse
Car je te vois dans les âmes mes soeurs
La Charité voilà ma seule étoile
A sa clarté je vogue sans détour
J’ai ma devise écrite sur ma voile :
« Vivre d’Amour. »

Vivre d’Amour, lorsque Jésus sommeille
C’est le repos sur les flots orageux
Oh ! ne crains pas, Seigneur, que je t’éveille
J’attends en paix le rivage des cieux…
La Foi bientôt déchirera son voile
Mon Espérance est de te voir un jour
La Charité enfle et pousse ma voile
Je vis d’Amour !…

Vivre d’Amour, c’est, ô mon Divin Maître
Te supplier de répandre tes Feux
En l’âme sainte et sacrée de ton Prêtre
Qu’il soit plus pur qu’un séraphin des cieux !…
Ah ! glorifie ton Eglise Immortelle
A mes soupirs, Jésus ne sois pas sourd
Moi son enfant, je m’immole pour elle
Je vis d’Amour.

Vivre d’Amour, c’est essuyer ta Face
C’est obtenir des pécheurs le pardon
O Dieu d’Amour ! qu’ils rentrent dans ta grâce
Et qu’à jamais ils bénissent ton Nom….
Jusqu’à mon cœur retentit le blasphème
Pour l’effacer, je veux chanter toujours :
« Ton Nom Sacré, je l’adore et je l’Aime
Je vis d’Amour !… »

Vivre d’Amour, c’est imiter Marie,
Baignant de pleurs, de parfums précieux,
Tes pieds divins, qu’elle baise ravie
Les essuyant avec ses longs cheveux…
Puis se levant, elle brise le vase
Ton Doux Visage elle embaume à son tour.
Moi, le parfum dont j’embaume ta Face
C’est mon Amour !…

« Vivre d’Amour, quelle étrange folie ! »
Me dit le monde, « Ah ! cessez de chanter,
Ne perdez pas vos parfums, votre vie,
Utilement sachez les employer !… »
T’aimer, Jésus, quelle perte féconde !…
Tous mes parfums sont à toi sans retour,
Je veux chanter en sortant de ce monde :
« Je meurs d’Amour ! »

Mourir d’Amour, c’est un bien doux martyre
Et c’est celui que je voudrais souffrir.
O Chérubins ! accordez votre lyre,
Car je le sens, mon exil va finir !…
Flamme d’Amour, consume-moi sans trêve
Vie d’un instant, ton fardeau m’es bien lourd !
Divin Jésus, réalise mon rêve :
Mourir d’Amour !…

Mourir d’Amour, voilà mon espérance
Quand je verrai se briser mes liens
Mon Dieu sera ma Grande Récompense
Je ne veux point posséder d’autres biens.
De son Amour je veux être embrasée
Je veux Le voir, m’unir à Lui toujours
Voilà mon Ciel… voilà ma destinée :
Vivre d’Amour !!!…

Ma joie

Il est des âmes sur la terre
Qui cherchent en vain le bonheur
Mais pour moi, c’est tout le contraire
La joie se trouve dans mon cœur
Cette joie n’est pas éphémère
Je la possède sans retour
Comme une rose printanière
Elle me sourit chaque jour.

Vraiment je suis trop heureuse,
Je fais toujours ma volonté…
Pourrais-je n’être pas joyeuse
et ne pas montrer ma gaieté ?…
Ma joie, c’est d’aimer la souffrance,
Je souris en versant des pleurs
J’accepte avec reconnaissance
Les épines mêlées aux fleurs.

Lorsque le Ciel bleu devient sombre
Et qu’il semble me délaisser,
Ma joie, c’est de rester dans l’ombre
De me cacher, de m’abaisser.
Ma joie, c’est la Volonté Sainte
De Jésus mon unique amour
Ainsi je vis sans nulle crainte
J’aime autant la nuit que le jour.

Ma joie, c’est de rester petite
Aussi quand je tombe en chemin
Je puis me relever bien vite
Et Jésus me prend par la main
Alors le comblant de caresses
Je Lui dis qu’Il est tout pour moi
Et je redouble de tendresses
Lorsqu’Il se dérobe à ma foi.

Si parfois je verse des larmes
Ma joie, c’est de les bien cacher
Oh ! que la souffrance a de charmes
Quand de fleurs on sait la voiler !
Je veux bien souffrir sans le dire
Pour que Jésus soit consolé
Ma joie, c’est de le voir sourire
Lorsque mon cœur est exilé…

Ma joie, c’est de lutter sans cesse
Afin d’enfanter des élus.
C’est le cœur brûlant de tendresse
De souvent redire à Jésus :
Pour toi, mon Divin petit Frère
Je suis heureuse de souffrir
Ma seule joie sur cette terre
C’est de pouvoir te réjouir.

Longtemps encor je veux bien vivre
Seigneur, si c’est là ton désir
Dans le Ciel je voudrais te suivre
Si cela te faisait plaisir.
L’amour, ce feu de la Patrie
Ne cesse de me consumer
Que me font la mort ou la vie ?
Jésus, ma joie, c’est de t’aimer !

Pourquoi je t’aime, ô Marie

Oh ! je voudrais chanter, Marie, pourquoi je t’aime
Pourquoi ton nom si doux fait tressailler mon cœur
Et pourquoi la pensée de ta grandeur suprême
Ne saurait à mon âme inspirer de frayeur
Si je te contemplais dans ta sublime gloire
Et surpassant l’éclat de tous les bienheureux
Que je suis ton enfant je ne pourrais le croire
O Marie, devant toi, je baisserais les yeux !…

Il faut pour qu’un enfant puisse chérir sa mère
Qu’elle pleure avec lui, partage ses douleurs
O ma Mère chérie, sur la rive étrangère
Pour m’attirer à toi, que tu versas de pleurs !…
En méditant ta vie dans le saint Evangile
J’ose te regarder et m’approcher de toi
Me croire ton enfant ne m’est pas difficile
Car je te vois mortelle et souffrant comme moi…

Lorsqu’un ange du Ciel t’offre d’être la Mère
Du Dieu qui doit régner toute l’éternité
Je te vois préférer, ô Marie, quel mystère
L’ineffable trésor de la virginité.
Je comprends que ton âme, ô Vierge Immaculée
Soit plus chère au Seigneur que le divin séjour
Je comprends que ton âme, Humble et Douce Vallée
Peut contenir Jésus, L’Océan de l’Amour !…

Oh ! je t’aime, Marie, te disant la servante
Du Dieu que tu ravis par ton humilité
Cette vertu cachée te rend toute-puissante
Elle attire en ton cœur la Sainte Trinité
Alors l’Esprit d’Amour te couvrant de son ombre
Le Fils égal au Père en toi s’est incarné…
De ses frères pécheurs bien grand sera le nombre
Puisqu’on doit l’appeler : Jésus, ton premier-né !…

O Mère bien-aimée, malgré ma petitesse
Comme toi je possède en moi Le Tout-Puissant
Mais je ne tremble pas en voyant ma faiblesse :
Le trésor de la mère appartient à l’enfant
Et je suis ton enfant, ô ma Mère chérie_
Tes vertus, ton amour, ne sont-ils pas à moi ?
Aussi lorsqu’en mon cœur descend la blanche Hostie
Jésus, ton Doux Agneau, croit reposer en toi !…

Tu me le fais sentir, ce n’est pas impossible
De marcher sur tes pas, ô Reine des élus,
L’étroit chemin du Ciel, tu l’as rendu visible
En pratiquant toujours les plus humbles vertus.
Auprès de toi, Marie, j’aime à rester petite,
Des grandeurs d’ici-bas, je vois la vanité,
Chez Sainte Elisabeth, recevant ta visite,
J’apprends à pratiquer l’ardente charité.

Là j’écoute ravie, Douce Reine des anges,
Le cantique sacré qui jaillit de ton cœur.
Tu m’apprends à chanter les divines louanges
A me glorifier en Jésus mon Sauveur.
Tes paroles d’amour sont de mystiques roses
Qui doivent embaumer les siècles à venir.
En toi le Tout-Puissant a fait de grandes choses
Je veux les méditer, afin de l’en bénir.

Quand le bon Saint Joseph ignore le miracle
Que tu voudrais cacher dans ton humilité
Tu le laisses pleurer tout près du Tabernacle
Qui voile du Sauveur la divine beauté !…
Oh ! que j’aime, Marie, ton éloquent silence,
Pour moi c’est un concert doux et mélodieux
Qui me dit la grandeur et la toute-puissance
D’une âme qui n’attend son secours que des Cieux…

Plus tard à Bethléem, ô Joseph et Marie !
Je vous vois repoussés de tous les habitants
Nul ne peut recevoir en son hôtellerie
De pauvres étrangers, la place est pour les grands…
La place est pour les grands et c’est dans une étable
Que la Reine des Cieux doit enfanter un Dieu.
O ma Mère chérie, que je te trouve aimable
Que je te trouve grande en un si pauvre lieu !…

Quand je vois L’Eternel enveloppé de langes
Quand du Verbe Divin j’entends le faible cri
O ma mère chérie, je n’envie plus les anges
Car leur Puissant Seigneur est mon Frère chéri !…
Que je t’aime, Marie, toi qui sur nos rivages
As fait épanouir cette Divine Fleur !…
Que je t’aime écoutant les bergers et les mages
Et gardant avec soin toute chose en ton cœur !…

Je t’aime te mêlant avec les autres femmes
Qui vers le temple saint ont dirigé leurs pas
Je t’aime présentant le Sauveur de nos âmes
Au bienheureux Vieillard qui le presse en ses bras,
D’abord en souriant j’écoute son cantique
Mais bientôt ses accents me font verser des pleurs.
Plongeant dans l’avenir un regard prophétique
Siméon te présente un glaive de douleurs.

O Reine des martyrs, jusqu’au soir de ta vie
Ce glaive douloureux transpercera ton cœur
Déjà tu dois quitter le sol de ta patrie
Pour éviter d’un roi la jalouse fureur.
Jésus sommeille en paix sous les plis de ton voile
Joseph vient te prier de partir à l’instant
Et ton obéissance aussitôt se dévoile
Tu pars sans nul retard et sans raisonnement.

Sur la terre d’Egypte, il me semble, ô Marie
Que dans la pauvreté ton cœur reste joyeux,
Car Jésus n’est-Il pas la plus belle Patrie,
Que t’importe l’exil,, tu possèdes les Cieux ?…
Mais à Jérusalem, une amère tristesse
Comme un vaste océan vient inonder ton cœur
Jésus, pendant trois jours, se cache à ta tendresse
Alors c’est bien l’exil dans toute sa rigueur !…

Enfin tu l’aperçois et la joie te transporte,
Tu dis au bel Enfant qui charme les docteurs :
« O mon Fils, pourquoi donc agis-tu de la sorte ?
Voilà ton père et moi qui te cherchions en pleurs. »
Et l’Enfant Dieu répond (oh quel profond mystère !)
A la Mère chérie qui tend vers lui ses bras :
« Pourquoi me cherchiez-vous ?… Aux œuvres de mon Père
Il faut que je m’emploie ; ne le savez-vous pas ? »

L’Evangile m’apprend que croissant en sagesse
A Joseph, à Marie, Jésus reste soumis
Et mon cœur me révèle avec quelle tendresse
Il obéit toujours à ses parents chéris.
Maintenant je comprends le mystère du temple,
Les paroles cachées de mon Aimable Roi.
Mère, ton doux Enfant veut que tu sois l’exemple
De l’âme qui Le cherche en la nuit de la foi.

Puisque le Roi des Cieux a voulu que sa Mère
Soit plongé dans la nuit, dans l’angoisse du cœur ;
Marie, c’est donc un bien de souffrir sur la terre ?
Oui souffrir en aimant, c’est le plus pur bonheur !…
Tout ce qu’Il m’a donné Jésus peut le reprendre
Dis-lui de ne jamais se gêner avec moi…
Il peut bien se cacher, je consens à l’attendre
Jusqu’au jour sans couchant où s’éteindra ma foi…

Je sais qu’à Nazareth, Mère pleine de grâces
Tu vis très pauvrement, ne voulant rien de plus
Point de ravissements, de miracles, d’extases
N’embellissent ta vie, ô Reine des Elus !…
Le nombre des petits est bien grand sur la terre
Ils peuvent sans trembler vers toi lever les yeux
C’est par la voie commune, incomparable Mère
Qu’il te plaît de marcher pour les guider aux Cieux.

En attendant le Ciel, ô ma Mère chérie,
Je veux vivre avec toi, te suivre chaque jour
Mère, en te contemplant, je me plonge ravie
Découvrant dans ton cœur des abîmes d’amour.
Ton regard maternel bannit toutes mes craintes
Il m’apprend à pleurer, il m’apprend à jouir.
Au lieu de mépriser les joies pures et saintes
Tu veux les partager, tu daignes les bénir.

Des époux de Cana voyant l’inquiétude
Qu’ils ne peuvent cacher, car ils manquent de vin
Au Sauveur tu le dis dans ta sollicitude
Espérant le secours de son pouvoir divin.
Jésus semble d’abord repousser ta prière
« Qu’importe », répond-Il, « femme, à vous et à moi ? »
Mais au fond de son cœur, Il te nomme sa Mère
Et son premier miracle, Il l’opère pour toi…

Un jour que les pécheurs écoutent la doctrine
De Celui qui voudrait au Ciel les recevoir
Je te trouve avec eux, Marie, sur la colline
Quelqu’un dit à Jésus que tu voudrais le voir,
Alors, ton Divin Fils devant la foule entière
De son amour pour nous montre l’immensité
Il dit : « Quel est mon frère et ma soeur et ma Mère,
Si ce n’est celui-là qui fait ma volonté ? »

O Vierge Immaculée, des mères la plus tendre
En écoutant Jésus, tu ne t’attristes pas
Mais tu te réjouis qu’Il nous fasse comprendre
Que notre âme devient sa famille ici-bas
Oui tu te réjouis qu’Il nous donne sa vie,
Les trésors infinis de sa divinité !…
Comment ne pas t’aimer, ô ma Mère chérie
En voyant tant d’amour et tant d’humilité ?

Tu nous aimes, Marie, comme Jésus nous aime
Et tu consens pour nous à t’éloigner de Lui.
Aimer c’est tout donner et se donner soi-même
Tu voulus le prouver en restant notre appui.
Le Sauveur connaissait ton immense tendresse
Il savait les secrets de ton cœur maternel,
Refuge des pécheurs, c’est à toi qu’Il nous laisse
Quand Il quitte la Croix pour nous attendre au Ciel.

Marie, tu m’apparais au sommet du Calvaire
Debout près de la Croix, comme un prêtre à l’autel
Offrant pour apaiser la justice du Père
Ton bien-aimé Jésus, le doux Emmanuel…
Un prophète l’a dit, ô Mère désolée,
« Il n’est pas de douleur semblable à ta douleur ! »
O Reine des Martyrs, en restant exilée
Tu prodigues pour nous tout le sang de ton cœur !

La maison de Saint Jean devient ton seul asile
Le fils de Zébédée doit remplacer Jésus…
C’est le dernier détail que donne l’Evangile
De la Reine des Cieux il ne me parle plus.
Mais son profond silence, ô ma Mère chérie
Ne révèle-t-il pas que Le Verbe Eternel
Veut Lui-même chanter les secrets de ta vie
Pour charmer tes enfants, tous les Elus du Ciel ?

Bientôt je l’entendrai cette douce harmonie
Bientôt dans le beau Ciel, je vais aller te voir
Toi qui vins me sourire au matin de ma vie
Viens me sourire encor… Mère… voici le soir !…
Je ne crains plus l’éclat de ta gloire suprême
Avec toi j’ai souffert et je veux maintenant
Chanter sur tes genoux, Marie, pourquoi je t’aime
Et redire à jamais que je suis ton enfant !…

La petite Thérèse…

Prières de sainte Thérèse de Lisieux (extraits)

Acte d’offrande à l’Amour Miséricordieux

Offrande de moi-même comme Victime d’Holocauste à l’Amour Miséricordieux du Bon Dieu

Ô mon Dieu ! Trinité Bienheureuse, je désire vous Aimer et vous faire Aimer, travailler à la glorification de la Sainte Eglise en sauvant les âmes qui sont sur la terre et (en) délivrant celles qui souffrent dans le purgatoire. Je désire accomplir parfaitement votre volonté et arriver au degré de gloire que vous m’avez préparé dans votre royaume, en un mot, je désire être Sainte, mais je sens mon impuissance et je vous demande, ô mon Dieu ! d’être vous-même ma Sainteté.

Puisque vous m’avez aimée jusqu’à me donner votre Fils unique pour être mon Sauveur et mon Epoux, les trésors infinis de ses mérites sont à moi, je vous les offre avec bonheur, vous suppliant de ne me regarder qu’à travers la Face de Jésus et dans son Cœur brûlant d’Amour.

Je vous offre encore tous les mérites des Saints (qui sont au Ciel et sur la terre) leurs actes d’Amour et ceux des Saints Anges ; enfin je vous offre, ô Bienheureuse Trinité ! l’Amour et les mérites de la Sainte Vierge, ma Mère chérie, c’est à elle que j’abandonne mon offrande la priant de vous la présenter.

Son divin Fils, mon Epoux Bien-aimé, aux jours de sa vie mortelle, nous a dit : « Tout ce que vous demanderez à mon Père, en mon nom, il vous le donnera ! » Je suis donc certaine que vous exaucerez mes désirs ; je le sais, ô mon Dieu ! (plus vous voulez donner, plus vous faites désirer). Je sens en mon cœur des désirs immenses et c’est avec confiance que je vous demande de venir prendre possession de mon âme. Ah ! je ne puis recevoir la Sainte Communion aussi souvent que je le désire, mais, Seigneur, n’êtes-vous pas Tout-Puissant ?… Restez en moi, comme au tabernacle, ne vous éloignez jamais de votre petite hostie…

Je voudrais vous consoler de l’ingratitude des méchants et je vous supplie de m’ôter ma liberté de vous déplaire, si par faiblesse je tombe quelquefois qu’aussitôt votre Divin Regard purifie mon âme consumant toutes mes imperfections, comme le feu qui transforme toute chose en lui-même…

Je vous remercie, ô mon Dieu ! de toutes les grâces que vous m’avez accordées, en particulier de m’avoir fait passer par le creuset de la souffrance. C’est avec joie que je vous contemplerai au dernier jour portant le sceptre de la Croix ; puisque vous (avez) daigné me donner en partage cette Croix si précieuse, j’espère au Ciel vous ressembler et voir briller sur mon corps glorifié les sacrés stigmates de votre Passion…

Après l’exil de la terre, j’espère aller jouir de vous dans la Patrie, mais je ne veux pas amasser de mérites pour le Ciel, je veux travailler pour votre seul Amour, dans l’unique but de vous faire plaisir, de consoler votre Cœur Sacré et de sauver des âmes qui vous aimeront éternellement.

Au soir de cette vie, je paraîtrai devant vous les mains vides, car je ve vous demande pas, Seigneur, de compter mes œuvres. Toutes nos justices ont des taches à vos yeux. Je veux donc me revêtir de votre propre Justice et recevoir de votre Amour la possession éternelle de Vous-même. Je ne veux point d’autre Trône et d’autre Couronne que Vous, ô mon Bien-Aimé !…

A vos yeux le temps n’est rien, un seul jour est comme mille ans, vous pouvez donc en un instant me préparer à paraître devant vous…

Afin de vivre dans un acte de parfait Amour, je m’offre comme victime d’holocauste à votre Amour miséricordieux, vous suppliant de me consumer sans cesse, laissant déborder en mon âme les flots de tendresse infinie qui sont renfermés en vous et qu’ainsi je devienne Martyre de votre Amour ô mon Dieu !…

Que ce martyre après m’avoir préparée à paraître devant vous me fasse enfin mourir et que mon âme s’élance sans retard dans l’éternel embrassement de Votre Miséricordieux Amour…

Je veux, ô mon Bien-Aimé, à chaque battement de mon cœur vous renouveler cette offrande un nombre infini de fois, jusqu’à ce que les ombres s’étant évanouies je puisse vous redire mon Amour dans un Face à Face Eternel !…

Marie, Françoise, Thérèse de l’Enfant Jésus, de la Sainte Face - rel.carm.ind.

Fête de la Très Sainte Trinité, le 9 juin de l’an de grâce 1895

Offrande de la journée

Mon Dieu, je vous offre toutes les actions que je vais faire aujourd’hui, dans les intentions et pour la gloire du Cœur Sacré de Jésus ; je veux sanctifier les battements de mon cœur, mes pensées et mes œuvres les plus simples en les unissant à ses mérites infinis, et réparer mes fautes en les jetant dans la fournaise de son Amour miséricordieux.

Ô mon Dieu ! je vous demande pour moi et pour ceux qui me sont chers la grâce d’accomplir parfaitement votre sainte volonté, d’accepter pour votre Amour les joies et les peines de cette vie passagère afin que nous soyons un jour réunis dans les Cieux pendant toute l’éternité.

Ainsi soit-il

L’acte d’offrande à l’Amour miséricordieux

Le 9 juin 1895, sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus s’offrait à l’Amour miséricordieux du Bon Dieu. C’était le dimanche de la Sainte Trinité.

Brouillon de l'acte d'offrande, Carmel de Lisieux
Brouillon de l’acte d’offrande, Carmel de Lisieux

Elle raconte dans l’Histoire d’une âme comment elle avait compris « combien Jésus désire être aimé. » C’est pour faire plaisir à Dieu, pour satisfaire son désir de se donner et de combler de son amour miséricordieux celui qui veut bien lui ouvrir son cœur, que Thérèse s’offre ainsi.

Verso de l'acte d'offrande, Carmel de Lisieux
Verso de l’acte d’offrande, Carmel de Lisieux
C'est devant la statue de la Vierge du Sourire que Thérèse a prononcé avec Céline l'acte d'offrande le 11 juin 1895. Photo Carmel de Lisieux
C’est devant la statue de la Vierge du Sourire que Thérèse a prononcé avec Céline l’acte d’offrande le 11 juin 1895. Photo Carmel de Lisieux

Quelques mois plus tard elle écrira que Jésus n’a pas besoin de nos œuvres mais seulement de notre amour. Thérèse a compris qu’aimer Dieu c’est le laisser nous aimer en nous comblant de sa miséricorde, feu divin qui consume, purifie et transforme. Thérèse expérimente que « depuis cet heureux jour, il me semble que l’Amour me pénètre et m’environne, il me semble qu’à chaque instant cet Amour miséricordieux me renouvelle, purifie mon âme… Oh ! qu’elle est douce la voie de l’Amour !… Comme je veux m’appliquer à faire toujours avec le plus grand abandon, la volonté du Bon Dieu !…  » (Ms A)

Son message

le message de Thérèse

Sa petite voie

« Ma petite doctrine » comme vous l’appelez…

Le chemin spirituel de Thérèse Martin fut solitaire. Certes, elle a beaucoup reçu de sa famille, de ses éducateurs, des maîtres du Carmel. Mais aucun prêtre ne l’a profondément marquée. En elle, le Saint-Esprit a tracé un chemin d’authenticité - « Je n’ai jamais cherché que la vérité » - qui lui a révélé les profondeurs de l’Amour trinitaire et une « voie » pour les rejoindre, sans aucun souci didactique : tout est venu de la vie, des événements quotidiens relus à la lumière de la Parole de Dieu. Son apport incomparable à la spiritualité du XXe siècle est un retour à l’Evangile dans sa pureté radicale. « Si vous ne redevenez pas comme des petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux. » (Matthieu 18,3)

Petite voieBien qu’elle n’ait jamais pu disposer de l’Ancien Testament intégral, elle a opéré un retour à la méditation de la Parole de Dieu. Sans aucune initiation, sans aucune culture biblique, elle cite plus de 1000 fois la Bible dans ses écrits. Ce n’est qu’à vingt-deux ans que deux textes de l’Ancien Testament cristallisent en elle une longue recherche : l’illumination de « la voie d’enfance spirituelle » qui va symboliser son apport.

« Je veux être une sainte »

Thérèse, ardente adolescente est partie pour la sainteté. Elle écrit à son père : « Je ferai ta gloire en devenant une grande sainte ».

Mais très vite, au Carmel, elle va se heurter à ses faiblesses et à son impuissance, lorsqu’elle se compare aux Saints. Ils lui apparaissent comme une montagne alors qu’elle n’est qu’un grain de sable. « Me grandir, c’est impossible », constate-t-elle, mais sans se décourager. Car si Dieu a mis en elle ces désirs de sainteté, c’est qu’il doit y avoir une route, une voie pour gravir « le rude escalier de la perfection ».

Les enfants
Les enfants

La Parole de Dieu va lui ouvrir la voie : « Si quelqu’un est tout petit, qu’il vienne à moi. » (Proverbes, 9,4) « Alors je suis venue », écrit la « petite Thérèse » en se demandant ce que Dieu ferait au petit qui viendrait à lui, elle lit Isaïe 66 : : dès lors, elle a compris qu’elle ne pourra pas monter seule cet escalier mais que Jésus la prendra dans ses bras, tel un ascenseur rapide.

Dès lors, la petitesse de Thérèse n’est plus un obstacle, au contraire. Plus elle sera petite et légère dans les bras de Jésus, plus Il la fera sainte par une ascension rapide.

C’est ainsi que Thérèse raconte sa découverte de la petite voie (Manuscrit C, 2).

C’est d’abord une découverte de ce qu’est Dieu : essentiellement Amour Miséricordieux. Désormais, elle verra toues les perfections divines (y compris sa Justice) à travers le prisme de sa Miséricorde.

Ceci entraîne de sa part une audacieuse confiance : « Je désire être sainte, mais je sens mon impuissance et je vous demande, ô mon Dieu ! d’être vous-même ma sainteté. » (Acte d’Offrande)

Accepter de se laisser faire par Dieu n’implique aucun infantilisme facile. Thérèse fera concrètement tout ce qui est possible pour montrer concrètement son amour pour Dieu et ses soeurs, mais dans une totale gratuité, celle de l’amour.

Dans toutes les situations et tous les actes de sa vie, Thérèse va « appliquer » cette voie : Dieu lui demande ceci, elle sent qu’elle en est incapable, donc Il le fera en elle. Un exemple : aimer toutes ses soeurs comme Jésus les aime lui est impossible. Alors s’unissant à Lui, c’est Lui qui les aimera en Thérèse. « Oui, je le sens lorsque je suis charitable, c’est Jésus seul qui agit en moi ; plus je suis unie à Lui, plus aussi j’aime toutes mes soeurs. » (Manuscrit C, 13 r°)

Voilà un chemin de sainteté qui s’ouvre pour tous, les petits, les pauvres, les blessés : accepter le réel de sa faiblesse et s’offrir à Dieu tel qu’on est pour qu’il agisse en nous.

Petit bateauOn comprend mieux alors qu’une telle phrase, par exemple, est aux antipodes de la mièvrerie mais explicite au contraire l’enfance évangélique prêchée par Jésus : « Jésus se plaît à me montrer l’unique chemin qui conduit à cette fournaise Divine, ce chemin c’est l’abandon du petit enfant qui s’endort sans crainte dans les bras de son Père. » (Manuscrit B, 1 v°)

Ses intuitions en font une annonciatrice des grandes vérités remises en lumière par le Concile Vatican II : primauté du mystère pascal de Jésus sur toutes les dévotions particulières, la voie de la sainteté pour tout baptisé, mariologie qui voit en Marie « plus une Mère qu’une Reine », ayant vécu l’épreuve de la foi (cf. Le poème « Pourquoi je t’aime, ô Maire », testament marial, mai 1897), ecclésiologie de communion fondée sur la présence de l’Amour (l’Esprit-Saint) au cœur de l’Eglise qui anime toutes les vocations complémentaires dans la Communion des Saints du Ciel et de la Terre.

Révolution aussi dans la conception des Fins dernières : non plus le repos, mais l’action :

« Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre. »

Thérèse, sans le savoir, a ouvert des chemins d’oecuménisme : sa lecture de l’épître aux Romains séduit les luthériens ; l’orthodoxie l’aime avec saint François d’Assise (les symboles universels utilisés par ces deux saints facilitent leur inculturation en d’autres civilisations.)

Sa mission

Sauver les âmes

C’est en la Cathédrale Saint-Pierre, un dimanche de juillet 1887, au terme de la messe, que Thérèse reçoit la grâce eucharistique de sa mission.

En refermant son missel, elle est saisie par un image du Christ en croix qui glisse des pages :

" Je fus frappée par le sang qui tombait d’une de ses mains Divines, j’éprouvai une grande peine en pensent que ce sang tombait à terre sans que personne [ne] s’empresse de le recueillir, et je résolus de me tenir en esprit au pied de [la] Croix pour recevoir la Divine rosée qui en découlait, comprenant qu’il me faudrait ensuite la répandre sur les âmes… Le cri de Jésus sur la Croix retentissait aussi continuellement dans mon cœur : « J’ai soif ! » Ces paroles allumaient en moi une ardeur inconnue et très vive… Je voulais donner à boire à mon Bien-Aimé et je me sentais moi-même dévorée de la soif des âmes… Ce n’était pas encore les âmes de prêtres qui m’attiraient, mais celles des grands pécheurs, je brûlais du désir de les arracher aux flammes éternelles…" (Manuscrit A, 45 v°)

Sa mission au Carmel

Pour être davantage missionnaire, Thérèse se sent appelée au Carmel à la suite de Sainte Thérèse d’Avila, sa « Mère », par le don de sa vie et la prière qui franchit toutes les frontières. comme la Madre espagnole, « elle voudrait donner mille vies pour sauver une seule âme ».

En entrant au Carmel, elle déclare :

« Je suis venue pour sauver les âmes et surtout afin de prier pour les prêtres. »

« Aimer Jésus et le faire aimer » devient de plus en plus le but de toute sa vie.

Elle est ravie lorsqu’on lui donne deux frères spirituels à aider dans leur ministère par la prière et le sacrifice :

abbé Bellière
abbé Bellière

-*L’Abbé Maurice Bellière, séminariste de vingt et un ans, demanda l’aide d’une carmélite pour favoriser sa vocation. Il sera Père Blanc et partira au Nyassaland (aujourd’hui Malawi). Il reviendra en France et mourra, hospitalisé, au Bon Sauveur de Caen en 1907 à trente trois ans. Thérèse l’aidera beaucoup par sa correspondance. Elle lui écrira onze lettres importantes.

abbé Roulland
abbé Roulland

-*Le Père Adolphe Roulland, des Missions Etrangères de Paris, partira en Chine, au Su-Tchuen et correspondra aussi avec Thérèse, après une première messe dite au Carmel de Lisieux et un parloir avec sa soeur. Elle lui écrira six lettres. Il mourra en France en 1934.

Tous deux permettront à Thérèse d’élargir ses horizons à la dimension du monde. Malade, elle « marchera pour un missionnaire ».

Les « désirs infinis » qui la font souffrir à l’oraison la poussent à vouloir : « parcourir la terre » (…)"annoncer l’Evangile dans les cinq parties du monde et jusque dans les îles les plus reculées… Je voudrais être missionnaire non seulement pendant quelques années mais je voudrais l’avoir été depuis la création du monde et l’être jusqu’à la consommation des siècles…" (Ms B, 3 r°)

Sa mission au Ciel

Ce désir va s’intensifier jusque sur son lit d’agonie dans l’espérance d’être encore plus missionnaire après sa mort :

  • "Je compte bien ne pas rester inactive au Ciel, mon désir est de travailler encore pour l’Eglise et pour les âmes. Je le demande au bon Dieu et je suis certaine qu’Il m’exaucera." (LT 254).
  • "Je sens surtout que ma mission va commencer, ma mission de faire aimer le bon Dieu comme je l’aime, de donner ma petite voie aux âmes" (JEV, 85)
  • « Je veux passer mon Ciel à faire du bien sur la terre jusqu’à la fin du monde. » (JEV, 85).

Son rayonnement universel

Le plus étonnant est que l’Église l’a proclamée patronne universelle des missions en 1927 avec le jésuite saint François-Xavier.

Patronne des missions de l’extérieur, patronne des missions de l’intérieur (Mission de France), sœur Thérèse, sans jamais avoir quitté sa cellule, a tellement investi dans l’Amour trinitaire dans le quotidien de sa vie, qu’elle a fait rayonner sur le monde les miséricordes du Cœur de Dieu.

Après la mort de Thérèse, d’innombrables vocations sacerdotales et religieuses naîtront de leur rencontre avec Thérèse. Elle a tenu ses promesses. Une foule de prêtres et de missionnaires lui ont confié leur ministère.

Plus de 50 congrégations dans le monde se réclament de la spiritualité de Sainte Thérèse. Ce sont ordinairement des congrégation apostoliques qui ont inculturé le message thérésien dans leur civilisation. Leurs nombres se situent autour de 5000.

Europe

2France2

  • Deus Caritas, Lisieux
    Institut séculier
    fondation : 1963
  • Missionnaires de la Plaine et de Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus
    Fondation : 1921
  • Frères Missionaires de Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus, Bassac
    Fondation : 1948
  • Soeurs oblates de Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus
    Fondation : 1924

2Italie2

  • Instituto Piccole suore di S. Teresa del Bambino Gesù, Imola
    Fondation : 1923
  • I Sacerdoti oblati di S. Teresa del Bambino Gesù, Ravenna
    Fondation : 1965
  • Carmelitane Missionarie di S. Teresa del Bambino Gesù
    Santa Marinella
    Fondation : 1925
  • Discepole di S. Teresa del Bambino Gesù
    Qualiano
    Fondation : 1926
  • Ancelle di Santa Teresa del Bambino Gesù, Salerno
    Fondation : 1937

2Pologne2

  • Zgromadzenie Siostr Karmelitanek Dzieciatka Jezus
    w Markach k. Warszawy
    Fondation : 1921
  • Zgromadzenie Siostr Sw. Teresy od Dzieciatka Jezus
    w Podkowie Lesnej
    Fondation : 1936
  • Zgromadzenie Siostr Terezjanek « Jednosc »
    w Siedlcach
    Fondation : 1925

2Suisse2

  • Compagnia S. Teresa del Bambino Gesù
    Lugano
    Institut séculier
    Fondation : 1926

2Allemagne2

  • Theresienschwestern des katholischen Apostolates
    Mering
    Fondation : 1928

Amérique

2Haïti2

  • Petits frères de Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus
    Rivière Froide
    Fondation : 1960
  • Petites soeurs de Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus
    Rivière Froide
    Fondation : 1948

2USA2

  • Carmelite Sisters of St. Therese of the Infant Jesus
    Oklahoma
    Fondation : 1917

2Brésil2

  • Missionarias de Santa Teresinha
    Bragança do Para
    Fondation : 1954

2Canada2

  • Les Petites soeurs de Notre-Dame du Sourire, Pieuse Union
    Fondation : 1954

2Mexique2

  • Misioneras Eucaristicas de Santa Teresita
    Fondation : 1936
  • Misioneras carmelitas de S. Teresa del N. Jesùs
    Puebla
    Fondation : 1936

2Colombie2

  • Hermanas Misioneras de Santa Teresita
    Medellin
    Fondation : 1929

Océanie

2Papua-New Guinea2

  • Sisters of Saint Therese
    Fondation : 1954

Afrique

2Zaïre2

  • Congrégation des soeurs de Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus
    Fondation : 1959
  • Sœurs de Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus
    (Limete) Kinshasa
    Fondation : 1966
  • Soeurs de Sainte Thérèse
    Lisala
    Fondation : 1966

2Ouganda2

  • Filles de Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus
    Fort-Portal
    Fondation : 1940

2Tanzanie2

  • Teresian Sisters
    Iringa
    Fondation : 1931
  • St. Therese Sisters
    Bukoba
    Fondation : 1932

2Burundi2

  • Bene-Teresiya (Filles de Ste Thérèse de Lisieux)
    Gitega
    Fondation : 1933

2Malawi2

  • Teresian Sisters
    Lilongwe
    Fondation : 1984

2Bénin2

  • Oblates catéchistes petites servantes des pauvres
    Fondation : 1914

2Cameroun2

  • Congregation of the Sisters of St Therese of the Child Jesus
    Kumba-Kumba
    Fondation : 1970

Asie

2Inde2

  • Little Flower Congregation
    Prêtres et séminaristes, kerala
    Fondation : 1931
  • Congregation of St Therese of the Child Jesus
    Frères
    Fondation : 1931
  • Bethany Sisters of Little Flower
    Mangalore
    Fondation : 1921
  • Missionary Sisters of St Therese of the Child Jesus
    Kerala
    Fondation : 1959
  • Sisters of Jesus « Jesus Bhavan »
    Sagar
    Fondation : 1980
  • Congregation of the Mother of Carmel
    Pious Union.

2Chine2

  • Deux congrégations ont existé
    Aucun renseignement à ce jour
    Fondation : 1928 et 1931

2Philippines2

  • Missionary Catechists of St Therese of the Infant Jesus
    Fondation : 1958

Proche Orient

2Liban2

  • Congrégation maronite des soeurs de Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus
    Fondation : 1935

Docteur de l’Eglise

Thérèse Docteur de l’Eglise

Sainte Thérèse de Lisieux est la troisième femme, après sainte Catherine de Sienne et sainte Thérèse d’Avila, à être proclamée Docteur de l’Eglise. Monseigneur Guy Gaucher, carme, ancien évêque auxiliaire de Bayeux et Lisieux, décédé en juillet 2014, nous explique les implications de cette proclamation.

Tout d’abord, pouvez-nous nous préciser ce qu’est un Docteur de l’Eglise ?

Monseigneur Guy Gaucher : Il faut trois choses pour faire un Docteur de l’Eglise.

  • Premièrement : être un saint canonisé.
  • La deuxième chose, la plus importante et la plus précise : avoir apporté à l’Eglise une doctrine dite éminente, c’est-à-dire qui a du poids et qui est utile à l’Eglise universelle. Il ne s’agit pas de quelque chose de totalement nouveau, car de fait il n’y a rien de nouveau à apporter à l’Evangile. Mais l’Eglise est dans l’Histoire. C’est apporter quelque chose à un moment de l’Eglise, quelque chose de la dynamique pour l’Eglise universelle et qui soit reconnu comme un apport théologique et spirituel très important.

Cette doctrine doit ensuite être proposée : concrètement, cela passe par ce qu’on appelle une « positio », c’est-à-dire un dossier qui veut justifier la demande de Doctorat.

Cette « positio » est examinée par quatre instances : les théologiens de Congrégation de la Foi, les théologiens de la Congrégation des Saints, et des cardinaux des deux Congrégations. Une fois que ces quatre « examens » sont passés, l’affaire remonte au Saint-Père.

  • Et la troisième chose, c’est donc la déclaration de Doctorat par le Saint-Père.

Comment la question du Doctorat s’est-elle posée pour Thérèse ?

Mgr G. : L’histoire du Doctorat de Thérèse est une vieille histoire. On peut dire que d’une certaine façon elle remonte à Thérèse elle-même, puisqu’elle avait désiré être docteur : « Je me sens la vocation de Guerrier, de Prêtre, d’Apôtre, de Docteur, de Martyr (…) Malgré ma petitesse, je voudrais éclairer les âmes, comme les prophètes, les Docteurs… »(B2°v-3r°)

Dans l’Eglise, la question a surgi presque tout de suite après sa canonisation. Dès 1926-27, sont apparus un peu partout dans le monde, bien au-delà de la France, des laïcs, des prêtres, des abbés, des évêques qui ont dit qu’ils souhaiteraient que sainte Thérèse soit docteur de l’Eglise.

En 1932, au cours du grand congrès qui a eu lieu à Lisieux pour l’inauguration de la crypte, le Père Desbuquois, un jésuite très connu, souhaita, au cours d’une conférence que Thérèse soit Docteur de l’Eglise, et il l’a justifié. Le congrès a applaudit très fort. Le lendemain, le journal La Croix répercutait la demande.

Un dossier a donc été préparé et envoyé au pape Pie XI, une sorte de « positio » avant la lettre. Ce pape était un grand thérèsien puisqu’il a béatifié, canonisé Thérèse, et l’a déclarée « Patronne des Missions ». Mais pour le Doctorat il a dit « non » parce que c’était une femme. Il avait déjà refusé le Doctorat de Thérèse d’Avila pour la même raison. Peut-être était-ce prématuré ?

Le pape a dit laisser l’affaire à ses successeurs. Le Père Desbuquois, en bon jésuite, a obéit parfaitement, tout en disant : « On verra bien. Un jour, Thérèse sera Docteur… »

En 1970, a eu lieu un événement capital : Paul VI a déclaré deux femmes Docteurs : Thérèse d’Avila et Catherine de Sienne. C’était un événement considérable, dont malheureusement on n’a pas encore tiré les conséquences, vingt-sept ans après. Certains ont dit alors : « Et Thérèse ? »

Le Cardinal Garonne, archevêque de Toulouse et membre de la Curie a fait une conférence sur Thérèse pour le centenaire de sa naissance, où il disait qu’il voyait très bien Thérèse Docteur.

Puis en 1981, le Cardinal Etchegaray, président de la Conférence Episcopale de France, a demandé à Rome que Thérèse soit proclamée Docteur.

Sur ce, les carmes ont chargé de cette question le Père Siméon de la Sainte Famille, postulateur des causes des saints.

Vous-même, avez-vous joué un rôle particulier ?

Mgr G : En 1989, ayant travaillé sur Thérèse et me trouvant évêque auxiliaire de Bayeux et Lisieux, avec Mgr Pican, celui-ci m’a donné une lettre de mission, dans laquelle il me demandait de reprendre le dossier du Doctorat, en liaison avec le Père Siméon.

Je me suis adressé à l’ordre des Carmes pour avoir son avis ; leur Chapitre général, en 1991, a voté pour demander au Saint-Père le Doctorat.

La question a alors été soumise aux évêques de France, à Lourdes en 1991 : ils ont voté pour le Doctorat, sous la présidence de Mgr Duval.

Puis d’autres conférences épiscopales ont voté… Pratiquement cinquante conférences épiscopales dans le monde ont demandé le Doctorat de Thérèse. Ce qui est considérable !

Il y a eu aussi des laïcs, des prêtres, des religieuses qui, ne pouvant pas voter, ont voulu participer par des « suppliques ».

Etant allé à la Congrégation des Saints, on en a parlé, mais les critères du Doctorat étant en train d’être revus, on m’a dit qu’on ne faisait pas de Docteurs en ce moment. La situation est demeurée ainsi longtemps.

Et c’est là que, brutalement et rapidement, ils ont accepté qu’on fasse une « positio ». On l’a donc réalisée, il faut le dire, très vite, mais très sérieusement, parce qu’il y avait trente ans de travail derrière nous sur cette question. La « positio » que nous avons déposée est donc passée par quatre examens dont j’ai parlé ; tout a été positif et est remonté au Saint-Père.

Il faut bien souligner que ce n’est pas une affaire franco-française, ni même propre au Carmel. Combien d’évêques, de cardinaux allant à Rome, aux visites ad limina ont dit au Saint-Père : « Très Saint-Père, vous ne faites pas Thérèse Docteur ? »

Déjà en 1980, quand le pape est venu à Lisieux, une carmélite le lui a demandé. Donc, le Saint Père a entendu cela très souvent.

Selon vous, y-a-t-il un enjeu particulier à ce que Thérèse, qui est une femme, soit proclamée Docteur de l’Eglise ?

Mgr G : Il y a un enjeu particulier, je pense. Le message de Thérèse, la spiritualité de Thérèse, sont particulièrement adaptés à notre temps.

Et puis, c’est très important dans le débat sur la place de la femme dans l’Eglise. C’est justement le débat autour du Doctorat. Il y en a qui disent aimer beaucoup Thérèse, sa sainteté, mais que n’ayant pas écrit de traités de théologie, elle ne peut être Docteur.

Avec ce point de vue, pendant dix-neuf siècles, il n’a jamais pu y avoir de femme Docteur. En effet, l’éducation et l’étude étaient réservées aux hommes. Déjà, en 1973, le Père Urs von Balthasar, un des grands théologiens de ce siècle, demandait, à Notre-Dame de Paris, pour le centenaire de Thérèse, que la corporation masculine des théologiens incorpore l’apport des grandes femmes mystiques de l’Eglise. Il citait aussi Hildegarde, Catherine de Sienne, Thérèse d’Avila, etc.

Quand va-t-on intégrer Thérèse à la Théologie, qui est restée une théologie spéculative et masculine ? Maintenant, les femmes font des études, mais jusque-là, elles ne pouvaient pas. Par exemple, Catherine de Sienne, au XIVe siècle, morte à trente-trois ans, était illettrée. Nous avons un Docteur de l’Eglise illettrée ! Elle a été suspectée ; en plus c’était une mystique. Elle a été soutenue par Raymond de Capoue, dominicain, qui était son père spirituel et qui est devenu Général de l’Ordre. Il a vu que cette femme avait quelque chose à dire, et que la Théologie n’est pas seulement spéculative mais qu’elle est aussi symbolique, intuitive et narrative.

Saint Thomas d’Aquin montre qu’il y a deux voies pour parler de Dieu : la voie spéculative, qu’il a empruntée, mais aussi la voie métaphorique, la voie symbolique. Pour des raisons historiques, les femmes sont plutôt de ce côté-là. Thérèse d’Avila, deux siècles plus tard, disait aussi qu’elle ne savait rien. Elle a même été menacée par l’Inquisition. Elle a aussi été sauvée par des dominicains, des jésuites, qui ont montré qu’elle n’était pas folle et qu’elle apportait quelque chose. Il y avait un préjugé anti-féminin très marqué. Les femmes étaient considérées comme des « ignorantes », elles n’avaient pas la parole. Jeanne d’Arc en a subi les conséquences…

Mais il y a une manière autre que spéculative de parler de Dieu, et d’apporter sur Dieu, comme disait Balthasar, des lumières et des intuitions que souvent les hommes n’ont pas eues. Il insistait surtout sur le fait que dans la découverte de la Miséricorde, qui est au cœur du mystère de Dieu, les femmes ont été plus loin que les hommes.

Il est vrai que les Saints et les Saintes sont théologiens parce qu’ils ont expérimenté Dieu, et comme disait Julien Green « ils ont fait le chemin ». Même s’ils prétendent balbutier, parce que Dieu est Dieu, et qu’on ne sait pas comment parler de Lui. Ils connaissent mieux le chemin que ceux qui font de la théologie en chambre. Ceci dit, il faut des théologiens spéculatifs, bien entendu.

Cela signifie-t-il que Thérèse est considérée comme théologienne ?

Mgr G. : Le Cardinal Poupard, au synode de 1990 sur la formation des prêtres, a fait une déclaration selon laquelle dans le cursus des études théologiques des séminaristes, on ne peut pas d’une manière ou d’une autre, ne pas rencontrer Thérèse de Lisieux. Que ce soit en christologie, en ecclesiologie, en oecuménisme, en mariologie ou en spiritualité bien entendu.

Je pense que le fait qu’elle soit Docteur va faire passer à l’acte, beaucoup plus que jusqu’à maintenant. J’ai fait personnellement beaucoup d’enseignements thérésiens dans les séminaires, et je sais que cela marque les jeunes prêtres. En tant que Docteur, elle sera beaucoup plus entendue.

Thérèse a trouvé le sens de la Trinité, le sens de l’Incarnation, le lien du Père et du Fils. Elle a retrouvé l’Eglise comme lieu de communion et d’amour où l’Esprit-Saint est premier. Elle a ouvert un chemin de sainteté pour tous, même s’ils sont pauvres, s’ils ont confiance en Dieu. Car l’Espérance est une vertu fondamentale pour notre monde. Elle a retrouvé une mariologie annonçant celle de Vatican II, une Vierge Marie qui a eu la foi, qui a suivi son Fils, de l’Annonciation au Calvaire.

Au Concile Vatican II, Thérèse n’est jamais nommée, pas plus d’ailleurs que Thérèse d’Avila. On n’a pas cité les saints modernes, mais les Pères de l’Eglise. C’est la manière de faire d’un concile. Mais des théologiens ont dit que Thérèse y était très présente. Des articles ont été faits pour montrer que de grands axes de la théologie de Thérèse sont passés dans Vatican II.

Mais, dans le « Catéchisme de l’Eglise Catholique », qui est sorti en 1992, elle est citée six fois, et toujours à des endroits stratégiques. On y trouve Thérèse d’Avila, Catherine de Sienne et d’autres, mais elle est la plus citée de toutes les femmes. C’est un signe très fort et plein d’espérance.

Pour s’en convaincre, il faut lire la lettre apostolique de Jean-Paul II : la Science de l’Amour divin.

  • Angelus du Saint-Père Dimanche, le 24 août 1997 Hippodrome de Longchamp Messe de clôture des JMJ
  • Lettre apostolique de Jean-Paul II Pour la proclamation de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face « Docteur de l’Eglise universelle »

Angélus du Pape Jean-Paul II

Au moment de clore cette Journée mondiale en France, je tiens à évoquer la haute figure de sainte Thérèse de Lisieux, entrée dans la Vie voici cent ans. Cette jeune carmélite fut tout entière saisie par l’Amour de Dieu. Elle vécut radicalement l’offrande d’elle-même en réponse à l’Amour de Dieu. Dans la simplicité de la vie quotidienne elle sut également pratiquer l’amour fraternel. A l’imitation de Jésus, elle accepta de s’asseoir « à la table des pécheurs », ses « frères », pour qu’ils soient purifiés par l’amour, car elle était animée par l’ardent désir de voir tous les hommes « éclairés du lumineux flambeau de la foi » (Ms C, 6r°).

Thérèse a connu la souffrance dans son corps et l’épreuve dans sa foi. Mais elle est demeurée fidèle parce que, dans sa grande intelligence spirituelle, elle savait que Dieu est juste et miséricordieux ; elle saisissait que l’Amour est reçu de Dieu plus qu’il n’est donné par l’homme. Jusqu’au bout de la nuit, elle mit son espérance en Jésus, le Serviteur souffrant qui livra sa vie pour la multitude (cf. Is 53,12).

Le livre des Evangiles ne quittait jamais Thérèse (cf. Lettre 193). Elle en pénètre le message avec une extraordinaire sûreté de jugement. Elle comprend que dans la vie de Dieu, Père, Fils et Esprit, « amour et vérité se rencontrent » (Ps 85/84,11). En peu d’années, elle parcourt « une course de géant » (Ms A, 44°v). Elle découvre que sa vocation est d’être au cœur de l’Eglise l’Amour même. Thérèse, humble et pauvre, trace la « petite voie » des enfants qui s’en remettent au Père avec une « confiance audacieuse ». Centre de son message, son attitude spirituelle est proposée à tous les fidèles.

L’enseignement de Thérèse, véritable science de l’amour, est l’expression lumineuse de sa connaissance du mystère du Christ et de son expérience personnelle de la grâce ; elle aide les hommes et les femmes d’aujourd’hui, et elle aidera ceux de demain, à mieux percevoir les dons de Dieu et à répandre la Bonne Nouvelle de son Amour infini.

Carmélite et apôtre, maîtresse de sagesse spirituelle de beaucoup de personnes consacrées ou de laïcs, patronne des missions, sainte Thérèse occupe une place de choix dans l’Eglise. Sa doctrine éminente mérite d’être reconnue parmi les plus fécondes.

Répondant à de nombreuses requêtes, après des études attentives, j’ai la joie d’annoncer que, le dimanche des missions, le 19 octobre 1997, en la Basilique Saint-Pierre de Rome, je proclamerai sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face Docteur de l’Eglise.

J’ai tenu à annoncer publiquement solennellement cet acte ici, car le message de sainte Thérèse, sainte jeune et présente en notre temps, vous convient particulièrement, à vous les jeunes : à l’école de l’Evangile, elle vous ouvre le chemin de la maturité chrétienne ; elle vous appelle à une infinie générosité ; elle vous invite à demeurer dans le « cœur » de l’Eglise les disciples et les témoins ardents de la charité du Christ.

Lettre apostolique de Jean-Paul II

Pour la proclamation de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, de la Sainte Face

DOCTEUR DE L’EGLISE UNIVERSELLE

1. LA SCIENCE DE L’AMOUR DIVIN que répand le Père de toute miséricorde, par Jésus-Christ en l’Esprit, est un don accordé aux petits et aux humbles afin qu’ils connaissent et qu’ils proclament les secrets du Royaume cachés aux sages et aux savants ; pour cela, Jésus a exulté dans l’Esprit Saint, bénissant le Père, qui en a ainsi disposé (cf. Lc 10 21-22 ; Mt 11 25-26).

Mère, l’Eglise se réjouit aussi de voir que, dans le cours de l’histoire, le Seigneur continue à se révéler aux petits et aux humbles, rendant capables ceux qu’il a choisis, par l’Esprit qui « sonde tout, jusqu’aux profondeurs de Dieu » (1 Co 2,10), de parler des « dons gracieux que Dieu nous a faits […], non pas avec des discours enseignés par l’humaine sagesse, mais avec ceux qu’enseigne l’Esprit, exprimant en termes spirituels des réalités spirituelles » (1 Co 2, 12.13). L’Esprit Saint guide ainsi l’Eglise vers la vérité tout entière, la pourvoit de dons divers, l’embellit de ses fruits, la rajeunit par la force de l’Evangile et lui permet de scruter les signes des temps pour mieux répondre à la volonté de Dieu (cf. Lumen genitum, nn. 4.12 ; Gaudium et spes, n.4).

Parmi les petits auxquels les secrets du Royaume ont été manifestés d’une manière toute particulière, resplendit Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face, moniale professe de l’Ordre des Carmélites déchaussées, dont le centenaire de l’entrée dans la patrie céleste est célébré cette année.

Pendant sa vie, Thérèse a découvert « de nouvelles lumières, des sens cachés et mystérieux » (Ms A, 83 v°) et elle a reçu du divin Maître la « science d’Amour » qu’elle a montrée dans ses écrits avec une réelle originalité (cf. Ms B, 1 r°). Cette science est l’expression lumineuse de sa connaissance du mystère du Royaume et de son expérience personnelle de la grâce. Elle peut être considérée comme un charisme particulier de la sagesse évangélique que Thérèse, comme d’autres saints et maîtres de la foi, a puisée dans la prière (cf. Ms C, 36r°).

2. EN NOTRE SIECLE, l’accueil réservé à l’exemple de sa vie et à sa doctrine évangélique a été rapide, universel et constant. En quelque sorte à l’instar de sa maturité spirituelle précoce, sa sainteté a ét reconnue par l’Eglise en peu d’années. En effet, le 10 juin 1914, Pie X signait le décret d’introduction de la cause de béatification ; le 14 août 1921, Benoît XV déclarait l’héroïcité des vertus de la servante de Dieu et prononçait à cette occasion un discours sur la voie de l’enfance spirituelle ; Pie XI la proclamait bienheureuse le 29 avril 1923. Peu après, le 17 mai 1925, le même Pape la canonisait en la Basilique Saint-Pierre devant une foule immense, mettant en relief la splendeur de ses vertus ainsi que l’originalité de sa doctrine ; deux ans plus tard, le 14 décembre 1927, il la proclamait patronne des missions en même temps que saint François-Xavier, à la demande de nombreux évêques missionnaires.

A la suite de ces consécrations, le rayonnement spirituel de Thérèse de l’Enfant-Jésus a grandi dans l’Eglise et s’est répandu dans le monde entier. Nombre d’instituts de vie consacrés et de mouvements ecclésiaux, notamment dans les jeunes Eglises, l’ont choisie comme patronne et maîtresse de vie spirituelle, en s’inspirant de sa doctrine. Son message, souvent résumé dans ce qu’on appelle la « petite voie », qui n’est autre que la voie évangélique de la sainteté ouverte à tous, a été étudié par des théologiens et des spécialistes de la spiritualité. Sous le patronage de la sainte de Lisieux, de mutliples cathédrales, basiliques, sanctuaires et églises ont été édifiés et consacrés au Seigneur dans le monde entier. Son culte est célébré par l’Eglise catholique dans les différents rites d’Orient et d’Occident. Beaucoup de fidèles ont pu éprouver la puissance de son intercession. Nombreux sont ceux qui, appelés au ministère sacerdotal ou à la vie consacrée, spécialement dans les missions ou dans la vie contemplative, attribuent la grâce divine de leur vocation à son intercession et à son exemple.

3. LES PASTEURS DE L’EGLISE, et d’abord mes prédécesseurs les Papes de ce siècle, qui ont proposé sa sainteté en exemple à tous, ont également souligné que Thérèse est maîtresse de vie spirituelle par une doctrine, à la fois simple et profonde, qu’elle a puisée aux sources de l’Evangile sous la conduite du Maître divin et quelle a ensuite communiquée à ses frères et soeurs de l’Eglise d’une manière très convaincante (cf. Ms B, 2 v°-3 r°).

Cette doctrine spirituelle nous a été transmise surtout par son autobiographie qui, à partir des trois manuscrits qu’elle avait rédigés pendant les dernières années de sa vie, et publiée un an après sa mort sous le titre Histoire d’une Âme (Lisieux, 1989), a suscité un intérêt extraordinaire jusqu’à nos jours.Cette autobiographie, traduite avec d’autres de ses écrits en cinquante langues environ, a fait connaître Thérèse dans toutes les régions du monde et aussi en dehors de l’Eglise catholique. Un siècle après sa mort, Thérèse de l’Enfant-Jésus est toujours reconnue comme l’un des grands maîtres de vie spirituelle de notre temps.

4. IL N’EST DONC PAS SURPRENANT QUE DE NOMBREUSES REQUETES aient été présentées au Siège apostolique pour qu’elle reçoive le titre de Docteur de l’Eglise universelle.

Depuis quelques années, et spécialement à l’approche de l’heureuse célébration du premier centenaire de sa mort, ces requêtes sont arrivées toujours en plus grand nombre de la part de Conférences épiscopales ; en outre, des Congrès d’études ont eu lieu et les publications abondent qui mettent en valeur le fait que Thérèse de l’Enfant-Jésus possède une sagesse extraordinaire et que sa doctrine aide d’innombrables hommes et femmes de toutes conditions à connaître et à aimer Jésus Christ et son Evangile. A la lumière de ces éléments, j’ai décidé de faire faire une étude attentive afin de voir si la sainte de Lisieux avait les qualités requises pour pouvoir être honorée du titre de Docteur de l’Eglise universelle.

5. DANS CE CONTEXTE, IL ME PLAIT DE RAPPELER BRIEVEMENT QUELQUES ETAPES DE LA VIE DE THERESE DE L’ENFANT-JESUS. Elle naît à Alençon en France le 2 janvier 1873. Elle est baptisée deux jours plus tard en l’église Notre-Dame, recevant les noms de Marie Françoise Thérèse. Ses parents sont Louis Martin et Zélie Guérin, dont j’ai récemment reconnu l’héroïcité des vertus. Après la mort de sa mère, le 28 août 1877, Thérèse s’installe avec toute sa famille dans la ville de Lisieux où, entourée de l’affection de son père de ses soeurs, elle reçoit une formation à la fois exigeante et pleine de tendresse.

Vers la fin de 1879, elle s’approche pour la première fois du sacrement de pénitence. Le jour de Pentecôte 1883, elle bénéficie de la grâce singulière de la guérison d’une grave maladie, par l’intercession de Notre-Dame des Victoires. Formée par les Bénédictines de Lisieux, elle fait sa première communion le 8 mai 1884, après une préparation intense, couronnée par une expérience marquante de la grâce de l’union intime avec Jésus. Quelques semaines après, le 14 juin de la même année, elle reçoit le sacrement de la confirmation, avec une vive conscience de ce que comporte le don de l’Esprit Saint dans sa participation personnelle à la grâce de la Pentecôte. A Noël 1886, elle vit une expérience spirituelle très profonde, qu’elle définit comme sa « complète conversion ». Grâce à cette expérience, elle surmonte la fragilité émotive qui avait résulté de la perte de sa mère et elle entreprend « une course de géant » sur la voie de la perfection (cf. Ms A, 44 v°-45 v°)

Thérèse désire entrer dans la vie contemplative au Carmel de Lisieux, comme ses soeurs Pauline et Marie, mais son jeune âge l’en empêche. A l’occasion d’un pèlerinage en Italie, après avoir visité la Maison de Lorette et la Ville éternelle, lors de l’audience accordée par le Pape aux fidèles du diocèse de Lisieux, le 20 novembre 1887, elle demande avec une audace filiale à Léon XIII de pouvoir entrer au Carmel à l’âge de quinze ans.

Le 9 avril 1888, elle entre au Carmel de Lisieux ; elle y reçoit l’habit de l’Ordre de la Vierge le 10 janvier de l’année suivante et elle fait sa profession religieuse le 8 septembre 1890, fête de la Nativité de la Vierge Marie. au Carmel, elle s’engage sur le chemin de la perfection tracé par la Mère fondatrice, Thérèse de Jésus, avec une ferveur et une fidélité authentiques, par l’accomplissement des divers services communautaires qui lui sont confiés. Eclairées par la Parole de Dieu, éprouvée très vivement par la maladie de son père bien-aimé, Louis Martin, qui meurt le 29 juillet 1894, Thérèse avance vers la sainteté, en mettant l’accent sur le caractère central de l’amour. Elle découvre et elle communique aux novices confiées à ses soins la petite voie de l’enfance spirituelle, alors qu’en progressant elle-même sur cette voie elle pénètre toujours plus le mystère de l’Eglise et, attirée par l’amour du Christ, elle sent s’affermir en elle la vocation apostolique et missionnaire qui la pousse à entraîner tout le monde avec elle à la rencontre de l’Epoux divin.

Le 9 juin 1895, en la fête de la Très Sainte Trinité, elle s’offre en victime d’holocauste à l’Amour miséricordieux de Dieu. Le 3 avril de l’année suivante, dans la nuit du jeudi au vendredi saints, elle connaît une première manifestation de la maladie qui la conduira à la mort. Thérèse l’accueille comme une mystérieuse visite de l’Epoux divin. En même temps, elle entre dans l’épreuve de la foi, qui durera jusqu’à sa mort. Sa santé s’aggravant, elle est transférée à l’infirmerie le 8 juillet 1897. Ses soeurs et d’autres religieuses recueillent ses paroles, tandis que s’intensifient ses souffrances et ses épreuves, supportées avec patience, jusqu’à culminer en sa mort dans l’après-midi du 30 septembre 1897. « Je ne meurs pas, j’entre dans la vie », avait-elle écrit à un frère spirituel, l’abbé Bellière (LT 244). Ses dernières paroles, « Mon Dieu… je vous aime ! »scellent son existence.

6. THERESE DE L’ENFANT-JESUS NOUS A LAISSE DES ECRITS qui lui ont valu à juste titre d’être considérée comme maîtresse de vie spirituelle. Son œuvre principale reste le récit de sa vie dans les trois Manuscrits autobiographiques A, B et C, publiés d’abord sous le titre devenu vite célèbre de Histoire d’une Âme.

Dans le Manuscrit A, qui fut rédigé sur la demande de sa Soeur Agnès de Jésus, alors prieure du monastère, à laquelle elle le remit le 21 janvier 1896, Thérèse décrit les étapes de son expérience religieuse : les premières années de son enfance, notamment les événements de sa première communion et de sa confirmation, son adolescence, jusqu’à l’entrée au Carmel et la première profession.

Le Manuscrit B, rédigé au cours de la retraite spirituelle de la même année à la demande de sa soeur Marie du Sacré-Cœur, contient certaines des plus belles pages, des plus connues et des plus citées de la sainte de Lisieux. La pleine maturité de la sainte s’y manifeste, alors qu’elle parle de sa vocation dans l’Eglise, Epouse du Christ et Mère des âmes.

Le Manuscrit C, composé au mois de juin et dans les premiers jours de juillet 1897, peu de mois avant sa mort, et dédié à la prieure Marie de Gonzague, qui le lui avait demandé, complète les souvenirs du Manuscrit A sur la vie au Carmel. Ces pages montrent la sagesse surnaturelle de l’auteur. Thérèse retrace quelques expériences très fortes de cette période finale de sa vie. Elle consacre des pages impressionnantes à l’épreuve de la foi : une grâce de purification qui la plonge dans une longue et douloureuse nuit obscure, où elle est soutenue par sa confiance en l’amour miséricordieux et paternel de Dieu. Là encore, et sans se répéter, Thérèse fait resplendir la lumière rayonnante de l’Evangile.

Nous trouvons là les plus belles pages qu’elle ait consacrées à l’abandon confiant entre les mains de Dieu, à l’unité qui existe entre l’amour de Dieu et l’amour du prochain, à sa vocation missionnaire dans l’Eglise.

Dans ces trois manuscrits, où se retrouvent une unité thématique et la description progressive de sa vie et de son itinéraire spirituel, Thérèse nous a laissé une autobiographie originale qui est l’histoire de son âme. Il en ressort que dans son existence Dieu a présenté un message spécifique au monde, en montrant une voie évangélique, la « petite voie », que tout le monde peut parcourir, parce que tous sont appelé à la sainteté.

Dans les deux cent soixante-six Lettres que nous conservons, adressées aux membres de sa famille, aux religieuses, à ses « frères » missionnaires, Thérèse communique sa sagesse et développe un enseignement qui constitue de fait une pratique profonde de la direction spirituelle des âmes.

Ses écrits comprennent aussi cinquante-quatre Poésies, dont certaines ont une grande densité théologique et spirituelle, inspirées par l’Ecriture Sainte. Deux de ces poésies méritent une mention particulière : Vivre d’amour !…(PN17) et Pourquoi je t’aime, ô Marie ! (PN 54), cette dernière présentant une synthèse originale de l’itinéraire de la Vierge Marie selon l’Evangile. Il faut ajouter à cette production huit Récréations pieuses : des compositions poétiques et théâtrales, conçues et représentées par la sainte pour sa communauté à l’occasion de certaines fêtes, suivant la tradition du Carmel. Parmi les autres écrits, il faut rappeler une série de vint et une Prières. Et l’on ne peut oublier le recueil des paroles qu’elle a prononcées au cours des derniers mois de sa vie. Ces paroles, dont on conserve plusieurs rédactions, connues comme Novissima verba, ont aussi reçu le titre de Derniers Entretiens.

7. A PARTIR DE L’ETUDE ATTENTIVE DES ECRITS DE SAINTE THERESE DE L’ENFANT-JESUS et en fonction du rayonnement qu’ils ont eu dans l’Eglise, on peut relever les aspects saillants de « l’éminente doctrine » qui constitue l’élément essentiel sur lequel est fondée l’attribution du titre de Docteur de l’Eglise.

Avant tout, on constate la présence d’un charisme particulier de sagesse. Cette jeune carmélite, en effet, sans formation théologique spéciale, mais éclairée par la lumière de l’Evangile, se sent instruite par le Maître divin qui, comme elle le dit, est « le Docteur des docteurs » (Ms A, 83 v°), chez qui elle puise les « enseignements divins » (Ms B, 1 r°). Elle éprouve en elle-même l’accomplissement des paroles de l’Ecriture : « Si quelqu’un est tout petit, qu’il vienne à moi ». […] « La miséricorde est accordée aux petits » (Ms B, 1 v° ; cf. Pr 9,4 ; Sg 6,6) ; et elle se sait instruite dans la science de l’amour, cachée aux sages et aux savants, que le divin Maître a bien voulu lui révéler, comme aux petits (cf. Ms A, 49 r° ; Lc 10, 21-22). Pie XI, qui considérait Thérèse de Lisieux comme « l’Etoile de son pontificat », n’hésita pas à affirmer dans l’homélie du jour de sa canonisation, le 17 mai 1925 : « L’Esprit de vérité lui ouvrit et lui fit connaître ce qu’il a coutume de cacher aux sages et aux savants pour le révéler aux tout-petits. Ainsi, selon le témoignage de notre prédécesseur immédiat, elle a possédé une telle science des réalités d’en-haut qu’elle peut montrer aux âmes une voie sûre pour le salut » (AAS 17 [1925], p. 213).

Son enseignement n’est pas seulement conforme à l’Ecriture et à la foi catholique, mais il excelle par la profondeur de la sagesse synthétique où il est parvenu. Sa doctrine est à la fois une confession de la foi de l’Eglise, une expérience du mystère chrétien et une voie vers la sainteté. Faisant preuve de maturité, Thérèse donne une synthèse de la spiritualité chrétienne ; elle unit la théologie et la vie spirituelle, elle s’exprime avec vigueur et autorité, avec une grande capacité de persuasion et de communication, ainsi que le montrent la réception et la diffusion de son message dans le Peuple de Dieu.

L’enseignement de Thérèse exprime avec cohérence et intègre dans un ensemble harmonieux les dogmes de la foi chrétienne considérés comme doctrine de vérité et expérience de vie. Il ne faut pas oublier à ce sujet que l’intelligence du dépôt de la foi transmis par les Apôtres, ainsi que l’enseigne le Concile Vatican II, progresse dans l’Eglise sous l’assistance du Saint-Esprit : « En effet, la perception des réalités aussi bien que des paroles transmises s’accroît tant par la contemplation et l’étude des croyants qui les méditent dans leur cœur (cf. Lc 2, 19.51) que par l’intelligence intérieure des réalités spirituelles qu’ils expérimentent ainsi que par la prédication de ceux qui, avec la succession dans l’épiscopat, ont reçu un charisme certain de vérité » (Dei Verbum, n.8).

Dans les écrits de Thérèse de Lisieux, sans doute ne trouvons-nous pas, comme chez d’autres Docteurs, une présentation scientifiquement organisée des choses de Dieu, mais nous pouvons y découvrir un témoignage éclairé de la foi qui, en accueillant d’un amour confiant la condescendance miséricordieuse de Dieu et le salut dans le Christ, révèle le mystère de la sainteté de l’Eglise.

On peut donc à juste titre reconnaître dans la sainte de Lisieux le charisme d’enseignement d’un Docteur de l’Eglise, à la fois à cause du don de l’Esprit Saint qu’elle a reçu pour vivre et exprimer son expérience de foi et à cause de son intelligence particulière du mystère du Christ. En elle se retrouvent les dons de la loi nouvelle, c’est-à-dire la grâce de l’Esprit Saint, qui se manifeste dans la foi vivante agissant par la charité (cf. S. Thomas d’Aquin, Somme Théol., I-II, q. 106, a. 1 ; q. 108, a.1). Nous pouvons appliquer à Thérèse de Lisieux ce que dit mon prédécesseur Paul VI d’une autre sainte jeune, Docteur de l’Eglise, Catherine de Sienne : « Ce qui frappe plus que tout dans la sainte, c’est la sagesse infuse, c’est-à-dire l’assimilation brillante, profonde et exaltante des vérités divines et des mystères de la foi […] : une assimilation, certes favorisée par des dons naturels exceptionnels, mais évidemment prodigieuse, due à un charisme de sagesse de l’Esprit Saint » (AAS 62 (1970), p. 675).

8. AVEC SA DOCTRINE PROPRE ET SON STYLE UNIQUE, Thérèse se présente comme une authentique maîtresse de la foi et de la vie chrétiennes. Dans ses écrits, comme dans les développements des saints Pères, passe la sève vivifiante de la tradition catholique dont les richesses, ainsi que l’atteste encore le Concile Vatican II, « passent dans la pratique et la vie de l’Eglise qui croit et qui prie » (Dei Verbum, n.8).

La doctrine de Thérèse de Lisieux, si on la considère dans son genre littéraire, dépendant de son éducation et de sa culture, et si on l’évalue en fonction des conditions particulières de son époque, se présente dans une harmonie providentielle avec la tradition la plus authentique de l’Eglise, tant pour la confession de la foi catholique que pour la promotion de la vie spirituelle la plus vraie, proposée à tous les fidèles dans un langage vivant et accessible.

Elle a fait resplendir en notre temps la beauté de l’Evangile ; elle a eu la mission de faire connaître et aimer l’Eglise, Corps mystique du Christ ; elle a aidé à guérir les âmes des rigueurs et des craintes de la doctrine janséniste, plus portée à souligner la justice de Dieu que sa divine miséricorde. Elle a contemplé et adoré dans la miséricorde de Dieu toutes les perfections divines, parce que « la Justice même (et peut-être encore plus que toute autre) me semble revêtue d’amour » (Ms A, 83°v). Elle est ainsi devenue une icône vivante de ce Dieu qui, selon la prière de l’Eglise, « donne la preuve suprême de sa puissance lorsqu’il patiente et prend pitié » (cf. Missale Romanum, Collecta, XXVIe dimanche du temps ordinaire).

Même si Thérèse n’a pas un corps de doctrine proprement dit, de véritables éclairs de doctrine se dégagent de ses écrits qui, comme par un charisme de l’Esprit Saint, touchent au centre même du message de la Révélation dans une vision originale et inédite, présentant un enseignement de qualité éminente.

De fait, au cœur de son message, il y a le mystère même de Dieu Amour, de Dieu Trinité, infiniment parfait en soi. Si l’expérience chrétienne authentique doit être en accord avec les vérités révélées, dans lesquelles Dieu se fait connaître lui-même et fait connaître le mystère de sa volonté (cf. Dei Verbum, n. 2), il faut affirmer que Thérèse a fait l’expérience de la Révélation divine, parvenant à contempler les réalités fondamentales de notre foi réunies dans le mystère de la vie trinitaire. Au sommet, source et terme à la fois, il y a l’Amour miséricordieux des trois Personnes divines, comme elle le dit, spécialement dans son Acte d’offrande à l’Amour miséricordieux. A la base, du côté du sujet, il y a l’expérience d’être enfant adoptif du Père en Jésus ; tel est le sens le plus authentique de l’enfance spirituelle, c’est-à-dire l’expérience de la filiation divine sous la motion de l’Esprit Saint. A la base encore, et devant nous, il y a le prochain, les autres, et nous devons coopérer à leur salut avec et en Jésus, avec le même Amour miséricordieux que Lui.

Par l’enfance spirituelle, on éprouve que tout vient de Dieu, que tout retourne à Lui et demeure en Lui, pour le salut de tous, dans un mystère d’Amour miséricordieux. Tel est le message doctrinal enseigné et vécu par cette sainte.

Comme pour les saints de l’Eglise de tous les temps, pour elle aussi, dans son expérience spirituelle, le Christ est le centre et la plénitude de la Révélation. Thérèse a connu Jésus, elle l’a aimé et l’a fait aimer avec la passion d’une épouse. Elle a pénétré les mystères de son enfance, les paroles de son Evangile, la passion du Serviteur souffrant gravée en sa sainte Face, la splendeur de son existence glorieuse, sa présence eucharistique. Elle a chanté toutes les expressions de la divine charité du Christ, telles qu’elles sont proposées par l’Evangile (cf. PN 24, Jésus, mon Bien-Aimé, rappelle-toi !).

Thérèse a été particulièrement éclairée sur la réalité du Corps mystique du Christ, sur la diversité de ses charismes, des dons de l’Esprit Saint, sur la force éminente de la charité qui est comme le cœur même de l’Eglise, où elle a trouvé sa vocation de contemplative et de missionnaire (cf. Ms B, 2 r° - 3 v°).

Enfin, parmi les chapitres les plus originaux de sa science spirituelle, il faut rappeler la sage recherche qu’a développée Thérèse du mystère et de l’itinéraire de la Vierge Marie, parvenant à des résultats très voisins de la doctrine du Concile Vatican II, au chapitre VIII de la Constitution Lumen gentium, et de ce que j’ai moi-même proposé dans mon encyclique Redemptoris Mater du 25 mars 1987.

9. LA SOURCE PRINCIPALE de son expérience spirituelle et de son enseignement est la Parole de Dieu, dans l’Ancien et le Nouveau Testaments. Elle le reconnaît elle-même, mettant particulièrement en relief son amour passionné pour l’Evangile (cf. Ms A, 83 v°). Dans ses écrits, on dénombre plus de mille citations bibliques : plus de quatre cents de l’Ancien Testament et plus de six cents du Nouveau Testament.

Malgré sa formation insuffisante et l’absence d’instruments pour l’étude et l’interprétation des livres saints, Thérèse s’est immergée dans la méditation de la Parole de Dieu avec une foi et une spontanéité singulières. Sous l’influence de l’Esprit, elle est parvenue, pour elle-même et pour les autres, à une connaissance profonde de la Révélation. En se concentrant amoureusement sur l’Ecriture - elle aurait même voulu connaître l’hébreu et le grec pour mieux comprendre l’esprit et la lettre des livres saints -, elle a montré l’importance qu’ont les sources bibliques dans la vie spirituelle, elle a mis en relief l’originalité et la fraîcheur de l’Evangile, elle a cultivé sobrement l’exégèse spirituelle de la Parole de Dieu, de l’Ancien comme du Nouveau Testament. Elle a ainsi découvert des trésors cachés, en s’appropriant des paroles et des faits, parfois non sans audace surnaturelle comme lorsque, lisant les textes de Paul (cf. 1 Co 12-13), elle a eu l’intuition de sa vocation à l’amour (cf. Ms B, 3 r° - 3 v°). Eclairée par la Parole révélée, Thérèse a écrit des pages géniales sur l’unité entre l’amour de Dieu et l’amour du prochain (cf. Ms C, 11 v° - 19 r°) ; elle s’est identifiée à la prière de Jésus lors de la dernière Cène, comme expression de son intercession pour le salut de tous (cf. Ms C, 34 r° - 35 r°).

Sa doctrine est conforme à l’enseignement de l’Eglise, comme on l’a dit plus haut. Dès l’enfance, elle a été formée par sa famille à participer à la prière et au culte liturgique. Pour préparer sa première confession, sa première communion et le sacrement de confirmation, elle a fait preuve d’un amour extraordinaire pour les vérités de la foi, et elle a appris, presque mot à mot, le Catéchisme (cf. Ms A, 37 r° - 37 v°). A la fin de sa vie, elle écrivit avec son sang le Symbole des Apôtres, comme expression de son attachement sans réserve à la profession de foi.

En dehors des paroles de l’Ecriture et de la doctrine de l’Eglise, Thérèse s’est nourrie très jeune de l’enseignement de l’Imitation de Jésus-Christ, qu’elle savait presque par cœur, comme elle l’a elle-même reconnu (cf. Ms A, 47 r°). Pour épanouir sa vocation carmélitaine, les écrits spirituels de la Mère fondatrice, Thérèse de Jésus, ont été déterminants, en particulier ceux qui exposent le sens contemplatif et ecclésial du charisme du Carmel thérésien (cf. Ms C, 33 v°). Mais Thérèse s’est nourrie tout particulièrement de la doctrine mystique de saint Jean de la Croix, qui a été son véritable maître spirituel (cf. Ms A, 83 r°). Il n’est donc pas surprenant qu’à l’école de ces deux saints, déclarés plus tard Docteurs de l’Eglise, elle aussi, excellente disciple, soit devenue Maîtresse de vie spirituelle.

10. LA DOCTRINE SPIRITUELLE DE THERESE DE LISIEUX a contribué à la croissance du Royaume de Dieu. Par son exemple de sainteté, de fidélité parfaite à l’Eglise Mère, de pleine communion avec le Siège de Pierre, ainsi que par les grâces particulières qu’elle a obtenues pour de nombreux frères et soeurs missionnaires, elle a rendu un service tout particulier au renouvellement de l’annonce et de l’expérience de l’Evangile du Christ et à l’expansion de la foi catholique dans toutes les nations de la terre.

Il n’est pas nécessaire de s’étendre sur l’universalité de la doctrine thérésienne et sur l’ampleur de l’accueil réservé à son message au cours du siècle qui nous sépare de sa mort : cela a été largement confirmé par les études réalisées en vue de l’attribution à la sainte du titre de Docteur de l’Eglise.

A ce sujet, le fait que le Magistère même de l’Eglise a non seulement reconnu la sainteté de Thérèse mais a aussi mis en lumière sa sagesse et sa doctrine revêt une importance particulière. Déjà Pie X a dit d’elle qu’elle était « la plus grande sainte des temps modernes ». Accueillant avec joie la première édition italienne de l’Histoire d’une Âme, il souligna les fruits que l’on retirait de la spiritualité thérésienne. Benoît XV, à l’occasion de la proclamation de l’héroïcité des vertus de la Servante de Dieu, mit en lumière la voie de l’enfance spirituelle et loua la science des réalités divines, accordée par Dieu à Thérèse pour apprendre aux autres les voies du salut (cf. AAS 13 [1921], pp. 449-452). Pie XI, lors de sa béatification comme de sa canonisation, voulut exposer la doctrine de la sainte et la recommander, en soulignant sa particulière illumination divine (Discorsi di Pio XI, vol. I, Turin 1959, p.91) et en la disant maîtresse de vie (cf. AAS 17 [1925], pp.211-214). Lorsque la Basilique de Lisieux fut consacrée en 1954, Pie XII déclara, entre autres, que Thérèse était entrée par sa doctrine au cœur même de l’Evangile (cf. AAS 46 [1954], pp. 404-408). Le Cardinal Angelo Roncalli, futur Pape Jean XXIII, se rendit plusieurs fois à Lisieux, surtout lorsqu’il était Nonce à Paris. Pendant son pontificat, il manifesta en plusieurs circonstances sa dévotion pour la sainte et il mit en relief les rapports entre la doctrine de la sainte d’Avila et celle de sa fille, Thérèse de Lisieux (Discorsi, Messaggi, Colloqui, vol. II [1959-1960], pp.771-772).

Pendant la célébration du Concile Vatican II, les Pères évoquèrent à plusieurs reprises son exemple et sa doctrine. Paul VI, pour le centenaire de sa naissance, adressait une lettre à l’Evêque de Bayeux et Lisieux le 2 janvier 1973, dans laquelle il exaltait Thérèse dans sa recherche exemplaire de Dieu, il la proposait comme maîtresse de la prière et de l’espérance théologale, modèle de communion avec l’Eglise, conseillant l’étude de sa doctrine aux maîtres, aux éducateurs, aux pasteurs et aux théologiens eux-mêmes (cf. AAS 65 [1973], pp. 12-15). Moi-même, en différentes circonstances, j’eus la joie d’évoquer la figure et la doctrine de la sainte, spécialement à l’occasion de mon inoubliable visite à Lisieux, le 2 juin 1980, quand j’ai voulu rappeler à tous : « De Thérèse de Lisieux, on peut dire avec conviction que l’Esprit de Dieu a permis à son cœur de révéler directement aux hommes de notre temps, le mystère fondamental, la réalité de l’Evangile (…). La »petite voie« est la voie de la »sainte enfance« . Dans cette voie, il y a quelque chose d’unique, un génie de sainte Thérèse de Lisieux. Il y a en même temps la confirmation et le renouvellement de la vérité la plus fondamentale et la plus universelle. Quelle vérité du message évangélique est en effet plus fondamentale et plus universelle que celle-ci : Dieu est notre Père et nous sommes ses enfants ? » (La Documentation catholique 11 [1980], p. 611).

Ces simples rappels d’une série ininterrompue de témoignages des Papes de ce siècle sur la sainteté et la doctrine de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la diffusion universelle de son message montrent clairement dans quelle large mesure l’Eglise a accueilli, par ses pasteurs et ses fidèles, l’enseignement spirituel de cette jeune sainte.

Un signe de la réception ecclésiale de l’enseignement de la sainte se trouve dans le recours à sa doctrine dans de nombreux documents du Magistère ordinaire de l’Eglise, surtout quand il est question de la vocation contemplative et missionnaire, de la confiance en Dieu juste et miséricordieux, de la joie chrétienne, de la vocation à la sainteté. En témoignage la présence de sa doctrine dans le récent Catéchisme de l’Eglise catholique (nn. 127, 826, 956, 1011, 2011, 2558). Celle qui a tant aimé apprendre dans le catéchisme les vérités de la foi a mérité d’être comptée au nombre des témoins autorisés de la doctrine catholique.

Thérèse jouit d’une universalité exceptionnelle. Sa personne, son message évangélique de la « petite voie » de la confiance et de l’enfance spirituelle ont reçu et continuent de recevoir un accueil surprenant, qui a franchi toutes les frontières. L’influence de son message touche avant tout des hommes et des femmes dont la sainteté ou l’héroïcité des vertus ont été reconnues par l’Eglise elle-même, des pasteurs de l’Eglise, des spécialistes de la théologie et de la spiritualité, des prêtres et des séminaristes, des religieux et des religieuses, des mouvements ecclésiaux et des communautés nouvelles, des hommes et des femmes de toutes les conditions et de tous les continents. Thérèse apporte à tous sa manière personnelle de confirmer que le mystère chrétien, dont elle est devenue témoin et apôtre, se faisant dans la prière, comme elle le dit avec audace, « apôtre des apôtres » (Ms A, 56 r°), doit être pris à la lettre, avec le plus grand réalisme possible, parce qu’il a une valeur universelle dans le temps et dans l’espace. La force de sa doctrine vient de ce qu’elle montre concrètement comment toutes les promesses de Jésus trouvent leur plein accomplissement dans le croyant qui sait accueillir avec confiance en sa vie la présence salvatrice du Rédempteur.

11. TOUS CES MOTIFS montrent clairement l’actualité de la doctrine de la sainte de Lisieux et l’influence particulière de son message sur les hommes et les femmes de notre siècle. Certaines circonstances interviennent pour rendre encore plus significative sa désignation comme Maîtresse pour l’Eglise de notre temps.

D’abord, Thérèse est une femme qui, en abordant l’Evangile, a su déceler des richesses cachées avec un sens du concret, une profondeur d’assimilation dans la vie et une sagesse qui sont propres au génie féminin. Son universalité lui confère une grande place parmi les saintes femmes qui brillent par leur sagesse évangélique.

Thérèse est aussi une contemplative. Dans le secret de son Carmel, elle a vécu la grande aventure de l’expérience chrétienne, jusqu’à connaître la longueur, la largeur, la hauteur et la profondeur de l’amour du Christ (cf. Ep 3, 18-19). Dieu a voulu que ses secrets ne restent pas cachés, et il a permis à Thérèse de proclamer les secrets du Roi (cf. Ms C, 2 v°). Par sa vie, Thérèse donne un témoignage et une illustration théologique de la beauté de la vie contemplative, comme consécration totale au Christ, Epoux de l’Eglise, et comme affirmation du primat de Dieu sur toutes choses. Sa vie est une vie cachée qui possède une mystérieuse fécondité pour la diffusion de l’Evangile et qui remplit l’Eglise et le monde de la bonne odeur du Christ (cf. LT 169, 2 v°).

Thérèse de Lisieux, enfin, est jeune. Elle est arrivée à la maturité de la sainteté en pleine jeunesse (cf. Ms C, 4 r°). Comme telle, elle se montre Maîtresse de vie évangélique, particulièrement efficace pour éclairer les chemins des jeunes à qui il revient d’être des disciples actifs et des témoins de l’Evangile pour les nouvelles générations.

Thérèse de l’Enfant-Jésus est non seulement le Docteur de l’Eglise le plus jeune en âge, mais encore le plus proche de nous dans le temps, elle souligne en quelque sorte la constance avec laquelle l’Esprit du Seigneur envoie à l’Eglise ses messagers, hommes et femmes, comme maîtres et témoins de la foi. En effet, quelles que soient les variations constatées au cours de l’histoire et malgré les conséquences qu’elles ont ordinairement sur la vie et la pensée des personnes à chaque époque, nous ne devons pas perdre de vue la continuité qui lie entre eux les Docteurs de l’Eglise : ils restent, dans tous les contextes historiques, des témoins de l’Evangile qui ne change pas et, avec la lumière et la force qui leur viennent de l’Esprit, ils s’en font les messagers qui viennent l’annoncer dans sa pureté à leurs contemporains. Thérèse est une Maîtresse pour notre temps, assoiffé de paroles vivantes et essentielles, de témoignages héroïques et crédibles. C’est pourquoi elle est aimée et accueillie également par des frères et des soeurs des autres communautés chrétiennes et même par des personnes non-chrétiennes.

12. EN CETTE ANNEE OÙ L’ON CELEBRE LE CENTENAIRE DE LA MORT GLORIEUSE DE THERESE DE L’ENFANT-JESUS ET DE LA SAINTE-FACE, alors que nous nous préparons à célébrer le grand Jubilé de l’An 2000, après que me soient parvenues des requêtes nombreuses et dignes de foi, spécialement de la part de Conférences épiscopales du monde entier, et après avoir reçu la requête officielle, ou Supplex Libellus, qui m’a été adressée le 8 mars 1997 par l’Evêque de Bayeux et Lisieux, ainsi que par le Préposé général de l’Ordre des Carmes déchaux de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont Carmel et par le Postulateur général de cet Ordre, j’ai décidé de confier à la Congrégation pour la Causes des Saints, compétente en la matière, l’étude spécifique de la cause pour l’attribution du Doctorat à cette sainte, « après avoir obtenu l’avis de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi pour ce qui touche à l’éminence de la doctrine » (Const. apost. Pastor bonus, n. 73)

Ayant rassemblé la documentation nécessaire, les deux Congrégations susdites ont abordé la question dans les réunions respectives de leurs consulteurs : celle de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi le 5 mai 1997, en ce qui concerne la « doctrine éminente », et celle de la Congrégation pour les Causes des Saints le 29 mai de la même année, pour examiner la Positio spéciale. Le 17 juin suivant les Cardinaux et les Evêques membres des mêmes Congrégations, suivant une procédure que j’ai approuvée pour la circonstance, se sont réunis en session interdicastérielle plénière et ont étudié la cause, exprimant à l’unanimité un avis favorable à l’attribution à Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face du titre de Docteur de l’Eglise universelle. Cet avis m’a été communiqué personnellement par Monsieur le Cardinal Joseph Ratzinger, Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et par le Pro-Préfet de la Congrégation pour les Causes des Saints, Monseigneur Alberto Bovone, Archevêque titulaire de Cesarée de Numidie.

En considération de cela, le 24 août dernier, au moment de la prière de l’Angélus, en présence de centaines d’Evêques et devant une foule immense de jeunes du monde entier réunis à Paris pour la XIIe Journée mondiale de la Jeunesse, j’ai voulu annoncer personnellement mon intention de proclamer Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face Docteur de l’Eglise universelle à l ’occasion de la célébration à Rome de la Journée mondiale des Missions.

Aujourd’hui, 19 octobre 1997, en la Place Saint-Pierre remplie de fidèles venus de toutes les régions du monde, en présence de nombreux Cardinaux, Archevêques et Evêques, au cours de la célébration solennelle de l’Eucharistie, j’ai proclamé Docteur de l’Eglise universelle Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face en prononçant ces paroles :

Répondant au voeu d’un très grand nombre de Frères dans l’épiscopat et d’une multitude de fidèles du monde entier, après avoir consulté la Congrégation pour les Causes des Saints et après avoir obtenu l’avis de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi pour ce qui touche à l’éminence de la doctrine, de science certaine et après en avoir longuement délibéré, en vertu de la plénitude du pouvoir apostolique, nous déclarons Docteur de l’Eglise universelle sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face, vierge. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, sous l’anneau du Pêcheur, le 19 octobre de l’an du Seigneur 1997

Ses photos

Photographies de Sainte Thérèse de Lisieux

Visage de Thérèse de Lisieux

Vidéo sur Thérèse

« petite Thérèse », la plus grande sainte des temps modernes

« petite Thérèse », la plus grande sainte des temps modernes